Le Front uni du Sénat, groupe parlementaire proche de l’opposition, a effleuré,  le 1er novembre 2017, par la voix de son président, les problèmes politiques de l’heure. La conférence de presse a déçu une grande partie de l’assistance, tant Jean Eyeghe Ndong s’est livré à des contorsions dignes d’un spectacle de couardise.

Le président du groupe parlementaire Front uni du Sénat, Jean Eyeghe Ndong. © Gabonreview

 

Estimant que l’heure est grave et que la stratégie du pouvoir ne joue pas en leur faveur, des leaders de l’opposition, des acteurs de la société civile et un bon nombre de militants de l’opposition ont massivement répondu, le 1er novembre, à l’invitation du Front uni du Sénat à la Chambre de commerce de Libreville. Ils attendaient de l’orateur une position tranchée sur «l’avenir de la République»,  notamment sur le projet de révision constitutionnelle.

Membres des partis politiques de l’opposition, lacteurs de la société civile et le peuple de l’alternance. © Gabonreview

Presque à l’antipode de son statut de leader d’un groupe parlementaire de l’opposition au Sénat, Jean Eyeghe Ndong a pris un détour en se faisant historien du mouvement démocratique au Gabon, de l’indépendance à nos jours. Il a ainsi privé son auditoire des réponses ou de la déclaration attendues quant à l’avenir proche de la «Nation», notamment au sujet du projet de révision constitutionnelle. Le sénateur du deuxième arrondissement de Libreville s’est clairement montré réservé sur cette question et sur la convocation de son collègue vice-président du Sénat, Jean Christophe Owono Nguema.

Si certains estiment que l’heure n’est plus à s’interroger sur les motivations du pouvoir quant à sa volonté de réviser de la Constitution, Jean Eyegue Ndonga a laissé entendre que «si le principe d’une révision n’est pas critiquable à priori, il y a lieu de se poser la question de savoir à quel souci répond ce projet de révision. Plus d’une cinquantaine d’articles à réviser sur la centaine que compte la loi fondamentale. Le contexte est-il propice pour engager la représentation nationale dans une telle opération dont nous savons qu’elle ne rencontre pas véritablement l’assentiment de nos compatriotes membres de l’Assemblée nationale et membre du Sénat». Et d’inviter le peuple à espérer que cette révision ne sera pas votée.

Le sénateur a affirmé son vœu d’un retour à la Constitution de 1991, sans indiquer les mécanismes pouvant amener le pouvoir à renouer avec cette mouture. Visiblement transi de peur, Jean Eyeghe Ndong n’a pas hésité à transférer la problématique de la révision constitutionnelle aux constitutionnalistes gabonais. «Mais lesquels ? Et après examen du projet que feront-ils ? Les initiateurs du projet, nous attendront-ils ?» a lancé un jeune homme dans la salle.

Espérant du pouvoir en place l’ouverture d’un «débat franc» dans les deux chambres d’un Parlement quasi monocolore, Jean Eyeghé Ndong s’est demandé «pourquoi le projet de révision de la Constitution présenté par le gouvernement, n’est-il pas soumis au peuple directement, qui devrait ainsi soit le voter, soit le rejeter par référendum». En tout cas, rien de clair sur la position du Front uni du Sénat sur la révision constitutionnelle et la convocation de Jean Christophe Owono Nguema à la gendarmerie n’a été décliné. Celui qui était le «candidat du courage» à la présidentielle anticipée de 2009, déclarant alors qu’«il faut du courage en politique et je crois que je l’ai ce courage» a-t-il eu peur d’une convocation à la gendarmerie ou joue-t-il une partition personnelle inconnue des autres leaders de l’opposition ayant assisté à sa déclaration ?