Ancien cadre supérieur d’entreprise, ancien directeur de publication d’un journal d’entreprise, observateur actif de la vie sociale, économique et politique du Gabon, Mathurin Mengue Bibang s’invite, à travers cette tribune libre, dans le débat autour de la participation de l’opposition aux législatives annoncées. Il soupçonne les artisans de la candidature unique de l’opposition à la présidentielle 2016, d’avoir bluffé pour un bénéfice égocentrique.

«Se montrer aux côtés de l’opposition gagnante pour brouiller les pistes et faire perdurer le système politique qu’ils disent combattre». © Gabonreview/123rf

 

Mathurin Mengue Bibang. © D.R.

Au commencement était la Destitution, Transition Élections (DTE). Par la suite, depuis la fin des élections très controversées d’août 2016, ce fut d’abord la Ni Ping, Ni Ali (Ni-Ni) et ensuite, les saltimbanques de la politique fiction gabonaise ; ils ont maintenant une nouvelle trouvaille : aller aux prochaines élections législatives pour revigorer celui qu’ils disent contester au point de donner raison à un membre du gouvernement qui s’exprime en ces termes au sujet de ces hypothétiques élections : « …tous ceux qui vont participer à ces élections reconnaissent de facto Ali Bongo comme Président ».  Il n’y a donc plus de doute pour qualifier leur posture.

 Pour ce qui concerne la situation politique du Gabon depuis les élections présidentielles d’août 2016, Tout observateur averti serait tenté de se poser  la question de savoir pourquoi autant d’agitation et d’effervescence d’une certaine opposition, alors qu’on ne perçoit aucun son de cloche discordant du côté de la majorité, et que les pré requis devant permettre l’organisation d’une élection transparente, juste et équitable comme le souhaite la majorité des gabonais ne sont pas encore perceptibles, et la date desdites élections restant une nébuleuse que le pouvoir en place est le seul capable à pouvoir dissiper.

Comme début d’explication, la majorité de la population gabonaise se souviendra que le soutien à une candidature unique n’était qu’un tour de prestidigitation cynique. Une mascarade savamment orchestrée. Rappelons que, selon certaines indiscrétions, après avoir monnayé, ces saltimbanques de la politique-fiction n’ont apporté leur soutien au candidat de tous les gabonais, que moins 2 semaines avant l’échéance. Est-ce normal ou crédible ?

Il s’agissait pour eux de se positionner aux côtés du candidat des gabonais. Il s’agissait surtout pour eux de pérenniser leur tradition qui est de se montrer aux côtés de l’opposition gagnante pour brouiller les pistes et faire perdurer le système politique qu’ils disent combattre depuis l’avènement du multipartisme au Gabon. De vrais sorciers.

Toutefois, ceci peut-il expliquer les sorties incontrôlées de quelques apparatchiks clairement identifiés ?

Pour la plupart d’entre eux, il s’agit de montrer à leurs commanditaires qu’ils existent. Les gabonais n’ont certainement pas oublié les justificatifs de certains, par rapport à leur nomination dans les gouvernements d’Ali Bongo, au motif qu’ils n’ont préalablement pas été consultés. Que s’est-il réellement passé ?

Les gabonais n’ont pas oublié le pédigrée de certains d’entre eux, dont la seule référence est qu’ils sont issus des familles traditionnellement inféodées ou assujetties au Bongo-PDG. Aussi loin qu’on peut remonter le temps, ils n’ont aucun état de service à leur actif, même pas d’avoir remporté la moindre élection dans leur fief électoral si petit et maitrisable soit-il.

On peut donc comprendre pourquoi certains hommes politiques avisés sont vilipendés, insultés et traités avec condescendance lorsqu’ils donnent un avis contraire à celui des affidés (masqués) du Bongo-PDG. On leur reproche d’être visionnaire, en ayant très tôt fait le choix de celui qui a finalement été plébiscité et choisi par les gabonais en août 2016.

Certains disent refuser de se taire et attendre que les choses se fassent d’elles-mêmes, ce qui justifierait leurs sorties intempestives à l’endroit de ceux avec qui ils sont supposés défendre la même cause. D’autres par contre refusent d’aller à la soupe, et restent fidèles à la volonté et à la souveraineté du peuple.

Mais cette valse politique gabonaise au rythme incohérent contribue à tenir loin, la principale préoccupation des gabonais qui est de voir installé à la magistrature suprême celui qu’ils ont librement choisi. Les signes du temps finissent toujours, hélas, par démontrer qui eut tort d’avoir raison trop tôt.

Mathurin Mengue Bibang