Mettant à exécution la menace lancée la semaine écoulée face aux impayées des hôtels Héliconia Suites et Héliconia Garden du parc hôtelier de l’Etat gabonais, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a procédé, le 10 mars 2017, à l’enlèvement des compteurs afin de suspendre la fourniture d’eau dans ces établissements hôteliers de Libreville.

Vue de l’Héliconia Hôtel d’Angondjé, actuellement privé d’eau. © D.R.

 

Une semaine après leur premier passage en vue de la suspension de la fourniture de l’eau aux Hôtels Héliconia de Libreville, les agents la SEEG ont mis à exécution, ce 10 mars, la sentence visant à sanctionner le non-paiement des factures de l’eau consommée par ces structures.  L’opération consistant à l’enlèvement total des compteurs, a directement mis fin à la coulée de l’eau potable dans les robinets de ces établissements hôteliers appartenant à l’Etat. La SEEG réclame, en effet, des impayées de l’ordre de 798 millions de francs CFA sur l’ensemble de ce parc hôtelier étatique.

Clients étrangers en réunion à Libreville

Pour manifester sa colère voire son impatience quant au non-paiement de ces factures, la SEEG a d’abord procédé à l’interruption de la fourniture de l’eau aux hôtels Héliconia Suites et Garden situés à Agondjé, dans le nord de Libreville.

Les conduites d’eaux désormais sans compteurs des hôtels Héliconia d’Agondjé après le passage des agents de la SEEG, le 10 mars 2017. © Gabonreview

Cette intervention n’a pas du tout été appréciée par le personnel de ce parc hôtelier. Ceci d’autant plus qu’ils hébergent actuellement des clients venant de plusieurs pays et qui devraient y séjourner jusqu’au 17 mars prochain. «Nous avons au moins 14 clients de plusieurs nationalités venus dans notre pays pour une réunion internationale à Libreville», a expliqué un agent de ces hôtels qui n’en croyait toujours pas ses yeux. «Comment peut-on en arriver à de telles extrémités, à de telles intransigeances ?», s’est interrogé un personnel de l’Agence gabonaise de promotion du tourisme et de l’hôtellerie (Agatour), principal gestionnaire de ce parc hôtelier de l’Etat gabonais. Et d’expliquer que pour faire face à cette fermeture des robinets, les responsables ont dû acheter de l’eau pour remplir les cuves. Mais «la situation est très précaire».

Dans ces hôtels en difficulté, le personnel estime que la SEEG, en situation de monopole dans le pays, «profiterait de la situation financière précaire de l’Etat gabonais pour le prendre en otage». Dans ce contexte, un haut cadre de l’Agatour note, quant à lui, que «la façon de faire de la SEEG ressemble à un moyen de pression sur l’Etat». Interrogés sur l’attitude du gouvernement face à cette situation, les agents de l’Agatour notent que «l’Etat et encore moins le ministère de tutelle n’ont manifesté aucune réaction depuis que la SEEG a entamé ses menaces».

D’une manière générale, la SEEG réclame la régularisation des factures relatives aux consommations des hôtels Héliconia de Bongoville, Franceville, Moanda et Libreville. Celles-ci s’élèvent, selon les sources de la SEEG, à plus de 798 millions de francs CFA. «Nous devons desservir en priorité les clients financièrement en règle dans nos comptes», expliquait, la semaine écoulée, une note de la SEEG adressée à l’Agatour.

La suspension de la fourniture de l’eau compromet «terriblement» la viabilité de ces hôtels. Ceci dans la mesure où «depuis leur ouverture, ces structures qui font partie du patrimoine hôtelier étatique n’ont pas atteint un équilibre financier leur permettant de faire face à certaines charges, dont celles relatives à l’eau et à l’électricité», explique un cadre de la structure. D’où le fait qu’elles bénéficiaient d’une prise en charge totale par l’Etat des fournitures d’eau et d’électricité. Quel seraient don les vrais déterminismes de ce blocage, pourrait-on se demander. Toujours est-il qu’à l’Agatour, les responsables invoquent les efforts déployés par cette agence pour développer la destination Gabon. Pour eux, «le législateur peine à sortir la Stratégie nationale du tourisme et le Code du tourisme». Des éléments qui, selon eux, ont été  pourtant adoptés en audience solennelle du Conseil d’Etat puis retirés avant sa transmission au gouvernement pour adoption en Conseil des ministres.

A en croire les professionnels de ce secteur, le tourisme reste donc à l’état embryonnaire au Gabon malgré le fort potentiel dont regorge le pays. «Si nous y prenons garde, ce parc hôtelier pourrait connaître une nouvelle dégradation comme en 2012 après la Can», a lancé un agent en service dans ces hôtels. Pour lui, «il est urgent que le gouvernement se penche sur le développement du tourisme au risque de décourager les investisseurs et les rares compétences capables d’aider le pays en la matière».