Le président turc poursuit sa purge contre les complices supposés de la tentative du coup d’Etat survenue en juillet 2016. Au Gabon, il aurait fait arrêter récemment cinq enseignants de l’Ecole internationale turco-gabonaise (La Lumière), accusés d’être des partisans de son opposant Fethullah Gülen.

Sur la demande d’Ankara, Libreville aurait interpelé des ressortissants turcs soupçonnés de complicité avec les putschistes de juillet 2016. Ici, Ali Bongo et Recep Tayyip Erdogan, en mai 2015. © tccb.gov.tr

 

Plus d’un an après le coup d’Etat manqué initié par une faction des forces armées turques à Ankara et à Istanbul, Recep Tayyip Erdogan n’a pas fini de faire payer les présumés complices de cette «trahison». Depuis, des milliers de fonctionnaires ont été limogés sans ménagement, avec des peines d’emprisonnement pour certains. La purge lancée par le président turc touche aussi les pays étrangers comme le Gabon qui, à l’instar du Kosovo, de l’Arabie saoudite, la Malaisie, la Géorgie, le Pakistan et le Soudan, a dû faire arrêter des ressortissants turcs vivant dans le pays.

Tout aurait commencé dans la nuit du 15 mars dernier, précise le site Stockholmcf.org, avec l’arrestation par la police gabonaise d’Osman Özpinar (directeur de l’Ecole internationale La Lumière), Ibrahim Akbas (responsable pédagogique) et de leur invité français Hüseyin Serçe, qui a été libéré la nuit même suite à l’intervention du consulat français à Libreville. Une semaine après, c’était au tour de l’enseignant Adnan Demirönal et de l’épouse du directeur de l’école d’être placés en garde à vue, la dernière «pour avoir refusé de remettre les passeports» des deux responsables de l’établissement, que le ministre de la Défense du Gabon souhaitait «examiner», rapporte le site Turquieplus.fr. Si l’épouse d’Osman Özpinar a été libérée le 26 mars dernier, la comptable de l’école, Fikriye Akbas, aurait à son tour été placée en garde à vue le 3 avril.

Dans la presse turque plus ou moins pro Fethullah Gülen, on accuse les autorités gabonaises d’avoir reçu l’ordre d’Ankara, qui soupçonne les enseignants d’avoir été complices de la tentative de putsch de juillet 2016 qu’Erdogan attribue à son principal opposant exilé aux Etats-Unis. Les motifs des autorités gabonaises pour justifier les arrestations n’ont pas cessé de changer et convainquent peu. De «falsification de documents», selon Richard Sedillot l’avocat de l’école, le chef d’inculpation s’était changé en «menace à la sécurité intérieure du Gabon». Aujourd’hui, certains craignent l’extradition des trois enseignants et de la comptable. D’autant plus que le gouvernement aurait réussi à saisir le passeport de chacun d’eux.

Depuis le coup d’Etat manqué en Turquie, ce sont près de 8000 Turcs (policiers, avocats, enseignants, universitaires, hauts cadres, etc.) qui ont été limogés à travers le monde. Et c’est loin d’être fini.