D’abord paru dans la dernière livraison de l’hebdomadaire «La Loupe», ce texte signé de Guy Romain Madienguela, qui se présente comme un docteur en sociologie, oscille entre l’analyse lucide de la situation sociopolitique du Gabon, le cri de révolte et l’appel à un sursaut du président Ali bongo et de ses collaborateurs. Gabonreview a choisi de le publier intégralement. Parce qu’il traduit ce que pensent bien de Gabonais.

Une scène de la marche contre les crimes dits rituels, le samedi 11 mai 2013. © lavie.fr

Une scène de la marche contre les crimes dits rituels, le samedi 11 mai 2013. © lavie.fr

Voyons quelques emplois de l’expression «être aux abois». Autrefois, les «abois» qualifiaient le moment où un animal chassé se trouvait encerclé par la meute et où il ne pouvait plus échapper à la mort. «Etre aux abois» signifie donc «être arrivé à la fin de quelque chose, ne plus avoir de choix».

Cette explication appliquée à la situation gabonaise actuelle montre clairement qui, du pouvoir et du peuple, est aux abois. Sauf qu’ici, il ne s’agit ni d’animaux ni de meute mais de pouvoir. Un système que les populations sont prêtes à traquer parce qu’il ne répond pas à leurs attentes.

Ce système n’a pas plus le choix. Soit il change de cap, de mode de gouvernance, soit il va droit au mur. Le pouvoir politique Gabonais acculé, dévoyé par tout un peuple, incapable de se défendre en mettant en avant ses réalisations, cherche depuis, les maux chez ceux-là qui se sont érigés en observateurs. D’où la sortie tonitruante du journal aux ordres de la «légion étrangère» contre ceux-là même qui ont donné le quitus pour la continuité du système BONGO.

Ce qu’ils ne savent pas, c’est que toutes leurs invectivent desservent la consolidation de leur Pouvoir. Tous les observateurs de la politique gabonaise se demandent si le PDG existe encore comme parti politique ou s’il s’est complètement dilué dans cette coordination chapeautée par la «légion étrangère» du bord de mer.

Tous les observateurs estiment que le PDG et le pouvoir qu’ils représentent ont clairement montré qu’ils sont totalement noyautés par des groupuscules qui constituent «la minorité agissante». C’est cette minorité qui a réduit tout un gouvernement, son Premier ministre en tête, en simples coursiers. D’autres diront en vadrouillards qui courent d’un ministère à l’autre sans aucun pouvoir de décision. C’est elle qui est la cause principale de l’échec du pouvoir d’Ali BONGO.

Le pouvoir gabonais actuel est impuissant à tout point de vue. Incapable de rassembler les Gabonais. Inapte à diriger le pays. Incapable d’organiser des élections municipales alors qu’il prétend être un parti majoritaire. Une majorité qui n’est que la conséquence d’un pouvoir qui fait du trafic d’influence sa base première. Depuis, le PDG  n’est plus qu’un cerceau unicolore qui ne se reconnait que parce qu’il est plus tordu qu’on ne l’imaginait.

Qu’un pouvoir qui n’a de bilan que des espoirs déçus, des nominations aux ordres, des harcèlements, d’indexations ciblées, de complots fomentés, des crimes rituels, des morts. Des morts parlons-en un peu. Il y en a qui le sont réellement et d’autres en sursis. Il y a les morts de misère, de maladie faute de soins, par effraction à cause des bandes armées, de morts violentes causées par les forces de répression, des disparitions et des accidents non justifiés.

Les Gabonais se réveillent au fil des jours face à des agités, des surexcités démagogues qui prétendent défendre le pouvoir. Ils savent où tout cela aboutira et nous conduira. Les glorifiés du moment, ceux-là même qui se croient indéboulonnables. Ce sont les mêmes qui pullulent dans la cour d’Ali BONGO et qui préparent sa chute. On ne peut plus parler que de cela car ils ont réussi à le faire échouer.

De grâce ! Au lieu de vouloir amuser la galerie, dites-nous quel pouvoir peut commettre autant de violations de la loi, la constitution en premier, sans être critiqué, sans être menacé d’avoir à rendre le tablier. Au lieu de se faire l’avocat d’un système coupable du mauvais être des gabonais et j’en passe, faites-vous plutôt le porte-parole de toutes ces inégalités qui entraînent notre cher Gabon vers l’abîme. Au lieu de vouloir défendre un système aux abois, exigez que les promesses d’août 2009 soient tenues. Si vous considérez la Gabon comme une nation et non comme un groupement rituelique, comme vous le faites actuellement, faites que le gouvernement gouverne.

Le respect de la loi, de l’autorité, la quiétude sociale, toutes ces valeurs ont été piétinées depuis le mauvais casting d’août 2009.   Soyons sérieux ! Respecter la loi et l’autorité serait pour vous défénestrer des innocents pour intimider d’autres innocents ? Respecter la loi serait, de présenter à tout bout de champs un programme qui ne démarre pas depuis 4 ans ? Respecter la loi, serait de faire de tous les Gabonais civils et militaires des citoyens aux ordres.

Regardez-vous,  cherchez à  réconcilier les Gabonais ; leur apporter la paix et le bien-être auxquels ils ont droit comme tout peuple. Ne cherchez pas à les distraire en accusant ces hauts commis de l’Etat qui ont tout donné à ce pays et qui ont surtout stabilisé ce pouvoir qui vous aveugle aujourd’hui. Le Gabon n’a jamais été aussi proche du gouffre, du chaos et de la désintégration depuis que vous avez fait main basse sur l’appareil de l’Etat dans toutes ses composantes.

Vous oubliez seulement que les Gabonais sont aujourd’hui à l’affut de tous les canaux d’information. Les temps ont changé. Prenez garde et inspirez-vous des exemples récents des révolutions dans le monde arabe. Changez de mode de gouvernance et ayez un peu de respect pour le peuple et la patrie qui vous a donné provisoirement l’hospitalité. Ayez le courage d’organiser des élections, comme vous vous vantez d’avoir la majorité. Acceptez un dialogue franc avec l’opposition et cessez de réduire le Gabon en un panier ou vous êtes le filtre. Et tout ira pour le mieux !

En réalité, votre coordination au palais du bord de mer finira par faire disparaître ce qui reste du PDG. Pour vos intérêts égoïstes, vous êtes le plus grand danger pour Ali BONGO que vous induisez de plus en plus en erreur. Espérons qu’il s’en apercevra avant qu’il ne soit trop tard. Toutes celles et tous ceux  que vous menacez sont très peu signifiants devant la colère du peuple déçu du Gabon. Malheureusement, celui qui tombe ne voyant pas l’ombre de ses fesses, vous vous enfermez tous les jours dans votre obscurantisme et votre opportunisme suicidaire.

Sachez que le peuple est déjà réveillé. Personne ne croit plus ni aux promesses ni aux capacités du pouvoir actuel de sortir le Gabon de sa situation. En attendant, les petits escrocs, les petits wouya-wouya, allumeurs de feu de toutes les organisations parasites comme la vôtre en profiteront. Mais gare au revers de la médaille !

En attendant, plus personne n’a peur de menaces dans ce monde de la cyber- communication. Sachez que ceux que vous menacez aujourd’hui sont les seuls qui vous séparent de la chute. Ce sont eux qui raisonnent et contiennent le peuple qui s’impatiente. Alors, soyez heureux que le peuple ait des leaders en tête de ses revendications. Le jour où il décidera de ses propres revendications, de sa propre marche, il risque bien de chercher une direction qui ne soit pas uniquement l’esplanade du Palais du bord de mer. Cela arrivera s’il venait à désespérer et de son opposition et du pouvoir.

Guy Romain Madienguela,

Docteur en sociologie