Les plaintes en France contre Marie-M. Mborantsuo et la famille Bongo Ondimba mais aussi le documentaire de France 2, «Le Clan Bongo, une histoire française», amènent Hugues Mbadinga Madiya, Économiste, Administrateur Économique et Financier, à s’interroger sur ce  «que visent ces tractations. Où se trouve l’intérêt du peuple gabonais dans ce commerce triangulaire d’un genre nouveau ? Quelle est la position de la France officielle et quid des relations franco gabonaises ? La tribune libre ci-après tente d’y apporter des réponses «en passant en revue plusieurs axes d’analyse : le partenariat entre la France et le Gabon, les défis qui entourent ce partenariat, le rôle de la Françafrique, les pistes pour une coopération renforcée».

© Gabonreview/Shutterstock

Hugues Mbadinga Madiya
Economiste ;
Administrateur Economique et Financier ;
Diplômé de l’Institut de l’Economie et des Finances (IEF) du Gabon ;
Diplômé de Sciences Po Paris.

Depuis bientôt trois ans, l’opinion publique nationale et africaine assiste médusée à un déferlement médiatique d’une rare violence à l’encontre des institutions de la République gabonaise et plus particulièrement de la première d’entre elles : le Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Ali Bongo Ondimba.

Cette campagne, aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire de la jeune nation gabonaise, hormis l’épisode traumatisant du coup d’Etat de 1964, est atypique voire même inédit du fait de sa durée dans le temps, de son ampleur et des acteurs qu’elle met en scène. D’ailleurs, de plus en plus d’observateurs n’hésitent plus à parler de complot contre les institutions de la République.

Le point d’orgue de cette campagne est sans conteste la énième attaque menée sur une chaîne de télévision publique française, mettant en avant des figures emblématiques de la françafrique, telles que l’étrange Monsieur Robert Bourgi. Ce jour-là, les gabonais assistent médusés à une scène surréaliste : Monsieur Bourgi, exposant une version bien personnelle des conditions de l’élection du Président Ali Bongo Ondimba, et, mieux, tel un professeur, donner des consignes au peuple gabonais sur son avenir.

Une telle mise en scène aurait presque prêté à sourire si la nature des intentions exprimées et des acteurs en jeu ne nous plongeait pas dans une époque que nous avions pensé révolue, celle de l’esclavage et du néocolonialisme, portant atteinte à un principe sacrosaint qui est celui de la souveraineté et de l’autodétermination des peuples.

En effet, les questions de politique interne gabonaises se traitent désormais à Paris, non pas et fort heureusement par la France officielle, mais dans des officines d’avocats et autres acteurs de ce vaudeville. Pire encore, plusieurs personnalités gabonaises s’illustrent négativement dans ce qui s’apparente à un exercice de vente de la souveraineté nationale. Ces officines sont désormais le passage obligé de ces néo opposants.

La question que se posent la plupart des compatriotes est de savoir ce que visent ces tractations. Où se trouve l’intérêt du peuple gabonais dans ce commerce triangulaire d’un genre nouveau ? Quelle est la position de la France officielle et quid des relations franco gabonaises ?

Le présent article tente de répondre à chacune de ces questions en passant en revue plusieurs axes d’analyse : le partenariat entre la France et le Gabon, les défis qui entourent ce partenariat, le rôle de la Françafrique, les pistes pour une coopération renforcée.

I. France-Afrique: une relation durable pour le développement

Les relations entre la France et l’Afrique sont anciennes. Nouées dans la douleur à travers l’épisode douloureux de l’esclavage et du colonialisme, elles se sont progressivement normalisées au lendemain des indépendances dans les années 60 pour la plupart des pays francophones.

Pour les jeunes Etats africains, particulièrement francophones, dépourvus de ressources humaines et financières, il s’agissait au lendemain des indépendances, de signer des accords dits de coopération avec l’ex puissance coloniale pour bénéficier de l’assistance technique, et des financements.

Mais ces accords, bien souvent déséquilibrés car se résumant à un système de captation des matières premières, ont donné lieu a de fortes contestations, au point que la coopération avec la France dès les années 80 a du évoluer vers l’aide publique au développement. C’est alors le règne de l’Aide publique au développement. Une aide liée dont les effets n’ont pas été forcement probants. Aussi tirant parti aussi bien des données politiques de l’époque (sommet de la baule en 1989 et avènement du pluralisme politique dès le début des années 90), que des facteurs économiques (crise de la dette des pays africains, programmes d’ajustement structurel), cette coopération va-t-elle évoluer progressivement, sous l’instigation des institutions financières internationales et le souci constant de faire parvenir l’aide aux réels bénéficiaires, vers une coopération plus multilatérale à travers des acteurs pivots tels que l’AFD ou au niveau européen, le FED.

Comme on le voit, la coopération entre la France et l’Afrique est le fruit d’une histoire commune et d’une volonté partagée des deux parties de développer des axes de coopération privilégiés.

Le Gabon, bien sûr n’échappe pas à cette donne, à tel point que les deux parties ont signé le 24 février 2010 un partenariat stratégique, modèle unique en Afrique. La coopération franco-gabonaise repose donc sur des fondements juridiques, économiques et politiques solides, et basée sur des piliers de dialogue permanent, respect mutuel et confiance.

La France est le premier partenaire commercial du Gabon, alors que le Gabon représente son 74e partenaire dans le monde mais surtout le 9e en Afrique. Les domaines de coopération y sont variés et diversifiés, partant de la défense à la coopération économique, voire le climat et la coopération technique.

II. La relation entre la France et le Gabon à l’épreuve de la globalisation

Depuis la révolution industrielle, le monde change à une vitesse inédite. Le PIB de la planète a connu une évolution exponentielle depuis la révolution du numérique entamée au début des années 90 avec l’entrée en scène des autoroutes de l’information. Les échanges entre les nations se font désormais à une vitesse incroyable au point que les barrières planétaires deviennent de plus en plus apparentes concrétisant chaque jour un peu plus le concept de « village planétaire » du canadien Marshall MacLuhan. Ainsi, grâce à un smart phone connecté à l’internet, un commerçant à Mont-Bouet (le plus grand marché du Gabon), peut facilement établir en deux clics des relations d’affaires de plusieurs millions de francs FCFA avec un fabriquant de textiles à Hong Kong.

Dans ce contexte aussi dynamique et empreint de changement et de progrès incessants, la relation entre le Gabon et la France ne pouvait être qu’impactée. Elle s’est, en effet, transformée pour s’adapter à l’air du temps, poussée par des peuples avides de progrès et portée par des dirigeants résolus à apporter, de part et d’autres, une part dudit progrès.

Dans cette marche enthousiaste vers l’évolution et le développement, le Gabon, un pays en voie de développement dont l’ambition est portée aujourd’hui par un projet visant à le hisser au rang des économies les plus compétitives et les plus productives d’Afrique, ne pouvait que trouver sa place.

Dès 1990, dans le sillage du discours de la Baule prononcé par le Président François Mitterrand, une première salve de changements majeurs s’est produite dans les pays africains, et notamment au Gabon avec le retour du multipartisme sur le plan politique. Sur le plan économique, le pays s’est libéralisé progressivement passant d’un modèle de sociétés d’Etat ou de sociétés d’économie mixte à un modèle favorisant l’investissement privé national et international. Ainsi, à la faveur  des plans successifs d’ajustement structurels successifs bâtis avec le Fonds Monétaire International (FMI) au milieu des années 90, de nombreux fleurons de l’économie gabonaise parmi lesquels Air Gabon, Gabon Télécom, le Transgabonais, ont été privatisés, favorisant ainsi les investissements directs provenant de divers partenaires dont la France.

Sur le plan multilatéral, la détérioration des tissus sociaux dans plusieurs pays africains avec pour corollaire la montée des niveaux de pauvreté et de précarité a eu pour conséquence d’infléchir les positions des institutions financières internationales illustrées dans le « consensus de Washington » pour tendre vers une plus grande responsabilisation des Etats. De nouvelles transformations vont s’opérer avec à la clé, des retombées à l’origine de la plus longue période croissance économique connue par les pays d’Afrique au sud du Sahara depuis ces vingt dernières années (deuxième région la plus dynamique en termes de création de richesses depuis 2000 après l’Asie du sud-est).

Le Gabon s’est adapté dans cet environnement. Plus lentement certes, la structuration du PIB s’est modifiée avec le concours de partenaires diversifiés menés par la France. Sur le plan politique, le chemin parcouru depuis le discours de la Baule a été apprécié. Toujours avec le soutien de son partenaire historique, les désaccords politiques sont portés de manière régulière sur la table par les acteurs politiques dans le souci de préserver toujours la stabilité politique et la paix dans le pays.

La France elle-même, justement, a amorcé ce mouvement de transformation au sortir de la deuxième guerre mondiale. Le pays s’est engagé dans la formation d’une zone de croissance et de prospérité en prenant, avec l’Allemagne, le leadership du projet de l’intégration européenne. L’axe transatlantique avec les Etats-Unis et le Canada est en cours de densification encore aujourd’hui. C’est d’ailleurs la logique des négociations qu’elle mène en ce moment dans le cadre du Traité de libre-échange avec ces pays. Mais cette volonté d’ouverture et de diversification des partenaires ne s’arrête pas là. Elle va au-delà de ses frontières traditionnelles pour s’ouvrir aux nouveaux partenaires que sont notamment les BRICs , principaux moteurs de la croissance économique mondiale de ces trois dernières décennies.

Cette volonté de diversification des partenaires reste constante dans la très longue histoire de cette vieille nation. Elle a même pris un sens particulier depuis l’élection du Président Emmanuel Macron, déterminé à faire jouer à son pays un rôle moteur en Europe et même dans le monde.

A cet effet, l’Afrique toute entière et particulièrement sa jeunesse, a suivi avec la plus grande attention les positions du nouveau Président de la République française que ce soit sur l’esclavage, ou encore le développement. Dans le cas particulier du développement, les africains ont pris bonne note de sa volonté de privilégier la voie du co-développement, en établissant avec la diaspora africaine, les africains et les forces économiques françaises et africaines, un nouveau partenariat pour l’Afrique.  Répondant à cet appel, « les amis de l’Afrique », un collectif d’intellectuels d’hommes politiques et hommes d’affaires africains et français, tels que Lionel Zinsou ou Fodé Sylla, Hervé Bourges etc., a répondu favorablement à cet appel. Au Gabon, de nombreux mouvements de jeunes sont nés pour répondre à cette nouvelle logique de co-construction.

A y regarder de plus près, c’est cette même logique qui guide les plus hautes autorités gabonaises, en tête desquelles son Excellence Monsieur le Président de la République, Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA, depuis son accession à la magistrature suprême en 2009. En effet, l’ambitieux projet présidentiel de faire du Gabon un pays émergent à l’horizon 2025, implique de facto une volonté d’ouverture à de nouveaux acteurs mais aussi de renforcement des partenariats existants.

Du point de vue du Gabon, ces objectifs ne sont pas contradictoires. Le Gabon, « petite cendrillon d’Afrique » comme aimait le désigner le feu Président Omar BONGO ONDIMBA continue d’attirer les partenaires.

Ainsi, de nombreux partenariats fructueux ont été noués avec de nouveaux acteurs venus essentiellement des BRICS. C’est le cas du partenariat avec le groupe OLAM qui s’est traduit par la création de plus de 25 000 emplois depuis 2010 et la réalisation de projets tels que le la zone économique spéciale (ZES) de NKOK, le programme GRAINE pour le développement de l’agriculture, les investissements directs dans la production agricole et les infrastructures portuaires, qui ont vocation à transformer durablement et positivement le modèle économique gabonais.

Cependant cette ouverture s’est accompagnée par le renforcement des partenariats existants avec des partenaires traditionnels tels que les USA ou la France. Les partenariats avec l’Université d’Oregon, ou avec la NASA dans le cadre de l’Agence Gabonaise d’Etudes et d’Observations Spatiales (AGEOS), la Marine américaine dans le cadre de la surveillance de nos côtes, pour ce qui concerne les USA, entrent dans ce cadre.

La France de son côté, reste un acteur privilégie notamment au niveau commercial, dans le domaine industriel avec ERAMET et la construction de l’école des Mines de Moanda ou dans des domaines aussi sensibles que l’eau et l’électricité avec VEOLIA qui a vu sa convention renouvelée. Dans les secteurs pétroliers, miniers et des BTP, de nombreuses entreprises filiales de groupes français, continuent d’acquérir des marchés. Lors de la dernière visite de travail du Président de la République, Chef de l’Etat, celui-ci a réaffirmé au patronat français la volonté du Gabon d’attirer beaucoup plus les investissements français dans les nombreuses opportunités générées par la mise en œuvre du Plans Stratégique Gabon Emergent (PSGE).

Nous pouvons en définitive constater que la France officielle comprend et accompagne la volonté de développement et de diversification du Gabon. Ceci nous pousse ainsi à s’interroger sur les réels mobiles de ceux qui s’autorisent à parler au nom de la France, dans des affaires de politique interne. Qui sont ces acteurs et quels sont leurs vrais mobiles ?

III.        De l’autre cote du miroir : le visage hideux de la Françafrique

Que nos compatriotes et les africains qui suivent l’actualité gabonaise ne s’y méprennent pas : derrière l’épisode tragi-comique BOURGI & CO, cette machine de sape constituée d’intérêts troubles et ambigus, se cache quelque chose de plus hideux, de plus monstrueux : la main noire de la fameuse Françafrique.

Nul ne saurait vous donner une définition précise de cette nébuleuse mais pourtant on peut deviner sa nature par ses desseins morbides. C’est une nébuleuse qui nage à contre-courant de l’histoire ; et l’histoire c’est la volonté de la France officielle et du Gabon de rehausser leur niveau de partenariat aux exigences d’un monde en plein mouvement. Cette nébuleuse c’est aussi le refus de tout mouvement : la lutte de tout un peuple pour son développement, la fin d’un système de privilèges qui bénéficie plus aux individus qu’aux peuples, le changement qui pourtant est une loi de la nature.

Cette Françafrique des intérêts mesquins ne peut qu’être vouée à l’échec car œuvrant à contre-courant de l’histoire ; elle en oublie que de la BAULE à DAKAR, la France et l’Afrique officielles, ont scellé clairement une nouvelle dynamique qui tend vers un partenariat des peuples et non des éminences grises, des cabinets noirs et des mallettes (sic).

Elle est vouée à l’échec car elle méprise la principale leçon de DAKAR. De SARKOZY à HOLLANDE en effet, il est apparu une constante dans les discours des deux derniers présidents français, c’est que les relations entre la France et l’AFRIQUE doivent désormais être plus décomplexées et mises au service des peuples en quête d’un mieux-être, particulièrement la jeunesse africaine. Elle méprise l’espoir né en France, de l’élection de l’un des plus jeunes président français de tous les temps. Un espoir vu d’Afrique comme un vent nouveau pour des relations plus dynamiques et mutuellement profitables.

Or que veulent les peuples ? Que veut la jeunesse africaine ? La jeunesse africaine dit non aux discours et actes aux relans néocolonialistes et paternalistes. Elle dit non à cette françafrique repoussante au visage hideux qui appauvrit les peuples et empêche toute initiative de développement mais surtout oh, comble des combles : ne propose rien !

La jeunesse africaine en général et gabonaise en particulier veut relever les défis de l’éducation, de la santé, des infrastructures, de l’électricité de l’emploi, et prendre sa place dans le monde.

Cette même jeunesse doit comprendre qu’en réalité les interventions hasardeuses de personnages de la nature de BOURGI et tous ses complices, sont les furies d’un monde qui change. L’ordre est généralement précédé du chaos. Lorsque qu’une nouvelle ère est en cours de gestation, elle est généralement précédée de douleurs et autres bruits assourdissants. C’est à ce titre qu’il faut considérer cet épisode BOURGI & CO.

L’intrusion de M. BOURGI et ses alliés françafricains dans le débat politique national est un grave précédent ; la France officielle et tous les patriotes gabonais doivent s’en démarquer. C’est la tentation du retour en arrière et du statu quo. Ce sont les derniers cris d’un monde qui prend fin et fort heureusement les signes perceptibles du nouveau Gabon que le Président de la République, Chef de l’Etat Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA propose à ses compatriotes.

Pour tous les gabonais conscients de tous les bords, il convient de rejeter cette tentative ignoble du statu quo et du retour en arrière. Ainsi, l’opposition gabonaise et tous les complices de cette nébuleuse et hideuse françafrique se trouvent-ils devant un enjeu majeur : se situer du bon côté de l’histoire à travers une bonne compréhension des enjeux géostratégiques.

IV.  La Coopération franco gabonaise : le divorce entre l’aurore et le coq ne sera pas prononcé demain la veille

Omar BONGO ONDIMBA disait sous forme de boutade que le Gabon sans la France est une voiture sans chauffeur et la France sans le Gabon est une voiture sans carburant. Cette boutade bien qu’ayant évolué du fait que la présence française dans le secteur pétrolier gabonais tend à se relativiser, reste actuelle sur un fait : la relation entre ces deux pays a vocation à servir d’exemple pour le continent.

Au vu des axes de coopération actuels et à avenir, le partenariat entre la France et le Gabon aura tendance à se renforcer, pour le développement des deux pays. Ce que le Gabon et particulièrement sa jeunesse attend de la France est qu’elle continue d’être ce pays qui inspire, telle qu’elle l’a fait en faveur des droits de l’homme et des peuples. Ce que cette jeunesse attend est que la volonté de co-construction portée par les nouvelles autorités françaises se traduise dans les faits et que nous usions mutuellement des opportunités qui existent dans nos deux pays.

L’Afrique toute entière nous regarde car derrière la scène gabonaise se joue en réalité un spectacle devant lequel tout africain du nord au sud, peut se reconnaitre. Il nous appartiendra de faire de cette scène un spectacle qui inspire, ou une tragi-comédie.

Pour notre part, le Coq gaulois et l’Aurore gabonaise seront indubitablement indissociables malgré les tentatives maladroites de ceux qui ont choisi de rentrer dans l’histoire à reculons.

Par Hugues Mbadinga Madiya

Economiste ;

Administrateur Economique et Financier ;

Diplômé de l’Institut de l’Economie et des Finances (IEF) du Gabon ;

Diplômé de Sciences Po Paris.