Deux particuliers s’affrontent depuis des années pour le contrôle d’un patrimoine immobilier. L’affaire serait banale si un conseiller spécial du président de la République ne s’en était pas mêlé.

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Depuis 2001, une affaire de captation d’héritage oppose Chantal Mbouze Bikeigne à Brigitte Atsame Emane, deux personnes qui revendiquent la propriété des biens laissés par feu Jean Félix Bikeigne et feue Suzanne Billie Atsame, disposés sur la parcelle n° 283 section C au quartier Lalala dans le 5e arrondissement de Libreville. Si un nouveau jugement de l’affaire est prévu le 9 mars prochain du fait de l’appel interjeté par Brigitte Atsame, déboutée au terme du premier procès, l’intervention de la présidence de la République, par l’entremise du conseiller spécial, chef de département Santé, Jeunesse et Prévoyance sociale, a récemment donné une autre tournure à l’affaire.

La lettre du conseiller spécial d’Ali Bongo à Brigitte Atsame. © Gabonreview

La lettre du conseiller spécial d’Ali Bongo à Brigitte Atsame. © Gabonreview

Rappel des faits

Vivant sur la parcelle et profitant des biens immobiliers laissés par sa grand-mère, feue Suzanne Atsame, depuis le 30 janvier 1988, Brigitte Atsame semblait n’avoir de compte à rendre à personne puisque, dit-elle, l’entretien desdits biens lui incombait sans qu’aucun membre de sa famille ne daigne s’en préoccuper. Pourtant, au début des années 2000, il lui fut reproché d’en jouir sans en être l’héritière légale. Une accusation portée par Chantal Mbouze Bikeigne qui saisit les tribunaux en 2002. Au terme du procès, la justice ordonna l’expulsion de l’accusée ainsi que de tous les occupants de la parcelle, avec à la clé le paiement d’une amende de 500 000 francs à titre de dommages et intérêts. Un administrateur provisoire de la succession fut même désigné.

La décision n’ayant que très peu satisfait Brigitte Atsame, celle-ci, par l’entremise de ses avocats du cabinet «Ntoutoume & Mezher», décida alors d’interjeter appel le 14 mars 2006, bien que le tribunal démontra qu’elle n’avait «aucun lien de parenté avec feu Bikeigne», et ne disposait d’aucun titre foncier pour se prévaloir de son héritage. S’ensuivit alors un combat judiciaire dont elle n’avait sans nul doute pas prévu la longueur. Entre appel jugé irrecevable et accusation de négligence de part et d’autre, les choses s’enlisent et aucune des deux parties ne veut lâcher prise, jusqu’à la récente signature de l’ordonnance de fixation délivré par la Cour d’appel judiciaire de Libreville. Entre temps, la présidence de la République s’est saisie de l’affaire qui, jusque-là, n’opposait que de «simples» particuliers.

L’intervention de la Présidence de la République

Alors que l’accusée, Brigitte Atsame, agent à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), attendait le jour de son audience en appel, le 24 octobre 2014, elle reçoit un coup de fil de la présidence de la République lui demandant de s’y rendre «en urgence» le 28 du même mois. Si la rencontre avec Clémence Mezui–me-Mboulou, le 30 octobre 2014, tourna court sans que la convoquée n’eut à redire pour sa défense, l’intrusion du conseiller spécial du président de la République sur la parcelle du litige, les 4 et 8 novembre 2014, avec menaces et recensement des biens par exploit d’huissier, interpelle. Quel est l’intérêt du président de la République à agir dans cette affaire ? Si rien ne prouve qu’il soit au fait des «intimidations» exercées par sa collaboratrice, une lettre datée du 26 janvier 2015, signée par son conseiller spécial affirme pourtant que Chantal Mbouze Bikeigne, sa contradictrice a adressé à Ali Bongo un courrier le 22 octobre 2014, comme pour solliciter son intervention. Or, prétend le conseiller spécial, «conformément aux très hautes instructions du chef de l’Etat, une enquête a été diligentée», qui a conduit à une nouvelle rencontre avec l’accusée le 2 février 2015 puis une descente manu militari à Lalala le 9 février 2015, accompagné de Me Ntchorere, expressément mandaté, semble-t-il, par le président de la République, qui aurait demandé l’expulsion sans préavis des occupants du terrain. Pourquoi cette immixtion de la présidence de la République ? Des questions se posent.

Selon une source proche du dossier, rien ne prouve que Chantal Mbouze Bikeigne ait vraiment demandé à Ali Bongo d’intervenir, comme rien ne prouve qu’il sache un traitre mot de cette affaire de «spoliation d’héritage». Pour lui, le chef du département Santé, Jeunesse et Prévoyance sociale de la présidence de la République a un intérêt personnel dans ladite affaire. «Il semble qu’elle souhaite être l’acquéreur du terrain du litige, à court ou à long terme. D’où les intimidations renforcées par l’évocation du nom du président de la République», estime la source. Pour l’heure, Brigitte Atsame qui vit dans la crainte d’une nouvelle descente d’émissaires, qui auraient menacé de faire intervenir des éléments de la Garde républicaine (GR) au cas où elle refuserait de se plier à leur décision de déguerpir au plus vite, attend d’être à nouveau confrontée à Chantal Mbouze Bikeigne. Ali Bongo et Clémence Mezui-me-Mboulou seront-ils témoins ? Affaire à suivre.