Après l’arrestation d’un Casque bleu gabonais en République Centrafricaine (RCA) pour trafic d’armes et de minutions, les Gabonais seraient désormais mal vus à Bangui. Motus au Gabon où le ministre de la Défense s’est littéralement refusé à tout commentaire et service minimum à la Minusca,  se contentant d’annoncer, le 14 avril 2018, l’ouverture d’une enquête à ce sujet… sans plus.

Le Casque bleu présumé gabonais, soupçonné de trafic de munitions en RCA. © D.R.

 

Selon des sources concordantes dont des membres des forces gabonaises en RCA, l’adjudant, gabonais, Roland Hugues Mandoukou a été pris la main dans le sac alors qu’il tentait de vendre frauduleusement plus de 1000 minutions, toutes neuves, dans un quartier du 3e arrondissement de la capitale centrafricaine, Bangui. D’autres sources parlent de l’interpellation d’un taxi-moto transportant le soldat gabonais. Celui-ci ayant tenté de prendre la fuite, son arrestation a permis la découverte d’un sac de munitions.

Mutisme d’Etienne Massard, communique de la Minusca

Le présumé adjudant Roland Hugues Mandoukou, tel que montré à la télévision en RCA. © D.R.

Joint par téléphone à Libreville pour vérification de cette information abondamment relayée sur les réseaux sociaux, le ministre de la Défense, Etienne Massard Cabinda, n’a pas souhaité s’exprimer. Or, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minisca) a plutôt annoncé, samedi, dans un communiqué sur son site internet, qu’«un Casque bleu de la Minusca, en tenue civile, a été appréhendé vendredi à Bangui par la Gendarmerie centrafricaine, en possession de munitions». L’identité du coupable et son pays d’origine n’ont pas été livrés dans ladite note.

Si la Minusca «condamne ce grave manquement présumé aux directives en vigueur en matière de détention et d’usage d’armes et de munitions», elle a également indiqué qu’«une enquête préliminaire» est menée par ses services «en conformité avec les dispositions établies». La note rappelle que les Nations Unies ont informé le Bureau des services de contrôle interne (OIOS) afin d’assurer le respect des procédures, de même que l’Etat membre du Casque bleu concerné sera notifié de cet incident en vertu des procédures en cours.

Témoignage et présomption d’innocence

Selon le témoignage d’un soldat gabonais en RCA, la perquisition de la chambre du présume coupable, qui est «responsable du groupe mortier» a permis d’y trouver trois caisses de munitions. «Selon ses déclarations, il allait livrer ces munitions au général Amat Bahar, un chef rebelle musulman qui a été l’objet d’une descente musclée des forces de l’ONU la semaine dernière. L’affaire grand bruit à Bangui où les Centrafricains en veulent maintenant aux soldats gabonais», indique le soldat gabonais sur place.

Cité par un journal  en ligne centrafricain, un juriste du pays concerné «pense, quant à lui,  que l’arrestation de l’adjudant Roland Hugues Mandoukou ne repose sur aucun fait matériel  et juridique en tant que tel. Le fait de transporter des munitions ne fait pas de lui un trafiquant d’armes ou des minutions. Il n’a pas été arrêté au moment de la transaction avec son interlocuteur et donc, les faits qui lui sont reprochés pour le moment  reposent sur des faits circonstantiels, intentionnels  et non matériels. De plus, il semble que c’est la version du conducteur du taxi-moto qui est privilégiée dans cette affaire et non celle du préjugé. En conséquence, il doit être libéré sans accusations formelles à la fin de sa garde-à-vue. En plus, l’homme, soldat des Nations Unies dans le pays, est protégé par des traités internationaux de l’ONU

Quitter la RCA

Pour rappel, à l’issue du Conseil des ministres du 10 mars dernier, le Gabon avait annoncé le retrait des 450 soldats de la mission des Nations Unies en Centrafrique. Ce du fait des «manquements constatés dans ce contingent». Toutefois, avant cette décision, des allégations d’abus sexuels visaient déjà des soldats gabonais de cette mission en RCA. Le ministère de la Défense nationale avait indiqué avoir été saisi de nouveaux cas d’allégations d’abus sexuels impliquant des soldats gabonais dans ce pays.

En attendant que l’identité et le pays d’origine du présumé coupable soient officiellement divulgués, il est inéluctable que cet acte met davantage en difficulté les Nations Unies et cette Mission de maintien de la paix et de stabilisation en RCA. Ce d’autant que ces dernières semaines, l’on a enregistré une hausse vertigineuse de la violence, mais aussi un sentiment de rejet vis-à-vis de cette mission.