Comme une leçon de philosophie politique ne comportant pas moins son engagement habituel, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, commissaire national en charge du Budget au sein de l’Union nationale (UN) – parti membre de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) -, livre ici sa contribution au débat de l’heure au sein de l’opposition. Il décline, à coups de références aussi pertinentes les unes que les autres, les raisons fondamentales de participer aux élections d’avril prochain.

«Le bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil» (Abraham Lincoln) © La Croix

 

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, cadre de l’Union nationale. © D.R.

Dans “Les Damnés de la terre“, Frantz Fanon disait aux Africains : “chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir”. La mission de notre génération, celle à laquelle j’appartiens, est de sortir notre pays de la médiocrité qui caractérise sa gouvernance pour le hisser au niveau des Nations modernes dans lesquelles l’État de droit, la démocratie et les libertés individuelles ne sont plus un rêve mais une promesse tenue. Cette mission ne peut être déléguée, ni à nos enfants et encore moins aux citoyens des autres Nations. C’est la nôtre et nous ne nous donnons d’autre choix que de la remplir.

De nombreuses voix s’élèvent et s’interrogent sur l’opportunité et la pertinence de participer à nouveau  à des élections sans trahir la mémoire des jeunes gabonais qui ont été assassinés lors des évènements d’août et septembre 2016. Ces jeunes sont morts au nom du bulletin de vote qu’ils défendaient. Ils manifestaient pour le triomphe du vote et de la démocratie. Comment ne pas comprendre que c’est aussi en leur nom et pour leur sacrifice que le renoncement ne peut être une option. En leur mémoire, le combat pour le respect du vote doit se poursuivre. Il passe par la participation effective à toutes les consultations électorales prévues par la Constitution pour désigner les femmes et les hommes qui, au nom du Peuple souverain, auront la charge des affaires communes.

“Le bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil”. Cette assertion d’Abraham Lincoln, datant de plusieurs siècles, a trouvé un nouvel écho avec Barack Obama, lors de son discours devant le parlement Ghanéen, à Accra, le 11 juillet 2009 : “Chaque nation façonne la démocratie à sa manière, conformément à ses traditions. Mais l’histoire prononce un verdict clair : les gouvernements qui respectent la volonté de leur Peuple, qui gouvernent par le consentement et non par la coercition, sont plus prospères, plus stables et plus florissants que ceux qui ne le font pas.”

En effet, ce sont les gouvernements qui respectent la volonté de leur Peuple, gouvernent par le consentement et non par la coercition, qui sont les plus stables, les plus dynamiques et les plus productifs. Ils sont mieux aimés de leur Peuple, qui se reconnait en eux, parce que plus prospères et plus florissants.

Depuis 2009, le Gabon est dirigé contre la volonté du Peuple souverain dont l’expression a été violée à deux reprises : le 30 août 2009 et le 27 août 2016. Depuis bientôt 9 ans, c’est au règne de “la balle de fusil” que notre pays est soumis. Les résultats sont ici devant nous et nul de bonne foi ne peut les contester. Au plan politique, économique et social, notre pays se porte mal comme jamais avant dans son histoire. Voilà pourquoi dire que “le bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil” apparaît comme une évidence au Gabon, compte tenu d’ailleurs de notre tradition conviviale et fondamentalement pacifique.

C’est parce qu’un petit groupe de femmes et d’hommes se retrouvent depuis 2009 à la tête de notre pays, en violation de la volonté du Peuple souverain, de son bulletin de vote, que nous en sommes-la. Et si nous voulons en sortir, nous devons admettre que le choix librement consenti du Peuple gabonais est la seule voie. Nous devons admettre et nous convaincre de ce que c’est le bulletin de vote, et le bulletin de vote seul, qui nous permettra de développer notre pays, améliorer les conditions de vie de chaque Gabonaise et de chaque Gabonais, protéger les plus faibles sans jamais léser personne, être une grande Nation dans laquelle vit un Peuple heureux.

Dans un régime autocratique, faire le choix de se battre pour la démocratie exige du courage et de la constance. Nous y sommes.

Du 13 au 16 août 2016, à l’initiative de Monsieur Zacharie Myboto, des Gabonais se sont retrouvés pour discuter de l’avenir du pays et trouver le moyen de le libérer du joug d’un régime qui désormais incarnait la régression sous toutes ses formes et conduisait le pays à la ruine. À cette occasion, des hommes d’État et des Patriotes, Guy Nzouba Ndama, Casimir Oye Mba et Jean Ping, tous candidats à l’élection présidentielle, renoncèrent à leurs légitimes ambitions de diriger le Gabon pour se mettre au service d’une candidature unique. C’est Jean Ping qui fut désigné pour porter cette responsabilité. “Commandant en Chef”, c’est le titre qui lui fut donné afin de bien lui signifier qu’il allait se porter à la tête du combat pour la libération du Gabon.

Cette candidature unique a été et demeure une étape déterminante dans la marche pour l’alternance dans notre pays. Nos détracteurs et mêmes les observateurs les plus avisés de la vie politique gabonaise avaient parié sur notre incapacité à y parvenir. Mais notre détermination à offrir à notre pays et au Peuple gabonais le destin qu’il est en droit d’attendre l’a emporté sur toute autre considération. J’en suis personnellement fier, pour y avoir été associé.

Le 27 août 2016, le Peuple Gabonais a apporté un soutien clair au combat pour la libération du Gabon en votant massivement pour Jean Ping, le candidat unique de l’opposition. Depuis lors, Jean Ping est le Président de la République élu du Gabon, notre Président à tous. C’est un fait et il est incontestable.

“La candidature unique était nécessaire et nous l’avons réalisé. Mais la candidature unique est loin d’être suffisante. Nous partons nous battre contre un adversaire déterminé, qui voudra coûte que coûte se maintenir au Pouvoir, y compris au prix du sang des Gabonais, pour conserver les privilèges qu’il en tire.” Ces propos de Casimir Oyé Mba, le 16 août 2016 au rond-point de Nkembo vont s’avérer prémonitoires.

Depuis ce triste 31 août 2016, le Peuple Gabonais s’est mobilisé comme jamais, et sur tous les fronts, pour la libération de notre pays. Le monde a découvert une diaspora gabonaise active, ingénieuse et patriote. Le corps social, à sa manière a manifesté au pays et au monde sa détermination à voir s’établir au Gabon une démocratie républicaine et un état de droit.

Tous unis derrière leur “Commandant en Chef”, les Gabonais qui ont définitivement rejeté toute forme de compromission avec un régime qu’ils ne peuvent plus supporter, sont présents sur tous les théâtres d’opérations et mènent ainsi toutes les batailles avec un seul et même objectif : la Libération du Gabon. Toutes ces batailles se complètent sans jamais se contredire.

On ne lâche Rien !

Les prochaines élections législatives ne peuvent échapper à cette stratégie. Dans cette bataille qui se présente devant nous, les formations politiques qui, unies, se savent en capacité de pouvoir la conduire pour l’emporter, vont le faire avec la même détermination et en poursuivant un seul et même objectif : la libération du Gabon.

Dans cette bataille, nous n’allons pas pour le témoignage, parce que ne pouvant l’emporter. Bien au contraire, nous y allons pour l’emporter, pour prendre la majorité à l’Assemblée Nationale et diriger le Gouvernement de la République. Et nous y parviendrons dès lors que comme en août 2016, nous nous présenterons devant le Peuple souverain avec 143 candidats uniques dans les 143 circonscriptions. Le Gabon sera-t-il libéré pour autant ? Cela dépendra du Peuple gabonais.

La démocratie c’est le vote libre et équitable. Cela n’est jamais acquis. Il faut se battre pour l’arracher. Il faut mériter la démocratie. Ne pas participer aux élections, ne pas aller voter, c’est capituler face à la dictature et abandonner le Gabon à ses prédateurs.

Nous le disons depuis ce 31 août 2016 de triste mémoire, et nous continuons à le dire aujourd’hui encore : On ira jusqu’au bout !

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi