Après 30 mois au Gabon, l’ancien ministre d’Etat sénégalais va quitter Libreville le 31 octobre prochain. L’universitaire et professeur d’histoire qui avait succédé au Tchadien Abou Moussa au début de l’année 2014 va se consacrer à «sa campagne pour conquérir le poste de président de la Commission de l’Union africaine (UA)», dont l’élection est prévue pour janvier prochain. Mais il part «quelque peu déçu» de n’avoir pas, selon un de ses proches, «trouvé des autorités disposées à œuvrer en tout temps pour la démocratie et la paix».

Abdoulaye Bathily (en arrière-plan : une émeute à l’UOB) © Montage Gabonreview

Abdoulaye Bathily (en arrière-plan : une émeute à l’UOB) © Montage Gabonreview

 

Abdoulaye Bathily, 69 ans, a décidé de tourner la page. Il va se consacrer à autre chose. Avec l’appui de son pays, le Sénégal, et d’un grand nombre d’autres Etats du continent, l’ancien ministre d’Etat auprès du président de la République Macky Sall va briguer la présidence de la Commission de l’Union africaine pour succéder à l’actuel titulaire du poste, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Celle-ci n’aura fait qu’un mandat et souhaite retourner dans son pays pour tenter de succéder, selon toute vraisemblance, à son ex-mari Jacob Zuma en 2019 !

Celui qui est encore le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies en Afrique centrale et chef du Bureau sous-régional des Nations unies pour quelques semaines part favori pour le scrutin de janvier prochain. Pour l’instant, après l’échec de la désignation d’un successeur à Dlamini-Zuma en juillet dernier, aucun candidat ne s’est déclaré, à l’exception du Rwandais Donald Kaberuka, ancien président – 2005-2015 – de la Banque africaine de développement (BAD).

Parlant parfaitement l’anglais, Abdoulaye Bathily qui a soutenu une thèse de doctorat en histoire à l’université de Birmingham en Angleterre veut mettre à profit son passage aux Nations unies et l’expérience qu’il y a acquise à la disposition de l’Union africaine. Il a de ce fait décidé de partir plus tôt que prévu, car son mandat devait en réalité s’achever le 31 décembre 2016. Pendant son séjour dans la sous-région, il a été très actif dans la résolution de la crise centrafricaine marquée par une période de transition plus longue que prévu. Il a aussi tenté une médiation – avec moins de succès celle-là – au Congo lors de la crise pré et post-électorale. Au Gabon, le Représentant spécial des Nations unies a régulièrement appelé à un dialogue entre toutes les parties, mais, selon un de ses proches, il n’a pas trouvé des autorités disposées à accepter ce dialogue «qui aurait permis de détendre l’atmosphère avant l’élection présidentielle».

 «Abdoulaye Bathily a été surtout marqué par le refus «diplomatique» du gouvernement gabonais de voir arriver, à Libreville au début du mois de septembre, une délégation de l’Union africaine conduite par son président en exercice, le Tchadien Idriss Déby». L’Unoca et l’Union africaine venaient alors d’annoncer d’une même voix leur intention de mener une médiation de paix. Cette mission avait en effet pour but d’explorer toutes les voies devant mener au retour à la sérénité et à la paix. La même source indique qu’il y a d’abord eu «deux sorties incommodantes» : d’abord celle du ministre gabonais des Affaires étrangères d’alors qui déclara qu‘«il n’y a pas péril en la demeure au Gabon, et qu’il ne voit pas pourquoi la communauté internationale viendrait au chevet du Gabon». Puis, il y eut l’interview d’Ali Bongo sur Radio France International (RFI), au cours de laquelle il déclara que les chefs d’Etat africains peuvent toujours venir jouir de l’hospitalité gabonaise. Peu de temps après cette interview du chef de l’Etat gabonais, c’est le Premier ministre d’alors, Daniel Ona Ondo, qui est venu donner à Abdoulaye Bathily, au cours de l’entretien entre les deux hommes le 5 septembre, peu après 18 heures au siège de l’UNOCA, la position officielle de l’Etat gabonais : «la visite de la délégation des chefs d’Etat africains n’est pas nécessaire». «Cette position des autorités gabonaises avait passablement agacé le responsable onusien», indique la même source.

L’on affirme également que le Représentant spécial des Nations unies n’a pas non plus beaucoup aimé «tout ce qui s’est fait autour des membres des missions d’observation de la dernière élection présidentielle du 27 août, avec cette affaire d’écoutes téléphoniques illégales de ses membres, mais aussi cette nuit d’horreur du 31 août et les violences qui ont suivi l’annonce des résultats de l’élection, toutes ces personnes tuées, tous ces soupçons d’irrégularités lors de la compilation des résultats…»

L’élection à la présidence de la Commission de l’Union africaine se tiendra au cours du prochain sommet des chefs d’Etat prévu en janvier 2017 à Addis-Abeba (Ethiopie).