Estimant que les concepts d’Opposition et de Majorité sont dénués de signification dans une démocratie et qu’il est urgent de les remplacer par des dénominations porteuses «d’espérance, de sens, de vision et de projet commun», Armèle Yembi Yembi a fait parvenir à Gabonreview la tribune libre ci-après. La jeune dame est enseignante de philosophie au Lycée technique national Omar Bongo de Libreville, porte-parole et secrétaire nationale chargée des Affaires étrangères de l’Alliance démocratique et républicaine (Adere) drivée par Divungi Di Ndinge.

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Armèle Yembi Yembi, porte-parole et secrétaire nationale de l’Adere, chargée des Affaires étrangères. © D.R.

S’initier en politique, prendre parti devrait être un devoir sacré, une obligation morale, une responsabilité individuelle de chacun surtout de l’Elite face au droit de tous à une vie de qualité. Il n’y a donc point d’exclusivité divine des uns et/ou des autres à exercer des fonctions politiques ; Finalement la politique doit être l’objet de toute personne voulant améliorer et participer au développement de son pays.

En vérité, la recherche du bonheur est légitimement le désir originel de tout être humain. Nous nous battons tous contre la pauvreté, la précarité, la misère. Nous voulons et rêvons tous de bonheur, de bien-être. Toutefois, ce bonheur « matériel » est quasi tributaire des hommes et des femmes qui ont en charge la destinée de L’Etat, de la Nation.

En effet, ils en sont des serviteurs nullement des maîtres ; dotés de l’onction Divine, ils sont sensés conduire le peuple vers des lendemains enchanteurs, paisibles, s’efforcer de mettre en place des mécanismes afin d’assurer à chacun et à tous des conditions de vie digne, respectable, conformément à la volonté parfaite de Dieu, consacrée dans la déclaration  universelle de Droits de l’Homme  à savoir : Le Droit à la Vie, à l’Education, à la Liberté de penser, de choisir, de s’exprimer etc…Tels sont les vertus de la Démocratie.

Ceci étant, la méconnaissance de cette vérité fondamentale justifie l’égarement des uns et des autres quant au véritable sens du verset Biblique qui dit « Que Chacun se soumette aux autorités qui nous gouvernent, car toute autorité vient de Dieu …» ; en fait, nous ne devons donc nous soumettre qu’à la condition qu’ils répondent à l’apostolat de serviteurs plutôt que de celui de bourreaux.

Ainsi, en Démocratie, les forces en présences se présentent en tant que parti, en tant que camp, nullement en étant qu’antagonistes, rivaux, ennemis.

Tous portés par le désir d’offrir des meilleures conditions de vie au peuple, soumettent leur vision de la gestion de l’héritage commun, du bien public  à ce dernier qui souverainement tranche en faveur de l’une ou de l’autre.

A ce titre, ces visions se valent, elles ne sont ni opposables, ni contradictoires. Elles puisent leurs essences dans les Valeurs, des principes idéologiques, spirituels, moraux, éthiques de ceux qui l’incarnent.

Parmi ces valeurs, le peuple souverain est appelé à trancher entre L’Amour et la Haine sous toutes ses formes, entre la Justice, l’Egalité sociales et l’arbitraire, entre la Solidarité et l’égoïsme, entre La liberté et toutes forme d’oppression, entre La Vérité et le mensonge, entre le Service désintéressé au service du plus grand nombre et les appétits gargantuesques de la minorité, entre la Probité et les liens compromettants avec les forces de la corruption.

Voici tout le sens du jeu Démocratique : A qui devront-nous confier la charge de notre héritage commun ? Quelle est la vision politique susceptible de répondre efficacement à nos attentes ? En un mot quel est le projet de société les plus avantageux ?

C’est en réalité la tribune propositionnelle sur lequel chaque camp idéologique s’engage face au peuple à lui assurer bien-être, à lui apporter via des programmes cohérents, réalistes des solutions aux vrais problèmes auxquels il est confronté : Education, Santé, Emploi, Logement, Transport ; toute démagogie étant proscrite.

Au Gabon, la réinstauration en 1990 du multipartisme, marque également l’apparition de deux vocables désignant les partis ou camps politiques : « L’Opposition et la majorité », quoique sous d’autres cieux, allusion faites aux vieilles Démocraties, on les désigne sous des appellations dénuées de tout jugement de valeur, de perception péjorative : La Gauche et La Droite en France, Démocrates et Républicains, aux Etats-Unis.

Pourtant, déjà en mars 1957, lors de l’élection au suffrage indirect du Conseil du Gouvernement du 21 mars 1957, seuls deux camps se présentèrent : L’Union Démocratique et Sociale Gabonaise (UDSG) conduite par Jean-Hilaire AUBAME et Le Bloc Démocratique Gabonais (BDG) de Léon MBA.

A priori l’expression Opposition/Majorité y sied en politique puisqu’il peut se comprendre comme :

  • Un ensemble des partis et des forces politiques qui s’opposent à un moment donné au pouvoir et au gouvernement.
  • Un ensemble des mouvements qui contestent les décisions des détenteurs du pouvoir.

Au regard de ces définitions, j’ai la faiblesse de croire qu’on puisse s’opposer à tout et à tout moment, à défaut que tous ceux qui s’opposent à un moment ou à un autre au régime en place sont de fait « membre de l’opposition » : Du citoyen lambda, aux organisations syndicales, ONG, partis politiques y compris même au sein de la majorité peuvent s’opposer à une politique, un programme, une action sans que cela soit ne perçu comme un crime de lèse-majesté.

Condamner le droit de s’opposer, c’est instauré la pensée, les valeurs, les principes, les méthodes uniques à la majorité. Ceci n’a pas d’autre nom qu’une Dictature emballée dans du papier peint Démocratie.

Le choix du mot « Opposition » n’a nullement été anodin encore moins fortuit. Ceux nées avant 1990, connaissent l’obstination du Parti Démocratique Gabonais et son Grand Camarade Omar Bongo de réfuter l’ombre même de la Démocratie au Gabon.

Néanmoins, sous la pression revendicative sociale, la digue du parti Unique PDG fût renversée. La Démocratie était enfin là. L’était-elle vraiment ?

Ceux qui aspiraient à un nouveau mode de gestion du pays, se sont vus affublés de l’étiquette « d’opposants », personnes farouchement hostiles, agressifs ou «contre» le pouvoir en place. Leur véritable dessein estime la majorité présidentielle, déstabilisé le régime en place.

Cette caricature de l’Opposition Gabonaise, suggérée, entretenue par le Système PDG-Bongo, fait des opposants des personæ non gratæ ; des hommes et des femmes à honnir, bannir et détruire.

Voici là, une des justifications sinon l’essentiel de la peur des Gabonais et Gabonaises à s’engager résolument en politique, en vue de contribuer à la proposition d’une autre offre politique que celle qui aujourd’hui nous est imposée au prix de l’argument de la force plutôt que de la force des arguments, aime à le rappeler Le président Jean de Dieu Mouckagni Iwangou.

27 ans après, nous en sommes encore au balbutiement de notre Démocratie, avec à la clé, un scénarii réglé comme du papier musique : Election Présidentielle-Reversement des résultats des urnes- Cycle de violences- Dialogue Politique- Rétribution des postes – Maintien du Perdant au pouvoir.

Jamais, la souveraineté du peuple n’a été respectée à fortiori prise en compte.

A juste titre, nous nous défendons d’être des opposants s’opposant à tout, tout le temps et contre tout, nous revendiquons par contre, notre devoir moral de dénoncer la corruption, la mauvaise gouvernance, le non-respect de la lettre et l’esprit de lois de Montesquieu, le non-respect des droits naturels, inaliénables de l’être humain.

Nous formulons le désir de proposer des offres politiques autres en phases avec les défis qui s’imposent à notre peuple, de transformer positivement les conditions de vie de nos populations.

Nous requérons notre droit d’imprimer dans l’histoire collective de notre pays, notre marque indélébile dans l’édification de la maison Gabon.

Pour cela, Opposition/Majorité sont en Démocratie des termes dénués de toute Consistance et signification Idéologique.

Il est plus qu’urgent aujourd’hui de définir les camps politiques sous des dénominations porteurs d’espérance, de sens,  de vision et de projet commun.

Je reste persuadée que Le peuple Gabonais a la maturité intellectuelle avérée pour cerner ; jauger, évaluer et apprécier le contenu de chaque bloc politique.

Le dernier mot lui revient, car lui seul est investi de la souveraineté : Vox Populi, Vox Dei.

Armèle Yembi Yembi

Enseignante de Philosophie, Femme Politique Engagée