Ministre d’Ali Bongo jusqu’au terme du premier mandat de celui-ci, Séraphin Moundounga revient sur la crise sociopolitique actuelle au Gabon. L’ancien ministre de la Justice ne manque pas de critiquer vertement le pouvoir en place, qu’il accuse d’instrumentaliser la justice, notamment dans la traque des présumés criminels financiers. Son jugement de la gestion par le gouvernement de la crise dans le secteur de l’éducation est peu flatteur. 

Séraphin Moundounga. © D.R.

 

Gabonreview : Suite à la saisine du Premier ministre sur l’interprétation de l’article 78 de la Constitution, relative au jugement des anciens ministres Ngoubou et Ngambia, la Cour constitutionnelle a estimé que ceux-ci pouvaient être jugés comme de simples citoyens, plutôt que par la Haute cour comme prévu par cet article. En votre qualité d’ancien ministre de la Justice, cette interprétation est-elle fondée en droit ?

Séraphin Moundounga : L’interprétation faite de l’article 78 par la Cour constitutionnelle quant à la compétence de la Haute cour de justice pour connaître ou pas des faits constitutifs de délits ou de crimes qui auraient été commis par de deux personnalités au moment où ils étaient au gouvernement, n’est qu’une nouvelle porte ouverte à une constante violation de la Constitution au Gabon par des dirigeants de fait, poussés par leur illégitimité notoirement établie par le peuple gabonais et par la communauté internationale. On se souviendra qu’en France, État dont nous avons plagié le mécanisme de privilège de juridiction, deux affaires qui ont défrayé la chronique : celle du sang contaminé et celle de l’arbitrage Tapi, ont été jugées par l’équivalent de la Haute cour de justice gabonaise (la Cour de Justice de la République en France) ; les faits étant reprochés à un ancien Premier ministre et à des anciens ministres, alors même que les procédures ont été engagées et les affaires jugées au moment où les intéressés n’étaient plus au gouvernement.

Voir comment le déni de Justice et de droit se perpétue dans mon pays, le Gabon, par des personnalités qui font pitié quant à leurs limites multiformes, révolte davantage le peuple pour accélérer la fin de la tyrannie au Gabon. Cette fin est irréversible et imminente pour la libération du peuple gabonais. Vous avez constaté que seuls sept membres de la Cour constitutionnelle ont siège et ont signé cette forfaiture d’interprétation dictée par la brutalité de la baïonnette et la force corruptive de l’argent qui continue à appâter même ceux qui sont censés être repus, au point d’être recherchés et traqués par la Justice du monde libre et notamment celle française.

L’absence de la présidente de cette Cour, au moment de l’examen de la demande d’interprétation peut résulter :

– soit d’un désaccord ou refus de s’enfoncer davantage dans le déni de droit ;

– soit de l’insatisfaction de ses désidératas multiformes ;

– soit pour tenter de refaire son image, ultimement abîmée à jamais, en essayant d’initier et de signer un revirement de jurisprudence qui reconnaîtrait la compétence de la Haute cour de justice à qui on transmettrait le dossier, avec mise en liberté provisoire des anciens ministres et ceux allégués comme complices, conformément à la Constitution.

Ensuite, viendrait le sale boulot à la Haute cour de justice que le Tyran en personne sommerait de prononcer des peines extrêmes afin que lui-même, le Tyran, pourtant instigateur du mécanisme antique de «bouc émissaire», de lynchage médiatique et de déshumanisation des personnalités, intervienne pour une magnanimité à souhait, en accordant une grâce à la demande des condamnés, injustement, car ceux qui ont pillés le pays en sept ans continuent à écumer, heureusement plus pour longtemps.

Techniquement la haute cour peut être mise en place dans un délai relativement court, ce d’autant que les institutions habilitées pour cette mise en place sont en poste. D’après vous le pouvoir a-t-il peur de mettre en place un instrument juridique qui risque de lui échapper en ce sens que le parquet peut se saisir de cette opportunité pour ouvrir des enquêtes visant d’autres ministres en exercice ou des anciens pour des délires de détournement de délits publics ou de crimes rituels?

En tant que juridiction non permanente, la Haute cour de justice ne peut être réunies que pour connaître des faits précis et exclusivement ad hoc, sauf à être sollicitée pendant qu’elle siège puisque, en droit, le principe est que ce qui n’est pas dit n’est pas interdit . Je ne suis pas sûr qu’il s’agirait d’une crainte qui animerait les dirigeants de fait. Cela est plutôt inspiré par un processus machiavélique qu’il faut rechercher dans la réponse à votre première question. Dans tous les cas, la seule Justice attendue par les Gabonais est celle des atrocités et autres graves violations des droits de l’homme perpétrées à partir du 31 août 2016 et qui se poursuivent jusqu’à ce jour sous des prétextes et parodies multiples et multiformes visant à intimider et à orienter l’attention du peuple vers autre chose afin de faire oublier l’essentiel : la revendication, par tous les moyens, du triomphe de la volonté populaire exprimée par le peuple le 27 août 2016, de sorte que, le moment venu, il revienne aux futures autorités légitimes d’organiser les procès sur les dérives financières et économiques, sur les crimes rituels et sur les violations des droits de l’homme parmi lesquelles des assassinats, des enlèvements, des viols et autres atrocités qui continuent ; le tout dans une perspective de retour à la paix, à la réconciliation et à la concorde nationale.

Séraphin Moundounga. © D.R.

En tant qu’ancien ministre n’avez-vous pas peur que cette cour vous juge vous-même ?

Je n’ai aucune crainte personnelle, car, ayant été légaliste partout où j’ai servi mon pays, le Gabon, quoique je sois convaincu que ceux qui ont pu produire des faux procès verbaux de bureaux de vote et ont pu trouver un hacker imaginaire ivoirien, pour ‘‘hackeriser’’ des résultats électoraux sur PV support papier, peuvent trouver contre quiconque, des éléments montés de toutes pièces. Ceci soit pour les intimider afin qu’ils acceptent le dialogue diabolique ou les conclusions connues d’avance dudit monologue, soit pour tenter de les accabler judiciairement. C’est de cette façon qu’on introduit, dans des domiciles ou des véhicules d’innocents, de la drogue ou autres produits prohibés, et même des organes humains et/ou faux fétiches, pour accuser, accabler et discréditer des paisibles et loyaux citoyens alors même qu’on laisse courir les membres du crime organisé et les auteurs et instigateurs des crimes rituels et qu’on fait obstruction à la législation pénale en la matière. C’est d’ailleurs ce qu’a fait la Cour constitutionnelle gabonaise, s’agissant des ordonnances sur les nouveaux Code pénale et Code de procédure pénale, qui ont été étranglés pour que, ni les crimes rituels, ni les crimes en bande organisée, ni le blanchiment des capitaux et encore moins les incriminations OHADA en matière de droit pénal des Affaires, ne soient poursuivables au Gabon. Heureusement que le monde libre, à l’image de la France, est là pour rattraper ceux qui croyaient échapper à la Justice au Gabon. Prochainement, ils seront pris dès qu’ils arriveront en France ou dans tout pays du monde libre.

Les sanctions ciblées viennent de commencer indirectement. Vivement que ça continue, car on ne peut pas comprendre qu’au Gabon, ceux qui ont notoirement pillés le pays par des détournements massifs, ceux qui sont auteurs et instigateurs des crimes rituels ainsi que ceux qui , depuis le 31 août 2016, assassinent, violent en masse, enlèvent et déportent, torturent, continuent, sans être inquiétés, pendant qu’on s’acharne sur des gens sans défense comme Etienne Ngoubou et Magloire Ngambia, Blaise Wada et Patrick Oyaya… alors même qu’on sait qui est parti, et où, pour qui, avec tout l’argent du Gabon et du peuple gabonais . Un peuple désormais condamné, pour combler cette fuite des capitaux, sans précédent, à payer une TVA majorée de 18 à 23% ; une taxe qu’on fait croire de formation professionnelle ; une taxe sur le chiffre d’affaires qu’on attribue aux économiquement faibles avant de la récupérer par une porte dérobée ; l’augmentation du prix des carburants au détriment notamment des transporteurs condamnés au “système D” et des boulangers désormais dans le pétrin.

Un peuple qui subit une aggravation des arriérés de fonctionnement des administrations centrales, provinciales, départementales et des collectivités locales ainsi que des représentations diplomatiques et consulaires, tout comme les arriérés des bourses et frais de scolarité et de subsistance des élèves et étudiants gabonais au Gabon et dans le monde, sans oublier les arriérés de salaires, primes et vacations dus aux agents de l’Etat, les agents publics retraités continuant, en vain, de réclamer le versement de leur service rendu là où ceux du secteur privé ne savent plus à quel saint se vouer pour toucher leur arriérés de pension, fruit d’années de labeur acharné.

La gestion de la crise de l’éducation est considérée par l’opinion comme le symbole de l’absence d’une véritable politique publique en matière de formation de l’élite gabonaise. En votre qualité d’ancien ministre de l’Education nationale, pensez-vous que le Gabon a-t-il eu un seul jour l’ambition de former ses filles et ses fils pour la compétition mondiale qu’est le développement raisonné d’un pays ?

Toutes les questions relatives à l’éducation et à la formation de nos enfants, méritent une réponse unique quoique composite : d’abord, il faut rappeler que le savant multidisciplinaire, Blaise Pascal, a enseigné que “le savant est derrière Dieu mais devant le Roi” . Dès lors , tout Tyran s’acharne contre sa jeunesse pour que la tyrannie ne forme aucun savant qui,  à cet titre et par ce titre, serait au dessus du Tyran , alors même que tout Tyran a toujours proclamé qu’ “au dessus de lui il n’y a que Dieu“.  Il peut ne accepter un être intermédiaire, au dessus de lui, avant Dieu. Par conséquent tout Tyran fait tout pour torpiller son système éducatif ou pour tyranniser, en les déshumanisant, les intellectuels de son pays, comme on s’en souvient de Adolphe Hitler, qui proclamât,  qu’il “préfère un soldat bête et robuste, à un savant malingre“.

Ceci étant dit, ce n’est pas une politique éducative ni de formation et de recherche, qui manque au Gabon, quand on sait que les experts de l’éducation, de l’enseignement, de la formation et de la recherche, ont rendu plusieurs travaux d’états généraux, notamment en 1983 pour l’Education Nationale, en 1998 pour l’Enseignement Supérieur et en 2010 pour tout l’enseignement, la formation professionnelle et la recherche scientifique. Mais comme on l’a toujours constaté, déploré et stigmatisé, le système tyrannique refuse toujours d’appliquer les recommandations.

Alors comment sauver l’année scolaire ? La réponse est qu’il faut sauver tout le système éducatif gabonais, d’enseignement supérieur, de recherche et de formation professionnelle, en désintégrant la tyrannie, par la libération du Gabon et du peuple gabonais, tel que cela est irréversiblement engagé par le peuple gabonais et tous les épris de paix, de démocratie et de lumière, pour qu’enfin, l’ombre et l’obscurité cessent, à jamais, d’être convoquées par le Tyran pour éclairer la lumière.

C’est en effet grâce au mouvement des Lumières en Occident, et aux quatre modernisations en Chine, que les Occidentaux ont connu et partagé les progrès scientifiques et technologiques, dont la révolution numérique est l’une des marches récente et que les Chinois ont connu l’essor ayant transformé le concert international. Tous et chacun, partout où nous nous trouvons, mobilisons nous pour l’ultime étape vers la libération irréversible et imminente du Gabon et le retour à la paix et à la liberté.