Formé le 4 mai dernier, le gouvernement fait déjà entendre des sons discordants. Au ministère de la Communication surtout, mais aussi aux Travaux publics, les «arrivants» taclent les prédécesseurs ou déplorent les conditions de travail des agents d’un côté, et les projets oubliés de l’autre côté. Glissement de langage au sein du cabinet Issoze Ngondet III.

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Après sa visite des installations des médias publics (Maison  Georges-Rawiri, Agence gabonaise de presse, Kana 7 et bureaux d’Angondjé) la semaine dernière pour se rendre compte de visu des conditions de travail des agents, le nouveau ministre d’Etat chargé de la Communication, Guy-Bertrand Mapangou, s’étonnait de la déliquescence des installations de Gabon Télévision et Radio Gabon. Jugeant les conditions de travail «difficiles», il est allé jusqu’à saluer le «patriotisme» des agents de la maison Georges-Rawiri qui travaillent dans des «conditions exécrables». Puis, affirmant que «je sais que cela va encore me valoir des inimitiés», l’ancien journaliste d’Africa n°1 a parlé de «catastrophe» au sujet de l’état dans lequel se trouvaient ces installations, avant d’espérer que la Redevance audiovisuelle et cinématographique (RAC) récemment créée permettra un tant soit peu de relever le niveau de ces structures.

Propos violent, hors contexte et hors norme

Aux oreilles de plus d’un, ces propos ont sonné comme une violente charge envers Billie-By-Nze, précédent titulaire du portefeuille, de même qu’il laissaient entrevoir une discordance, sinon l’absence de solidarité gouvernementale. Joint au téléphone, le ministre des Sports et de la Culture, indirectement incriminé par son successeur à la Communication, trouve que «ces propos ne sont pas convenables lorsqu’on est membre d’un gouvernement et surtout lorsqu’il s’agit d’une forme de continuité. Après tout, il ne s’agit pas d’un gouvernement qui a remplacé un autre dans le cas de l’alternance. Que non ! C’est un même gouvernement qui suit une continuité sous le magistère d’Ali Bongo Ondimba. Nous essayons de tout faire pour que les choses s’améliorent dans le pays. Chacun fait sa part. Cette manière de procéder est totalement déplacée».

En verve tel que précédé par sa réputation, Alain-Claude Billie-By-Nzé estime qu’il faut «regarder les conditions des agents dans tout le pays. Si vous prenez les agents qui travaillent dans la Fonction publique, dans quelles conditions travaillent-ils ? Ceux qui travaillent dans les hôpitaux à l’intérieur du pays, à l’Université d’où sort le ministre Mapangou, dans quelles conditions travaillent-ils ? Ce n’est pas très utile et ce n’est pas positif ni productif pour le pays. Jusqu’à présent, j’ai cru et je crois toujours avoir avec lui de bonnes relations. Nous ne sommes pas en rivalité. Je ne comprends pas cette violence d’un propos totalement hors contexte et hors norme.»

Pour Alain-Claude Billie-By-Nzé, également interrogé sur Urban FM, ce propos «s’inscrit dans une logique de rivalités politiques». Est-ce le Mogabo qui s’exprime contre l’APR, deux courants antinomiques du Parti démocratique gabonais (PDG) ?  L’ancien ministre chargé de la Communication a poursuivi son propos en indiquant que les installations de la maison Georges-Rawiri avaient été livrées avec des malfaçons. «Je me demande, ajoute-t-il, s’il n’y avait pas dessus une forme d’obsolescence programmée». Obsolescence programmée ?

Christian Magnagna et l’oubli de la nationale 1

Pour sa part, après l’effondrement intervenu il y a dix jours à Four-Place sur la route nationale n°1, le nouveau ministre de l’Equipement et des Infrastructures a affirmé : «Il faut le reconnaître, nous avons oublié d’entretenir la Nationale 1, mais désormais il est question de reprendre son entretien». Et d’ajouter que la Nationale 1 était en fin de vie, et qu’il y a 3 ans, celle-ci devait être réhabilitée sur un linéaire de 70 kilomètres entre le PK5 et PK 75 au niveau de Kango, mais «nous ne l’avons pas fait». Par ce propos tenu mercredi dernier sur Gabon 24 lors de l’émission Complément d’Info, Christian Magnagna, lui-même ancien patron du Fonds d’entretien routier (FER), a-t-il voulu, en quelque sorte, dresser une forme de bilan de l’action de son prédécesseur ? Beaucoup parmi les anciens collaborateurs de Jean-Pierre Oyiba en sont arrivés à le penser…

«Ces bisbilles entre membres du gouvernement ne semblent pas être de bon augure pour un fonctionnement optimal du gouvernement, car quand le «moi je» l’emporte sur l’action collégiale, il n’y a pas grand-chose à espérer», souligne le haut fonctionnaire du ministère de la Communication.