La formation politique soutenant La France insoumise de Jean Luc Mélenchon a vertement critiqué le projet de révision constitutionnelle au Gabon. Pour le Parti de Gauche, il ne fait aucun doute qu’à travers cette démarche, «le régime Bongo cherche à monarchiser son pouvoir».

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Très alerte sur la situation politique du Gabon, le Parti de Gauche voit d’un mauvais œil le projet de révision constitutionnelle en cours au Gabon. Le 11 décembre, en effet, le responsable de la Commission Afrique du parti proche de Jean Luc Mélenchon, a estimé que «le projet de modification de la Constitution adopté par le conseil des ministres gabonais du 28 septembre dernier a pour objectif principal de concentrer davantage de pouvoir entre les mains du président de la République».

Selon Pierre Boutry, «les dispositions soumises à révision, anticipent la débâcle électorale, du pouvoir sortant, aux législatives reportées deux fois et repoussées dorénavant en avril 2018». Objectif : dépouiller le gouvernement et le Parlement des prérogatives garantes d’une démocratie effective, au profit d’un président de la République davantage rendu tyran. «Notamment, en matière de définition de la politique de la Nation et de désignation des principaux acteurs du concert interinstitutionnel du Gabon», a souligné Pierre Boutry.

Ce dernier a cependant reconnu que plusieurs points contenus dans le projet de révision découlent du dialogue politique d’Angondjé. Notamment, le retour du scrutin majoritaire uninominal à deux tours pour les élections présidentielles et parlementaires ; l’harmonisation de la durée des mandats des sénateurs avec les élus pour une durée de cinq ans renouvelable ; les dispositions qui érigent désormais le conseil national de la communication (CNC) en autorité administrative indépendante, et la commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) en centre gabonais des élections (CGE).

«Mais l’essentiel n’est pas dans ces petites concessions», a confié Pierre Boutry, pointant du doigt les articles 8, 15 et 78 du projet de révision constitutionnelle. Le dernier article, notamment, entérine l’impunité complète du président de la République qui, après avoir cessé d’exercer ses fonctions «ne peut être mis en cause, poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé pour les faits définis par la loi organique sur la Haute Cour de Justice».

«Après 50 ans de règne familial ininterrompu, le régime Bongo cherche à travers ces nouveaux articles à monarchiser son pouvoir. Si on y ajoute la militarisation du pays et la surveillance accrue de la population, ceci est tout bonnement inacceptable. Le texte décrié est déjà au parlement pour adoption», s’est inquiété Pierre Boutry. «Ce projet de constitution taillée sur mesure pour Ali Bongo, sonne comme un nouvel affront à tous ceux qui ont payé de leur vie le fait d’avoir cru en l’alternance démocratique», a affirmé le responsable de Commission Afrique du Parti de Gauche.

D’autant que ce projet ignore toutes les demandes de l’Union européenne dans le cadre de la procédure du dialogue politique intensifié. Tout comme il porte atteinte à la Charte africaine de la démocratie, viole la Convention de l’Onu sur le droit des traités et la conditionnalité politique de l’Accord de Cotonou ACP-UE.

Par ailleurs, face au climat socio-politique actuel au Gabon, le Parti de Gauche est convaincu que le peuple gabonais n’a plus qu’un choix à faire : engager un boycott actif des élections accompagné d’une grève tournante, qui impacterait successivement les différents centres économiques du pays. «Le Parti de Gauche soutient le peuple gabonais dans sa lutte pour l’avènement de la démocratie et le choix décisif qu’il a à faire», a conclu Pierre Boutry.