Pierre-Alain Mounguengui, patron de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) ainsi qu’un quarteron de ses collaborateurs et de membres du cabinet de Nicole Assélé, le ministre de la Jeunesse et des Sports, ont actuellement des sueurs froides : des poursuites judiciaires pèsent sur eux pour «détournement de derniers publis». L’opération Mamba se ramifie.

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On savait, de par le monde, que le milieu du sport, notamment du football, brasse énormément d’argent, objet de bien de magouilles. On découvre qu’au Gabon, il est aussi le lieu de malversations financières aussi régulières que pernicieuses. Nicole Assélé, ministre de la Jeunesse et des Sports, auparavant président de la Fédération gabonaise de hand-ball, le découvre-t-elle seulement avec son arrivée à la tutelle gouvernementale du sport ?

Il se murmure en tout cas, dans le Landerneau qu’elle supervise, que les deux dernières sorties internationales des Panthères du Gabon, l’équipe nationale de football, auraient pu lui permettre d’empocher à chaque fois une vingtaine de millions de francs CFA si elle n’avait décliné l’offre pour, évidement, s’en étonner et sévir. «À chaque fois que les Panthères jouent sur le plan international, les gens de la fédération donnent au ministre 20 millions de francs sur l’argent décaissé par le Trésor public à cet effet tandis que dans les poches personnelles du président de la Fégafoot atterrissent 10 millions. C’est une veille pratique», soutient un encadreur de l’équipe nationale de football. Des allégations pouvant, d’une certaine manière, se vérifier aujoud’hui.

Ainsi, le mouvement d’humeur des joueurs relatif au paiement de leurs primes un peu avant le match amical opposant, le 4 juin dernier, les Panthères contre la Zambie, a poussé le ministre des Sports à examiner les états financiers. Les découvertes ahurissantes de Nicole Assélé l’ont amenée à porter plainte, à la Direction générale des recherches (DGR) de la Gendarmerie nationale, pour «détournement de fonds».

De sources bien informées, Pierre-Alain Mounguengui (président), Alain Mvoumbi (trésorier général) et Serge Mombo (intendant), tous de la Fegafoot, vont devoir justifier un décaissement de 14 millions de francs CFA dont les factures ont pourtant été payées par l’agence comptable du ministère de la Jeunesse et des Sports, ainsi qu’un décaissement de 30 millions de francs CFA, également déjà payé par l’agence comptable de la tutelle pour l’organisation du match amical Gabon-Zambie. «Nulle part mentionnés dans le plan de dépense transmis par la Fegafoot et validé par le ministère, 10 millions de ces fonds sont alloués au président de la Fegafoot, les 20 millions restants devaient aller au ministre des Sports», raconte une source proche du dossier. Celle-ci indique également que «sans justification, le trésorier de l’instance de football a décaissé 3 millions de francs pour lui-même».

Mais, les pontes de la Fegafoot ne sont pas les seuls à être inquiétés par des plaintes du ministre des Sports à la DGR. «Pas moins de trois de ses collaborateurs sont également l’objet de plaintes, ainsi que l’ancienne administrateur du Fonds national pour le développement du sport (FNDS)», indique une source de la Gendarmerie nationale.

Les collaborateurs du ministre sont poursuivables pour «avoir détourné plus de 5 millions de francs sur les frais d’écolages des étudiants de l’Institut national de la Jeunesse et des Sports et pour avoir distrait 7,5 millions de francs CFA sur les cautions des candidats lors des élections à la tête des différentes fédérations sportives mais aussi pour 5 millions disparus de l’argent de la mise en place du Conseil national de la Jeunesse», précise une source bien informée du ministère de la Jeunesse et des Sports qui raconte, par ailleurs, que l’ex-patronne du FNDS serait pour sa part accusée d’avoir refusé de justifier les décaissements d’un compte bancaire Bicig placé sous sa supervision et alimenté par les sponsors de la Tropicale Amissa Bongo.

Déposées à la DGR au début du mois en cours, les plaintes du ministre de la Jeunesse et des Sports ressemblent à une opération Mamba en interne et à échelle réduite, tant les montants prêtent à sourire si on les compare aux centaines de millions, voire aux milliards cités concernant les premiers prévenus du Mamba. Si les faits pour lesquels ces plaintes ont été déposées venaient à être confirmés, nombreux pourraient se retrouver à «Sans-Famille», le pénitencier de Libreville. Mais, les victimes collatérales seront résolument nombreuses, tant la chaîne et les ramifications pourraient se révéler longues et pleines de surprises. Chaud devant !