Synchroniquement avec l’interpellation au B2 de Me Edo Rufin Dubernard, syndic en charge de son redressement judiciaire, la société Satram-EGCA a tenu un Conseil d’administration, le 22 mai 2018, en vue d’évaluer sa situation quant au feuilleton judiciaire en cours à son sujet. L’occasion pour le conclave de dénoncer les manœuvres dilatoires dont le groupe fait l’objet, ainsi que la justice expéditive visant la mort express de l’entreprise.

Le Conseil d’administration de Satram-EGCA dénonce des Manœuvres dilatoires et une justice expéditive dans les procès qu’il a au tribunal. © Google Plus

 

Alors que le groupe a été mis sous redressement judiciaire, depuis le 21 février 2018, et qu’un syndic, en la personne de Me Edo Rufin Dubernard, a été désigné, le Conseil d’administration de Satram, dont le communiqué final est parvenu à Gabonreview, appelle les autorités et la justice gabonaises à faire la lumière sur ce dossier qui traine en longueur, en raison de divers aléas (grève des greffiers ou des magistrats, etc.).

Loup dans la bergerie et opération Mamba

Présidé par Mustapha Aziz, le Conseil d’administration a attiré l’attention des actionnaires, des salariés du groupe, mais aussi des pouvoirs publics sur «les manœuvres dilatoires dont le groupe Satram-EGCA fait l’objet». «Nous avons appris de source crédible que le fameux syndic imposé à Satram, M. Edo Rufin Dubernard, a été longuement interrogé, pendant tout le weekend, par les services de sécurité dans le cadre de l’opération Mamba», a expliqué l’actionnariat de l’entreprise, non sans relever que cela ne fait que confirmer ses soupçons, sa suspicion et ses «cris contre la présence du loup dans la bergerie».

Le réunion du Conseil d’administration de Satram est, en effet et comme par un heureux hasard, synchronique de l’interpellation au B2, du vendredi à dimanche dernier, de Me Dubernard. Des sources dignes de foi ayant requis l’anonymat soutiennent que la longue garde à vue du syndic s’inscrit dans le cadre de l’opération Mamba visant l’assainissement des finances publiques. Cette croisade contre la corruption et l’enrichissement illicite a déjà amené en prison un ancien directeur général de Satram-EGCA : Mohamed Aït Ben Ali, soupçonné de complicité d’un détournement de fonds destinés à la réalisation de lotissements sociaux. Ce qui est bien loin des métiers de Satram (transit, dédouanement, affrêtement, manutention, transport, etc.). L’homme serait accusé d’avoir créé avec Magloire Ngambia, ancien ministre également incarcéré, des sociétés bidons et d’avoir planqué certains documents. Me Edo Rufin Dubernard appartiendrait au même cercle et aurait frayé avec les deux prévenus.

Comme si l’atterrissage de Me Dubernard aux commandes du redressement judiciaire de Satram-EGCA avait été méticuleusement planifié, il se raconte à Port-Gentil, la capitale économique où se trouve le siège de l’entreprise, et dans les milieux autorisés, que ce syndic aurait une relation coupable avec la présidente du Tribunal de première instance de Port-Gentil. Toute chose qui frise le conflit d’intérêt et justifierait sa nomination à ce poste.

Appel aux plus hauts niveaux des pouvoirs publics gabonais et marocains

Des sources concordantes soutiennent qu’alors que les propriétaires de l’entreprise, disposant d’un plan de relance connu des autorités judiciaires, étaient heureux de l’arrivée du syndic, ils ont vite déchanté. La présidente du Tribunal de première instance de Port-Gentil les ayant tout simplement écartés du directoire, le syndic gère donc, depuis lors, le redressement tout seul, sans l’assistance des propriétaires.

Dans ce contexte, l’entreprise assure avoir attiré l’attention des pouvoirs publics sur «une connivence, une complicité sans limite pour la mise à mort express» de Satram. Les responsables dénoncent «parmi les buts de cette opération où une justice expéditive a joué son rôle, la disparition pure et simple de preuves qui pèsent sur les auteurs présumés visés par l’opération Mamba et dont certains sont toujours libres et continuent leur action nocive contre le Gabon et ses entreprises citoyennes».

Les pouvoirs publics gabonais et marocains sont donc interpellés, au plus haut niveau, pour qu’ils interviennent en urgence afin que justice soit rendue et qu’un terme soit mis à «une mascarade» de plus en plus dénoncée par l’ensemble du personnel et des actionnaires du groupe. «Nous rappelons que le syndicat majoritaire a soutenu nos requêtes devant la Cour d’appel par son intervention volontaire. Nous demandons donc à cette Cour d’organiser urgemment une audience pour se pencher sur ces requêtes qui visent la suspension des mesures absurdes et expéditives prises à la hâte pour liquider le groupe, et daccorder à ce dernier le droit de gérer, avec son personnel, son avenir dans le cadre du plan de relance qui lui a été remis», soulignent les membres du Conseil d’administration qui se demandent, non sans accuser un climat de xénophobie qui viserait son personnel marocain, ce qui entrave l’examen par la justice de leurs requêtes urgentes.

S’il rend les pouvoirs publics responsables de leur sécurité, Satram-EGCA rappelle que cette société est le fruit d’une coopération et d’une solidarité datant de plus de 50 ans entre les peuples gabonais et marocains. Raison pour laquelle une cellule de crise a été mise en place, tant au Gabon qu’au Maroc, pour remédier à cette situation qu’ils jugent «absurde» et qui ressemble, selon eux «plus à un holdup up d’un groupe citoyen déguisé en redressement judiciaire où les conflits d’intérêt, la suspicion, les règlements de comptes, font bon ménage».