Alors que des poursuites sont envisagées dans le cadre des «biens mal acquis» contre des légataires du président Omar Bongo, pour un patrimoine bâti en France, les opérations de succession, sans lesquelles il ne peut y avoir de procès, piétinent. Un acte volontaire, selon un avocat de Transparency international.

Les principaux acteurs de la succession d’Omar Bongo accusés retarder les opérations de succession. © D.R.

 

Me William Bourdon, un avocat de Transparency international, expliquerait clairement la lenteur affichée dans le traitement de la succession d’Omar Bongo, l’ancien Chef de l’Etat gabonais, par un retard délibérément entretenu par les proches, dans le but, dit-il, de ne pas s’exposer à la justice française.

«Les principaux acteurs de cette succession, habilement conseillés, ont tout à fait compris l’intérêt qu’ils ont à prolonger indéfiniment les opérations de succession», indique l’avocat, cité par l’Express. Selon le journal, l’avocat l’aurait indiqué par une note transmise début juin aux juges d’instruction en charge de l’enquête dite des «biens mal acquis».

Pour échapper à la justice française dans l’enquête sur le fastueux patrimoine d’Omar Bongo bâti en France, les bénéficiaires jouent les prolongations, car tant que la succession n’a pas abouti, «il est évidemment difficile d’envisager des poursuites» en France, ajoute l’avocat. Ce dernier demande aux magistrats de s’enquérir, auprès des notaires mandatés pour la succession, afin de connaître l’état d’avancement des opérations.

Alors que depuis 2010 des enquêtes sur les fortunes des familles présidentielles africaines sont actuellement en cours en France, le Gabon est visé, à travers la famille Bongo. Pascaline Bongo et Ali Bongo, deux légataires universels du père Bongo, sont dans le collimateur de la justice française.

Pour l’avocat, «il est inexplicable que (Pascaline Bongo) n’ait jamais été interrogée sur le financement des biens compris dans la succession” et “sur l’origine des fonds ayant permis la constitution de son propre patrimoine». Il s’étonne encore plus lorsque les révélations de l’enquête indiquent qu’elle est propriétaire de trois appartements à Paris, de plusieurs véhicules de luxe en France et aurait acheté pour près de 1,38 million d’euros de montres et bijoux entre 2006 et 2007, sans être mise en examen.

Dans le même temps, il est indiqué qu’Ali Bongo et la société suisse Achimmob pourraient avoir des liens. La société suisse serait propriétaire d’un hôtel situé avenue Hoche à Paris. On cite entre autres biens aussi une société civile immobilière saisie en 2016, une SCI Emeraude, propriétaire d’une villa à Nice et d’un hôtel particulier à Paris, dans lequel l’épouse d’Omar Bongo et Pascaline Bongo auraient détenu des parts. Et le paradoxe est que la gérante française a été mise en examen, pendant que les Gabonaises n’ont pas été entendues.

En plus de deux autres immeubles saisis dans le VIIIe et XVIIe arrondissements de Paris, on dénombre sur la Côte d’Azur et dans les quartiers chics parisiens 33 propriétés. Une somme d’actifs évaluée à plusieurs centaines de millions d’euros, surtout qu’on a du mal définir exactement la fortune d’Omar Bongo.

Auteur : Alain Mouanda