Alors que les élections législatives se profilent à l’horizon, des voix dissonantes se font entendre dans la plupart des fiefs du Parti démocratique gabonais (PDG). Le Komo-Océan n’en fait pas exception. Comme la Sénatrice du département, le député de la localité fait face à une campagne de presse que certains observateurs trouvent injustifiée. Le hasard des rencontres a mis Gabonreview  sur le chemin de l’Honorable Adrien Nkoghé Essingone, député du Komo-Océan et membre du Bureau Politique du PDG. Il évoque aussi la création récente, par le chef de l’Etat, du fonds d’initiative départementale.

Adrien Nkoghé Essingone. © D.R.

 

Gabonreview : Honorable, un groupe de militants de votre parti semble vous reprocher de les avoir oubliés, de les avoir laissé tomber, alors que le chômage frappe la jeunesse dans le Komo-Océan.

Adrien Nkoghé Essingone : Je voudrais d’abord vous remercier de me permettre de m’exprimer à travers les colonnes de votre journal. Pour répondre à la question que vous me posez, je dirais qu’il n’est pas dans le rôle du député de trouver des emplois aux populations. Il n’est pas non plus du rôle du député de créer des entreprises pour résoudre les difficultés économiques et sociales dans telle ou telle contrée. Je voudrais toutefois affirmer que, de par mon carnet d’adresses, j’ai tout de même permis que certains jeunes du Komo-Océan sortent du chômage et de la précarité. Il en reste malheureusement encore un grand nombre.

Je voudrais rappeler que dans mes fonctions antérieures, à la SNBG ou à la Caistab, et un peu plus loin au Créfoga, dès que des besoins de recrutement se faisaient sentir, j’en recrutais beaucoup parmi les ressortissants de ce que l’on appelait alors le canton Océan Gongoué, comme parmi les ressortissants d’autres localités de notre pays. Lorsque la conjoncture permettait d’en emmener beaucoup dans le marché du travail, nous le faisions. Aujourd’hui, tout cela devient quelque peu difficile, il faut le reconnaître. Aujourd’hui, la donne a changé, il faut que les jeunes le comprennent dans le Komo-Océan et ailleurs. Je sais que s’il y a quelque crispation chez certains de mes frères et fils du Komo-Océan, c’est en raison du manque d’emplois dans nos localités. Mais, même si je n’aime pas en parler à priori, je peux vous le dire aujourd’hui : je ne peux pas régler tous les problèmes, mais je prends ma part dans la résolution d’un grand nombre de ces problèmes.

Vous savez, un homme politique français, Michel Rocard, avait déclaré en 1988 : ”La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit y prendre sa part”. Moi aussi je prends ma part dans la résolution des problèmes de mon département. Je suis discret, mais je m’active en coulisses. Il m’arrive en effet de payer des trousseaux scolaires pour les enfants des familles en difficultés, de régler des factures de santé, d’assister des familles. Je n’ai pas besoin de le médiatiser, parce que cela donnerait l’impression que je veux me mettre en valeur à des fins politiciennes face à la misère des autres. Non, je ne mange pas de ce pain-là.

La situation de chômage vécue par de nombreux jeunes de mon département est loin de me plaire, croyez-moi, et c’est pourquoi je ne leur en veux pas lorsque, comme ils le font régulièrement, ils expriment leur mal-être à travers des articles de presse toutes les deux ou trois semaines. Je les comprends, mais, encore une fois, qu’ils sachent que je suis discret , mais pas inactif. C’est l’occasion, pour moi, de saluer la grande décision du chef de l’Etat, Ali Bongo Ondimba, qu’est le Fonds d’Initiative départementale (FID) qui va doter chaque département de notre pays d’une somme de 1 milliard de francs géré au niveau provincial par les gouverneurs. Pour la première fois depuis sa création, le Komo-Océan va bénéficier de moyens réels pour avancer dans son développement. Je demande aux jeunes encore un peu de patience.

Alors que les élections législatives se profilent à l’horizon, allez-vous repartir à la bataille ?

Je n’ai pas encore décidé si je sollicite l’investiture du parti ou non pour me porter candidat. D’ailleurs, parmi les députés PDG, seuls deux élus ont annoncé leur décision de ne pas se représenter. Vous savez, le temps est un outil d’aide à la décision. La pratique, au sein du PDG, est l’investiture des candidats. Au PDG, il n’est interdit à aucun militant d’être candidat à la candidature. Et personnellement, bien que membre du Bureau Politique, je n’ai aucune attribution particulière qui me donnerait le droit d’interdire une candidature éventuelle au sein du parti dans notre circonscription, que ce soit pour les législatives ou pour toute autre élection.

Je rappelle qu’en novembre 2017, lors du Congrès provincial du PDG, nous avons procédé à des élections aux postes de membre du Bureau politique, du Conseil national et du Comité central. La Sénatrice de notre département, Anne-Marie Ankombié, s’est présentée face à moi au Bureau Politique, et je l’ai battue. Deux des trois fédérations de notre circonscription m’ont largement placé en tête. Je prendrai la décision d’aller ou non aux élections lorsque s’ouvrira la phase des investitures. Je dois simplement dire que j’ai beaucoup aimé la vie parlementaire, les échanges avec l’Exécutif, les longues séances de lecture et d’adoption ou de rejet des projets de loi,…

On dit que depuis 1990, vous siégez à l’Assemblée nationale. Depuis plus d’un quart de siècle, vous êtes là. Vous avez encore de la force ? Est-ce que ce siège de député est un ”titre foncier” pour vous et pour vous seul ?

Non, il n’y a pas de titre foncier politique au Komo-Océan. Depuis la création du Sénat, le Komo-Océan a déjà eu trois représentants dans cette chambre du Parlement, à savoir Jean-Pierre Nzoghé Nguéma, le Dr. Adandé Menest (un indépendant) et, aujourd’hui, Anne-Marie Ankombié. Au Conseil départemental, il y a eu successivement Jean-Pierre Nzoghé Nguéma, Boniface Menvie, Jean-Emmanuel Ndoutoume qui y est resté quelques mois, et, aujourd’hui, mon jeune frère Cyrille Aubame. A la mairie de Ndzomoe, après Clarisse Ngningone, il y a Martial Désiré Nkoghé.

A l’Assemblée nationale, j’ai été élu député en octobre 1990 lors des premières élections multipartites post-Conférence nationale, mais ayant été nommé ministre dans le gouvernement Oyé Mba un mois plus tard, c’est mon suppléant, Adrien Nguema Mba, qui a siégé en qualité de député pendant plus de quatre ans. En décembre 1996, Jean-Pierre Nzoghe Nguema, alors éminent membre du Moréna, a été élu député de notre canton. En décembre 2001, alors que j’occupais les fonctions de directeur général de la Caistab, c’est François Mendome Nzé (PDG) qui est devenu le député de notre circonscription politique. En décembre 2006, je suis élu député, et en décembre 2011, j’obtiens un deuxième mandat (qui vient tout juste de prendre fin). Ainsi, entre 1990 et 2018, le Komo-Océan a eu quatre représentants à l’Assemblée nationale, à savoir Adrien Nguema Mba (PDG), Jean-Pierre Nzoghe Nguema (Moréna), François Mendome Nzé (PDG) et moi. Quatre députés en 28 ans, pas un seul député, pas moi tout seul ! Il n’y a pas de titre foncier politique dans le Komo-Océan.

En plus, alors que certains parlementaires sont également conseillers municipaux dans le pays, moi je n’assume que ma charge de député. Ce qui permet à d’autres d’avoir eux aussi des responsabilités. Il me paraît bon de rappeler tous ces faits historiques à ceux qui oublient manifestement que j’ai été élu en décembre 2006, et je siège depuis mars 2007, et non depuis 1990. Au-delà de ma personne, il me paraît urgent et fondamental que nous nous attelions, dans l’unité et la cohésion, à mettre en place les mécanismes pour le développement du Komo-Océan.

Nous devons, dans l’unité et la cohésion, accoucher des idées, énoncer des propositions et, in fine, concrétiser tous les projets liés au progrès et au développement du Komo-Océan, dernier-né des départements de la province de l’Estuaire, mais qui n’en compte pas moins des potentialités touristiques et économiques. La dernière grande initiative du chef de l’Etat, le Fonds d’initiative départementale (FID), va nous y aider. Comme nous l’avons fait avec Jean-Pierre Nzoghe Nguema, Adrien Nguema Mba, François Mendome Nze lorsqu’ils nous représentaient à l’Assemblée nationale, avec les présidents successifs du Conseil départemental, avec les maires successifs de Ndzomoe, avec nos Sénateurs, allons-y à l’essentiel pour la prospérité du Komo-Océan. Que notre parti, le PDG, demeure fort et uni dans le département du Komo-Océan derrière le Distingué Camarade Président Ali Bongo Ondimba. En félicitant les militants de base, ces chevilles ouvrières, pour le travail abattu avec efficacité, je lance cet appel à l’unité à mes frères et sœurs, à mes fils et filles. Mettons en exergue tout ce qui nous rend forts.