Valeurs montante de la comédie gabonaise, l’humoriste Sissoko, remarqué dans de nombreux spots publicitaires, parle ici de ses projets, ses succès, mais aussi de la vie des artistes gabonais obligés d’avoir un métier d’appoint afin de pouvoir joindre les deux bouts. S’il avait le choix, il ne tronquerait jamais sa veste de chansonnier contre celle de responsable commercial, ainsi qu’il le fait.

l’humoriste Sissoko, interview exclusive - Gabonreview.com

Gabonreview : C’est quoi ta carte de visite ?

Sissoko : Je suis Prince Ntoutoume, l’humoriste Sissoko. Je fais de l’humour depuis belle lurette. A Libreville, je suis sur les traces des grands humoristes du Gabon. Notamment Dekombel, Defoundzou, Dibakou, Worwor Na Worwor. L’humour c’est ma passion, j’adore !

On t’a vu un peu partout. Mais que dit-on retenir de remarquable ?

J’ai tourné dans de nombreux spots publicitaires. Disons même que j’ai commencé à tourner avec la troupe théâtrale de Michel Ndaot, ce qui veut dire que j’ai été formé sur la scène. J’ai ensuite tourné avec Souleymane qui est un grand humoriste de la place. Ensuite, j’ai fait à titre personnel un élément qui m’a rendu populaire en Afrique. C’est celui d’écrire les spots pour le produit dénommé Flash chez Airtel Gabon. J’y interprétais le rôle d’une personne assez importante. Dans ce sketch, je parlais du Flash et les gens l’ont trouvé vraiment marrant. Par la suite, avec la cinéaste gabonaise Manouchka Labouba, on a réalisé court métrage comique : «Menteur-Voleur» qui a eu du succès, notamment au Centre culturel français.

Où en es-tu actuellement, comment roules-tu ?

Je suis en train de préparer la sortie de Sissoko, c’est-à dire un DVD de Sissoko qui comportera des sketchs purement gabonais. Pour la première fois, on va voir un humoriste gabonais produire quatre sketchs, audio, visuels et en DVD tout servis. Il sera suivi de textes. La première saison démarre le premier décembre. Ces produits seront proposés à des prix acceptables pour tout le monde. Mais, au quotidien, je suis responsable commercial d’une boîte de transit à Libreville à l’aéroport international Léon Mba.

Ces derniers temps, on te voit sur YouTube. Qu’est-ce que tu y présentes ?

Sur Youtube je fais un buzz avec «Sissoko chef les Fangs», «Sissoko Prison Break», «Sissoko Spécialiste gabonais». Il y a pas également pas mal de sketchs audio. On a préféré servir plus de sketchs audio. Les sketchs visuels en DVD complet viendront ensuite.

Quand Sissoko, se retrouve dans le service Commercial, quand il est dans le marketing, cela signifie-t-il que l’humoriste ne vit pas de son art au Gabon ?

On peut le dire ainsi, parce que, généralement, les fêtes ce n’est pas tous les jours. Ce n’est pas du lundi au vendredi. Les spectacles ne sont pas promus de la même façon. Dans notre pays nous avons cette fâcheuse façon de concentrer des spectacles par rapport à certains artistes qui ont une certaine côte. Et il n’y a pas de scène où l’on présente des artistes continuellement. Il y a ceux qui naissent, il y a ceux qui s’en vont et il y a ceux qui restent. Donc, on n’a pas de scène qui nous permet d’actualiser des comédiens et de voir leur tendance d’évolution. En conséquence, l’artiste ne vit pas de son art ici.

Si l’artiste vivait de son art, peut-être que je ne serais pas responsable commercial. Je serais certainement humoriste à 100% et j’aurais préféré cela que d’aller m’asseoir derrière un bureau. Imaginez le temps que je perds en étant responsable commercial dans une boite de transit, au lieu de travailler sur mon art et me perfectionner. Donc si j’avais plus de temps pour réaliser mes œuvres artistiques, développer ce domaine et en être rémunéré, je pense que je me serais entièrement consacré à mon art. Mais je n’en ai pas les moyens. Je suis obligé de développer mes propres moyens, de m’entendre avec ceux qui m’aiment et qui apprécient ce que je fais. Ce n’est pas vivre de son art, ça.

Donc si le plan de carrière de Sissoko dans le marketing s’améliore, s’il y accède à des responsabilités, sa carrière d’artiste va s’arrêter ?

Non ! Non ! Je ne peux pas le dire parce que j’ai mes propres convictions. C’est l’humour qui fait de moi ce que je suis. Du fait de mon côté drôle, j’ai pu accrocher et développer mon côté marketing. Je n’ai fait qu’adapter mon côté humoristique dans le domaine markéting et cela séduit pas mal de personnes, notamment la maison de téléphonie mobile où j’ai développé mes facultés professionnelles dans le domaine du commerce, de la distribution etc. D’autre part, savoir vendre, savoir disposer d’un produit, savoir être convainquant, avoir un esprit critique, avoir un esprit abordable, sont désormais des atouts. Devenir directeur commercial, ce n’est pas ma veste. Ma veste c’est artiste comédien, artiste au service de la population, artiste au service des personnes qui aiment ce que je fais. Je préfère être plutôt drôle que d’être trop chargé de procédures.