En froid avec le pouvoir de Libreville, l’avocat de la «Françafrique» a égratigné une nouvelle fois le régime d’Ali Bongo, dans une interview parue le 16 octobre dans l’hebdomadaire L’Aube. Robert Bourgi y a abordé plusieurs sujets : le cas Jean Ping, la poignée de main entre Ali Bongo et Emmanuel Macron, les tensions de trésorerie au Gabon…Morceaux choisis.

L’avocat et homme d’affaires franco-libanais place le Gabon au rang d’«Etat mafieux». © 20mn.fr

 

Présenté comme le dernier pilier de la «Françafrique», l’avocat d’affaires franco-libanais a accordé un entretien à l’hebdomadaire L’Aube. Dans l’interview parue le 16 octobre, Robert Bourgi, actuellement en désaccord avec le Palais du bord de mer de Libreville, est revenu sur plusieurs sujets du moment.

Des sujets aussi controversés les uns que les autres, ayant arraché des commentaires pointilleux à Robert Bourgi. «Avec Ali Bongo, le Gabon est un Etat voyou, c’est Etat gangstériste. Et c’est dommage. Vraiment dommage pour ce pays dont la paix est l’ADN». Dans un tel climat, le Franco-libanais a dit avoir peur pour les Gabonais. «Ils ne méritent pas de vivre ce qu’ils ont vécu depuis un an et ce qu’ils vont vivre encore», a-t-il déclaré.

Au cœur des sujets abordés par Robert Bourgi, figure en bonne place la descente d’un huissier de justice et plusieurs gendarmes encagoulés au domicile de Jean Ping, pour une notification de saisie de biens. Déplorant les «motifs futiles» autour de cette situation, l’avocat a déclaré : «Jean Ping dont les comptes sont bloqués avait de quoi payer largement ce qu’on lui demandait. Après discussion, ces Rambo d’opérette sont repartis après leur cinéma de série Z. Tout cela prouve à souhait que le régime prend peur et ne sais plus à quel saint se vouer». Il a également critiqué la récente interdiction faite à Jean Ping de rendre visite aux prisonniers politiques de sa galaxie. «Le Gabon d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec un pays démocratique. La dictature est à tous les niveaux de l’Etat», a-t-il soupiré.

Sur un tout autre plan, l’avocat s’est prononcé sur l’ambiguïté de la France après la résolution des Eurodéputés contre le Gabon. Estimant que «le Parlement européen a mis la France face à ses responsabilités, devant ce qui se passe au Gabon», Robert Bourgi reste convaincu que la France agira au moment opportun. «Je ne doute pas un seul instant que le président Macron ne se tienne pas informer de ce qui se passe au Gabon et des résolutions européennes. Il y a des décisions qui doivent être mûrement réfléchies», a-t-il affirmé.

Ayant récemment défrayé la chronique, la poignée de mains entre le chef de l’Etat français et Ali Bongo, au dernier sommet des Nations unies à New-York, a été vertement analysée par Robert Bourgi. D’autant que cette poignée de main a été présentée par le camp d’Ali Bongo comme une marque de reconnaissance. «Il n’y a nulle trace d’une rencontre officielle entre Ali Bongo et Emmanuel Macron (…) Au reste, le pouvoir en place au Gabon fait circuler des selfies, des photos d’Ali Bongo avec certains dirigeants du monde à New York. Cela prouve à souhait combien de fois Ali Bongo est resté enfant. Tout cela est ridicule», a-t-il tranché.

Robert Bourgi a également donné son avis sur certaines questions d’ordre économique. A l’instar du départ du Gabon de la société Bouygues Energies et Services. «S’ils (les dirigeants de la société, ndlr) l’ont fait c’est que le Gabon n’est plus du tout un pays sûr», a-t-il affirmé. «J’ai rencontré de nombreux capitaines d’industries en France qui ont des intérêts au Gabon. Tous envisagent de plier bagages», a-t-il révélé.

Dans le même sens, ce dernier n’a pas manqué d’évoquer les tensions de trésorerie plombant le pays. «Le pouvoir putschiste a affaire au blocage de nombreux secteurs d’activités entrainant une paralysie du pays», a-t-il souligné. Dans un tel contexte, pas sûr que le pays parvienne à sortir la tête de l’eau. «Où l’Etat, quasi en faillite, trouvera-t-il les moyens financiers pour faire face à tous ses problèmes ? La réponse est aisée : ce sera un échec du pouvoir sur tous les plans», a-t-il conclu.