Motivé par le besoin d’efficacité dans la gestion de la chose publique, le gouvernement a procédé, le 29 septembre, à une valse de hauts fonctionnaires lors du dernier conseil des ministres. Reste à savoir si ce chambardement d’envergure, baptisé «Tsun’Ali» par la presse et l’opinion publique, aura une issue similaire ou différente du premier du genre, initié en octobre 2009. “L’Or jeune” de Laccruche Alihanga est à la fête.

De nombreux jeunes ont été catapultés leaders administratifs, à l’issue du dernier conseil des ministres. © inmagine.com

 

Véritable chambardement que celui effectué par le conseil des ministres ce 28 septembre. Le communiqué de ce conclave a effectivement mis en lumière une valse à grande échelle de hauts fonctionnaires. Il n’en fallait pas plus pour d’aucuns en viennent au souvenir du «Tsun’Ali». En référence au «Tsunami administratif» sur lequel avait débouché, le 19 octobre 2009, le tout premier conseil des ministres du premier magistère d’Ali Bongo président.

L’Or jeune de Laccruche Alihanga

A la surprise générale, en effet, le gouvernement a procédé à nouveau à un vaste remaniement dans la haute hiérarchie de la Fonction publique, derrière lequel certains observateurs voient la signature de Brice Laccruche Alihanga, directeur de cabinet du président de la République depuis le 25 août dernier. Auteur en 2016 d’un ouvrage intitulé «L’Or jeune-plaidoyer pour la jeunesse gabonaise» dans lequel il évoque les «combats que doit mener le pays pour intégrer dans son tissu économique et social, une génération qui représente plus de 60% de la population gabonaise», celui-ci a toujours encouragé «les jeunes et dirigeants à changer de paradigme», estimant que «la réussite de ces nouvelles générations dépend de nous, de notre capacité à former les leaders de demain». Vrai ou faux pour ce qui est de la patte du directeur de cabinet d’Ali Bongo derrière ce qui vient de se passer, de nombreux jeunes ont, en tout cas, été catapultés aux sommets administratifs à l’issue du dernier conseil des ministres.

Visant à moderniser le secteur public gabonais, à en croire certains sources du palais présidentiel, l’«opération» a consisté en la nomination de plusieurs directeurs généraux de l’administration publique. Avec, comme indiqué plus haut, davantage de responsabilités confiées aux jeunes et, surtout, aux femmes. Mais aussi, à des profils issus de la société civile et à des «dialogueurs» d’Angondjé.

À titre d’exemple, Karine Arrisani a été portée à la tête de l’Agence gabonaise du tourisme (Agatour). Pauline Ngoubou, quant à elle, prend les commandes de l’Office nationale pharmaceutique (ONP). Alors que Pépecy Makiavana Ep. Ogouliguendé et Solange Guiake, ont respectivement été nommées Directrice générale adjoint 2 du Budget et des Finances et Directrice générale adjoint 1 des Douanes. Au centre d’une grosse affaire de malversations financières, la Société nationale de logements sociaux a également changé de tête, avec l’arrivée de Joël Mbiamany Ntchoréré. Ce dernier était, pour le compte de l’opposition, l’un des Rapporteurs généraux adjoints du Dialogue national de mars-avril dernier à Angondjé.

Récompenses postélectorales et pour militantisme

L’Office des ports et rades du Gabon (Oprag) a également changé de directeur général, avec la prise des commandes de Sayid Abeloko. La direction de l’Agence nationale de l’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre national de l’urbanisme (ANUTTC) est revenue à Olivier Nang Ekome. Mais certaines nominations sonnent comme des récompenses postélectorales. Notamment au Fonds national d’aide sociale (Fnas), dont la direction a été confiée à Hermann Kamonono, ancienne figure de l’UJPDG aux USA, ancien responsable des projets à Olam avant de se faire remarquer comme leader de la plateforme associative Impact pour le changement, très en verve autour de la dernière présidentielle.

Le «Tsun’Ali» acte 2 ne s’est pas arrêté en si bon chemin, d’autres administrations stratégiques ayant également été frappées de plein fouet. A l’instar de la Caisse de dépôt et de consignation (CDC) et de la Dette, dont les directions ont été confiées, respectivement, à Hermann Nzoundou (ancien de BGFI Holding corporation et de Nsia assurances Gabon) et à Hugues Mbadinga Madiya (précédemment secrétaire général adjoint du ministère du Budget et des Comptes publics), connu sur les pages web de Gabonreview notamment pour une tribune libre partisane au lendemain de la diffusion du documentaire de France 2, «Le Clan Bongo, une histoire française».

Lutte contre l’enracinement aux postes «juteux»

On signalera, par ailleurs, la Direction générale des impôts (DGI) à la tête de laquelle a été promu Auguste Akomezogo. Ancien DG de l’ANUTTC, celui-ci a été suspendu de ses fonctions à la tête de cette structure «pour insuffisance de résultats». Ironie du sort pour Bruno Ben Moubamba, alors ministre, ayant suspendu le concerné, le 6 septembre dernier.

Sur la base de ces nominations, les grands «perdants» sont évidemment Joël Ogouma, Rigobert Ikambouayat Ndeka, et Paul Mapessi, tous éjectés de postes dits juteux. Après 10 ans à la tête la DGI, le premier a été promu directeur général adjoint 1 cabinet du président de la République. Pas aussi «perdant» que Joël Ogouma, Rigobert Ikambouayat Ndeka a été promu directeur général de la Société équatoriale des mines (Sem). Paul Mapessi quant à lui, actuellement sous le coup de la justice, a purement et simplement été évincé. Vraisemblablement, il s’agissait de muter des personnes ayant pris racines à certains postes. Il fallait certainement que Joël Ogouma (10 ans à la tête des Impôts) et Rigobert Ikambouayat Ndeka (8 ans de direction à l’Oprag) passent la main à des jeunes. On notera que l’arrivée de Joël Ogouma au poste de directeur de cabinet adjoint du président de la République y renforce la présence des financiers ; Laccruche Alihanga étant un banquier et Ogouma un percepteur (inspecteur des impôts).

«République des imberbes», Femmes, etc.

La liste est longue (voir communiqué final du conseil des ministres), mais elle interpelle par ailleurs sur un autre aspect. Au-delà de l’ouverture du service de l’Etat à la société civile, de la place accrue des femmes et des jeunes, ce chambardement à grande échelle répond également à une logique d’efficacité. Avec, en ligne de mire : accroître la qualité des services délivrés aux administrés, le tout pour une gestion optimale des deniers publics. Certains en doutent cependant et parlent déjà d’une «République des imberbes», tant l’ascension de certains jeunes promus est météorique. Les Curriculum Vitae d’un bon nombre de promus ne plaident, en effet, pas pour eux et l’on estime qu’ils auraient gagné à apprendre encore, à se bonifier, avant d’arriver à de hautes responsabilités.

Reste désormais à savoir si le «Tsun’Ali» 2 portera ses promesses. Une question d’autant plus importante que le premier essai avait clairement été un échec. Mais sait-on jamais, peut-être que les étoiles apparaitront-elles effectivement, au moment où plus que jamais le soleil se couche au Gabon.