Comme l’appréhendais Gabonreview la semaine dernière, l’absence ou l’insuffisance des kits d’enrôlement dans certains sites donne à penser que tout n’est pas mis en oeuvre pour le bon déroulement de la révision de la liste électorale.

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Les opérations de révision de la liste électorale lancent le processus lié à l’organisation des prochains scrutins législatifs et locaux. Elles interviennent près de treize mois (tout de même !) après le Dialogue politique d’Angondjé, et ces opérations devaient être un signal fort sur le plan politique et mettre en exergue les progrès accomplis dans le domaine de la préparation et de l’organisation des élections, ainsi que de l’amélioration du processus y relatif. Elles devaient aussi montrer les progrès accomplis sur le chemin de la transparence. On devait y voir la professionnalisation des équipes, et la volonté d’y injecter une dose de responsabilité devait être manifeste.

 «L’argent a été mis à disposition, qu’ils achètent les kits alors !»

Or, à quoi assiste-t-on ? Beaucoup de négligence, d’à-peu-près, un manque de conscience professionnelle aussi chez les agents enrôleurs que ne peut circonscrire l’absence ou l’insuffisance des kits d’enrôlement. De fait, le sentiment généralement répandu depuis le 15 juin, date du début des opérations, est une forme de déception et de résignation. «Quand les choses démarrent ainsi, tout le processus peut être vicié», entend-on. Requérant l’anonymat, un journaliste de la chaîne tout-info du service public de télévision ayant fait la tournée des sites d’enrôlement affirme avoir entendu s’élever «certaines voix qui attaquent les responsables du ministère de l’Intérieur en les accusant d’incompétence et en affirmant que le ministre du Budget a déclaré lors de la dernière réunion hebdomadaire à la Cour constitutionnelle que les moyens financiers ont bel et bien été dégagés pour ces opérations ; alors, qu’ils achètent les kits d’enrôlement, s’il n’y en a plus».

Dans les salles d’enrôlement, on dénonce ainsi «les manquements, les insuffisances, les incongruités, les maladresses», car en plus de l’absence de kits, on relève la mauvaise disposition des listes affichées. On retrouve en effet des listes de plusieurs centres de vote à différents endroits. «Les listes d’un centre de vote de Batavéa peuvent se retrouver à plusieurs endroits sans que cela soit indiqué», indique un agent de police cherchant son nom sur la liste.

Le Dialogue politique d’Angondjé devait inaugurer une nouvelle ère démocratique

 «Pourtant, rompu à pareil exercice, le ministère de l’Intérieur vient malheureusement de démontrer encore une fois que ses équipes manquent du sens de l’organisation et du savoir-faire», tient à souligner un diplomate en inspection à la mairie du 2e arrondissement. «Le processus actuel devait permettre de rassurer et de redonner confiance aux populations. Pour l’instant, c’est loin d’être le cas», s’inquiète-t-il avant d’ajouter : «le Dialogue politique d’Angondjé devait inaugurer une nouvelle ère démocratique. Avec ces manquements, les craintes de voir encore prospérer les vieux démons de l’inorganisation existent». Très sensible à la question électorale, l’opinion espérait en effet ne plus assister à de tels dysfonctionnements, surtout après le Dialogue politique d’Angondjé qui devait inaugurer l’an zéro du renouveau démocratique au Gabon, un pays n’ayant jamais organisé, en toute transparence, des élections régulières.

En tout cas, destinée à couvrir deux semaines, les opérations liées à l’enrôlement n’ont pas connu une première semaine heureuse.  Les prochaines élections législatives vont-elles vraiment «contribuer à la réconciliation du peuple gabonais», comme l’espère l’Union européenne dans sa déclaration du 19 juin dernier à Genève (Suisse) où se tient la 38e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ?