Plutôt que d’interroger l’encadrement des Panthères et inquiéter le dispositif de sécurité autour de l’équipe nationale, les autorités gabonaises se cantonnent à un acharnement sur l’hurluberlu ayant offert du riz gras sénégalais à un quarteron des gus de Camacho. Largement partagée sur les réseaux sociaux, une vidéo montre en effet des joueurs de l’équipe nationale de football en plein repas informel, faisant délibérément entorse aux directives de leur staff. Le co-auteur de cette vidéo a été entendu le 20 janvier avant d’être gardé à vue au commissariat d’Okala.

Tiep bou dienn, le fameux riz gras sénégalais (illustration). © Afro Cooking

 

Arrêts sur images de la vidéo en question. © Capture d’écran par Gabonreview

Tout le monde se demande comment une bassine de nourriture a pu passer le service d’accueil du Nomad, hôtel où sont casernées les Panthères pour la Can ; comment un quidam peut accéder aux chambres des joueurs chargé de victuailles ; comment les joueurs sélectionnés peuvent-ils faire bombance en dehors des heures de repas prescrites et surtout quel service de sécurité y a-t-il autour de l’équipe nationale du Gabon ? On imagine mal qu’un bougre quelconque puisse parvenir dans les loges de l’équipe de France avec un simple paquet de biscuits.

De nationalité sénégalaise, Sambourou Koita a été entendu avant d’être placé en garde à vue le 20 janvier au commissariat d’Okala. Commerçant bien connu sur l’esplanade de Mbolo sous le pseudonyme de Fally, il serait, selon des sources concordantes, le co-auteur de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux à partir du 19 janvier. Un document visuel amateur mettant en scène trois joueurs de l’équipe nationale de football du Gabon (Malick Evouna, Johann Obiang et Lloyd Palun) partageant un repas pour le moins copieux, voire trop copieux de l’avis de certains, qui se sont aussitôt inquiétés de la qualité de cette alimentation pour des sportifs de haut niveau.

Mais au-delà de cette mise en danger volontaire des joueurs supposés être astreints aux directives de leur diététicien, la garde à vue du commerçant sénégalais répond à un but précis : comprendre comment un quidam a pu s’introduire dans l’hôtel des Panthères censés être en casernement. Le dispositif sécuritaire autour des joueurs existe-t-il vraiment ou certains des footballeurs seraient-ils au-dessus des règles édictées par les responsables du staff ? Qu’à cela ne tienne, dans l’entourage de Fally, il se dit que ce sont les footballeurs eux-mêmes qui l’ont sollicité pour qu’il leur apporte du riz gras sénégalais, le fameux Tiep bou dienn, après le match contre le Burkina Faso. «C’est Johann Obiang qui, le premier, a émis l’idée. D’autres joueurs ont dit apprécier le riz tchep du Sénégal. Fally leur a alors proposé d’en faire cuisiner le riz par sa femme. Et après le match contre le Burkina-Faso il leur a apporté du riz au poisson et à la viande», rapporte un membre du giron amical du commerçant.

Engagés dans une compétition dans laquelle ils sont loin d’être les mieux placés, en plus de l’accueillir dans leur pays, les joueurs de l’équipe nationale ont-ils vraiment mesuré les conséquences de leur acte ? Les responsables du staff ont-ils un regard sur leurs joueurs en dehors des entrainements et des matchs ? La Fegafoot saura-t-elle reconnaître sa responsabilité dans cette affaire ? On en doute. N’empêche, la vidéo montre déjà qu’en dehors du stade les joueurs sont vulnérables, abandonnés à eux-mêmes, et qu’il leur est permis de transgresser les règles. La faute ne revient donc pas au commerçant sénégalais, qui n’est certainement pas rentré dans l’hôtel des Panthères par effraction. «Il et croyait bien faire. Il croyait rendre service à ses amis footballeurs avec lesquels il se prend souvent en photo, comme on peut le voir sur son mur Facebook. Il ne savait pas qu’il prenait un risque», explique l’ami sus cité du marchand de téléphones portables et gadgets électronniques.