Ne disposant presque d’aucun matériel adéquat pour la prévention des accidents de la circulation, le système sécuritaire routier gabonais est, en 2017, à l’ère néandertalienne.

Scène d’un accident, le 23 août 2014, sur la voie express de Libreville : 1 mort et 5 blessés graves. © D.R.

 

Au ministère des Transports et de la Logistique, comme à la direction générale des Transports terrestres (DGTT), les agents se le murmurent entre eux : s’agissant de la mise en place d’un véritable système de sécurité routière, «on n’est pas sorti de l’auberge». Des efforts restent à faire. Et pas qu’un peu. Les structures chargées de mettre en place des mesures visant à minimiser le nombre d’accidents sur les routes du Gabon sont impuissantes. Celles-ci ne disposeraient pas du matériel adéquat pour mener à bien leur mission.

Il y a quelques jours, interrogé par la chaîne de télévision Gabon 24 sur le conflit né, en juin dernier, entre le Syndicat libre des transporteurs terrestres (Syltteg) et la DGTT, à la suite du lancement du processus de professionnalisation des transporteurs terrestres, Martin Ndong Ntoutoume a fait une révélation qui est loin d’en être une : «Nous n’avons ni éthylotest ni éthogramme.» Il faut ajouter à cette absence d’outils comptant parmi les plus basiques dans la prévention des accidents de la route devant être normalement mis à la disposition de tous les services de sécurité routière. Au Gabon, la prévention des accidents de la route s’entend autrement. Selon le directeur des Transports routiers à la DGTT, il a fallu ruser. C’est en réalité de là que part l’idée de professionnaliser tous les conducteurs routiers.

Limitées dans leurs moyens, les autorités espèrent ainsi faire baisser le nombre d’accidents de la circulation, dont les blessés et les morts se comptent par plusieurs centaines chaque année. La semaine dernière encore, Clémence Loupdy Matiga, patronne de la DGTT, est allée sur le terrain pour sensibiliser les taximen et autres conducteurs de l’importance de la formation que la structure dont elle a la charge donne depuis plus d’un mois. Elle espère que ceux-ci adhèrent à une initiative déjà torpillée par Jean Robert Menié et le Syltteg, qui la présentent comme «une arnaque», dont le seul but est de rançonner encore un peu plus les transporteurs routiers.

Pourtant, depuis des années le gouvernement n’a pas cessé de recevoir plaintes et propositions de la part de ses partenaires sociaux. Au nombre de ceux-ci, le Conseil économique et social (CES), de février à mars 2016, a élaboré quelques solutions pour améliorer la sécurité sur les routes du Gabon. Il s’agissait, entre autres, de l’instauration des tests d’alcoolémie et l’installation des radars sur les routes, la création d’un fonds pour la sécurité routière financé par les partenaires et opérateurs privés (les assurances, les concessionnaires et transporteurs), l’aménagement sur les routes des dispositifs de sécurité (passerelles pour piétons, accotements, glissières et ralentisseurs) et la mise en place et la réhabilitation de la signalisation sur l’ensemble du réseau routier et son entretien régulier. Depuis, très peu a été fait. Mais surtout, la disposition sur plusieurs axes des plots en béton pour tenter de régler le problème ne semble pas beaucoup marcher.

«(Au Gabon), sur les voies express, les plots sont en béton. Mais, ils sont à l’origine de certains accidents, dérapages, tonneaux, pour les automobilistes et pour les piétons qui doivent parfois les enjamber. Il semblerait donc que ces plots censés protéger les usagers soient mal signalés et mal placés entraînant des collisions», remarque le site Actuconduite.fr, qui pense qu’«on aurait pu faire différemment». Sans nul doute !