L’ONG de défense des libertés s’est récemment inquiétée de la hausse du nombre de détenus en milieu carcéral. Celui-ci est passé de 3364 à 4476 entre décembre 2017 et avril 2018.

Solange Yenou Izolinyo lors de son intervention. © D.R.

 

Vue du public. © D.R.

A la faveur d’une récente sortie à Port-Gentil, La Voix des Oubliés a tiré la sonnette d’alarme face à l’augmentation de la population carcérale au Gabon. A cet effet, la présidente de l’ONG de défense des libertés a fait remarquer que cette population est passée à 4476 en avril dernier, contre 3364 détenus quatre mois plus tôt.

Pour Solange Yenou Izolinyo, cette hausse s’explique par la grève dans les tribunaux. «Une situation dont la conséquence est la prolongation anormale de la garde vue, encadrée par la loi pour durer 48 heures et qui atteint des semaines dans des structures, singulièrement les commissariats, qui ne sont pas outillées pour contenir un nombre important d’interpellés», a déploré la présidente de l’ONG. Et cette dernière de souligner que si le nombre de condamnés a sensiblement baissé (de 1319 à 741), celui des détenus préventifs est passé de 1984 à 3589, celui des femmes de 30 à 97 et celui des mineurs, de 31 à 349.

Insistant sur la grève des tribunaux, Solange Yenou Izolinyo a indiqué que ce mouvement d’humeur a quelque peu freiné l’action de l’ONG. «De nombreux dossiers de prévenus, dont certains étaient devenus introuvables, ont pu être exhumés et auraient dû être soumis à qui de droit pour que les intéressés, oubliés dans les geôles parfois depuis des années, puissent être fixés sur leur sort», a-t-elle affirmé.

Sur 331 entretiens que l’ONG a eu en 2017 avec des détenus préventifs dans les prisons du Gabon, seuls huit (trois ressortissants étrangers inculpés à Libreville pour défaut de carte de séjour et immigration clandestine, et cinq mineurs incarcérés à la prison de Port-Gentil) ont pu être menés à terme et ont conduit à la libération des concernés.

Par ailleurs, La Voix des Oubliés s’est particulièrement inquiétée des mineurs en milieu carcéral, dont le nombre a été multiplié par onze en quatre mois. En cause, de nombreux cas de flagrants délits de détention ou de consommation de stupéfiants. «Le phénomène des Kobolos a conduit de nombreux élèves à être radiés du système éducatif et à se retrouver, dans bien des cas, en conflit avec la loi, donc incarcérés. Malgré les initiatives de toutes sortes, le phénomène continue à prendre de l’ampleur», s’est inquiétée Solange Yenou Izolinyo.

Dès la prochaine rentrée des classes, La Voix des Oubliés va entreprendre une grande campagne de sensibilisation sur les jeunes en conflit avec la loi, avec, entre autres, la distribution d’un Guide pratique pour les mineurs et l’affichage sur la prévention des infractions à ne pas commettre.

Auteur : Fidèle Afanou