En adoptant une résolution sur le Gabon, les parlementaires européens ont ouvertement remis en cause la légitimité du président de la République.

Une session au Parlement européen de Strasbourg, en mars 2016.
© Frederick Florin / AFP

 

Et un affront de plus pour Ali Bongo : le 2 février courant, le Parlement européen a adopté une résolution sur la présidentielle du 27 août dernier. Au-delà des circonvolutions rhétoriques, positions partisanes et postures idéologiques, un élément essentiel s’en dégage : la légitimité du président de la République est contestée à la face du monde. La sincérité du processus électoral est remise en cause. L’impartialité des institutions est publiquement dénoncée. Nonobstant les jérémiades sur le viol de la souveraineté nationale ou la dénonciation d’une supposée ingérence, c’est un acte politique majeur, lourd de sens. Sur la scène internationale, les institutions nationales sont désormais pointées du doigt. Naturellement, leur crédibilité et leur image s’en trouvent écornées.

Analyse de situation

On pourra toujours inviter les parlementaires européens au respect des institutions gabonaises et de leurs décisions. On pourra leur demander de ne se substituer ni à la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) ni au ministère de l’Intérieur et encore moins à la Cour constitutionnelle. On pourra dénoncer des velléités néocoloniales. On pourra même les accuser d’œuvrer à une déstabilisation des institutions nationales. Mais, la réalité est là : sans mettre de gants et loin des subtilités de la novlangue diplomatique, des députés européens ont publiquement contesté le résultat de la dernière présidentielle au Gabon. En agissant de la sorte, ils ont choisi de tourner le dos à 26 ans de langue de bois et d’accommodement démocratique.

Si cette situation est une humiliation pour les institutions nationales, la question sous-jacente ne peut être traitée par-dessus la jambe. Avant d’en tirer les conséquences, il faut procéder à une analyse de la situation. Avec froideur, il faut se pencher sur l’état de nos relations avec l’Union européenne avant et après la dernière présidentielle. Avec lucidité, il faut rechercher les causes de ce changement et en évaluer l’impact éventuel. Bien entendu, il faut également réfléchir aux mesures correctives. Ruer dans les brancards, convoquer les grands principes tiers-mondistes, se réfugier derrière une rhétorique prétendument africaniste ou révolutionnaire ne réglera rien. En l’espèce, l’intellectualisme forcené s’apparente à un déni de réalité. Jusqu’à quand les lendemains d’élections devront-ils être douloureux ? Jusqu’où nous mènera la contestation des résultats électoraux ?

Reddition des comptes

Le bon sens commande aux pouvoirs publics de réagir. Au besoin, ils doivent recourir à la sanction. Il va bien falloir trancher la question de l’annulation des 21 bureaux de vote du 2è arrondissement de Libreville. Il faudra aussi expliquer le taux de participation et l’ensemble des résultats du Haut-Ogooué. N’en déplaise aux bien-pensants, ces deux circonscriptions ont été singularisées malgré elles. Au lieu de se complaire dans la victimisation ou développer une sorte de complexe de la citadelle assiégée, les dirigeants de l’actuelle majorité doivent prendre la mesure des enjeux. Sous l’influence conjuguée des télévisions satellitaires et des réseaux sociaux, les Gabonais aspirent à des élections aux normes internationales. Ils ne veulent plus des scrutins chaotiques, heurtés, durant lesquels chacun risque sa vie ou tout moins sa stabilité sociale.

Invitée par le gouvernement, la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE-UE) a fait son travail.  Sur la base de ses conclusions, le Parlement européen a décidé d’adopter une résolution. On parle notamment de sanctions ciblées et d’une enquête indépendante sur les événements post-électoraux. Pis, la situation au Gabon est même désormais présentée comme «une grave menace pour la stabilité de la région d’Afrique centrale dans son ensemble». Les institutions nationales vont-elles s’en accommoder ? Il faut le craindre. N’empêche, il ne sera jamais superflu de les inviter à la reddition des comptes, principe élémentaire en démocratie. Dans les meilleurs délais, la Cenap devrait fournir au gouvernement des explications sur le déroulement de ce scrutin, le gouvernement devrait s’expliquer devant le Parlement et la Cour constitutionnelle devrait rendre public un rapport détaillé, circonstancié et documenté de l’ensemble du processus. Une telle démarche a-t-elle des chances de déboucher sur une solution satisfaisante pour le plus grand nombre ? On peut légitimement en douter. Mais, l’inaction ne sera jamais une solution. Bien au contraire…

L’indignation irresponsable ne peut plus durer. Elle ne peut plus servir de prétexte aux institutions nationales pour se soustraire de l’obligation de rendre des comptes. En poussant à la roue, en soutenant l’action du Parlement européen, l’opposition est dans son rôle. Elle ne peut se satisfaire plus longtemps du cycle infernal élections/contestation/répression/négociation à minima. Face à cette logique binaire, les pouvoirs publics doivent se placer au-dessus des contingences politiciennes. Pour tout dire, ils doivent se donner les moyens de préserver la respectabilité des institutions, y compris face à l’Union européenne.