Scandales en cascade à la Caisse de stabilisation et de péréquation ! Pillages, détournements, soustractions. Tout ici se conjugue au pluriel. Rien qu’en 2016, une explosion de pratiques illicites y a été notée : vente d’un immeuble de la structure à une SCI créée pour la circonstance, missions sans fin à l’extérieur et richement payées, achat de véhicules à la parentèle… La Caistab est vraisemblablement la caverne d’Ali Baba du DG y ayant été parachuté il y a deux ans et quatre mois. Ce n’est en tout cas pas chez ce jeune manager, un autre ”imberbe”, qu’on trouvera l’exemplarité chère à Ali Bongo… 

Ismaël Ondias Souna, directeur général de la Caistab. © D.R.

 

À l’Immeuble ”Gabon 2000” dans le quartier de Batavéa à Libreville, la galerie de photos des directeurs généraux, à l’entrée du siège de la Caisse de stabilisation et de péréquation (Caistab), étouffe apparemment bien les bruits des détournements, légion dans la maison depuis bien des années ! Mais dans les couloirs aux étages, une grogne sourde monte. «Le directeur général s’est assez sucré sur le dos de l’entreprise, et là ça suffit», entend-on de ceux qui ne craignent pas les mouchards. «Même sous Otounga (Mathias Otounga Ossibadjouo, de 2007 à 2012), les choses n’étaient pas allées aussi loin». Une exaspération générée par des informations quelque peu malodorantes sur une vente d’immeuble et des achats de véhicules à des personnes extérieures à l’entreprise… Aux documents en circulation sur les réseaux sociaux, il fallait donc y regarder de plus près.

La nomination d’Ismaël Ondias Souna, en novembre 2015, avait surpris beaucoup de monde. Fort cependant d’un CV éloquent, nombreux étaient convaincus qu’il pouvait être l’homme de la situation. Mais patatras… Comme la plupart des «Imberbes», Ismaël Ondias Souna va mettre en place, début-2016, moins d’un trimestre après sa prise de fonctions, un système de prévarication inconnu jusque-là dans l’entreprise. L’ancien Conseiller du président de la République ne va se fixer aucune limite pour se faire plaisir.

Des véhicules pour beau-frère et maman

Ainsi, l’appel d’Ali Bongo à l’exemplarité est visiblement inaudible chez lui tandis que la notion d’exemplarité est totalement démonétisée à la direction générale de la Caistab. On y passe outre les conseils et rappels à l’ordre de l’autorité ministérielle (Régis Immongault) pour une bonne gouvernance. Et bien que l’impunité soit décriée et un tantinet combattue par les pouvoirs publics, Ismaël Ondias Souna, vice-président de l’Association des jeunes volontaires de l’émergence (Ajev), est visiblement convaincu de ce que rien ne lui arrivera. Cela lui donne des ailes et l’amène à confondre sa cassette personnelle avec les fonds de l’organisation placée sous sa supervision.

Ainsi, à un beau-frère, gendarme de profession, il offre un véhicule de marque Toyota Rav 4 dernier cri, immatriculé FK 873 AA, d’une valeur de 15,3 millions CFA. On pourra toujours dire qu’il n’y a rien d’irrégulier ou d’étonnant à cela, un DG pouvant se le permettre ; mais l’automobile étant achetée sur les fonds de la Caistab, ainsi qu’annoté au bas de la facture de Toyota Gabon, pour un «agent détaché pour la sécurité du DG», on ne saurait manquer de s’en étonner et de le relever. Établie en septembre 2016 la carte grise porte finalement le nom du gendarme, la mention à la Caistab n’y apparaissant même pas. A sa mère, affublée du titre «Cadre Caistab» alors qu’elle n’y exerce pas, il a offert en  mai 2016 deux véhicules, dont un Toyota Rav 4 dernier modèle, immatriculé FG 602 AA, d’une valeur de 23,4 millions CFA. Quelques mois plus tard, en octobre 2016, Ismaël Ondias Souna offre une nouvelle voiture à sa mère : un Toyota Hilux double cabine 4X4 grand luxe, avec «système d’ouverture et de démarrage intelligent», d’un montant de 21,4 millions CFA et immatriculé FL 161 AA.

Près de 45 millions de francs ont ainsi été dilapidés pour satisfaire des «caprices maternelles» payés par des chèques BGFIBank sur le dos de l’entreprise publique… Mais Ismaël Ondias Souna ne saurait s’arrêter en si bon chemin dans la traite de l’entreprise vache à lait pour lui et ses proches. Il s’est donc choisi un Toyota Land Cruiser VX d’une valeur de 53,7 millions de francs, ainsi qu’un Toyota Prado VX de 43,7 millions CFA. Soit, près de 100 millions de francs pour le prestige, le superflu et le paraitre. Les amis et anciens collègues de BNP Paribas en France, où il est resté 6 ans (2007-2013) doivent s’époustoufler à la narration de cette démesure tropicale.

L’Immeuble «Douka» vendu à une SCI de fraiche création

Fort de toutes ses «prouesses», le manager de 38 ans va s’attaquer au patrimoine immobilier de la Caistab. Et un immeuble appartenant à la structure va passer à la trappe. Pour ce faire, une société civile immobilière (SCI), du nom de Lya, est créée en juin 2016. Celle-ci mettra ensuite le grappin sur l’immeuble «Douka», une construction de quatre étages comportant plus de douze appartements, située à Batterie IV. Traditionnellement, en plus de la location de la plupart des appartements, la Caistab en conservait trois en vue de loger experts et consultants de passage à Libreville. À titre d’exemple, Dieudonné Lyoli, expert Camerounais en hydrocarbures, venu à diverses reprises former des cadres et agents de la Caistab pour le renforcement la caisse des hydrocarbures, y logeait à chaque fois.

Le jeune manager aux dents longues a donc décidé de vendre cet immeuble à la SCI Lya dont tous ceux qui en sont au parfum à Batavéa pensent être à lui, bien entendu derrière les subterfuges bien connus pour éviter les soupçons. Le 15 novembre 2016, une notaire, Maître Suzanne Ogoula Nkondawiri, saisi l’ensemble des locataires de ce bâtiment en vue de la libération des logements en location. «Par la présente, je vous informe qu’aux termes d’un acte reçu par moi le 27 octobre 2016 sous le répertoire numéro 66/2016, la direction générale des Caisses de stabilisation et de péréquation (…) a vendu à la société dénommée Société civile immobilière Lya (SCI LYA), dont le siège social est à Libreville, B.P. 11574, (…) les biens et droits immobiliers d’un immeuble dénommé Immeuble Douka édifié sur un terrain sis à Libreville». «Par conséquent, ajoute le notaire, vous êtes priés de rendre les biens et droits immobiliers dont vous êtes locataires, libres de toute occupation le 15 février 2017 au plus tard».

A l’issue du préavis de trois mois, et malgré quelques résistances, l’immeuble Douka a été libéré par ses occupants. Si tant est, comme l’a laissé entendre un proche du directeur général, que l’immeuble nécessitait des travaux d’entretien, sa vente était-elle la meilleure solution ? Mais surtout, qui est donc réellement derrière la SCI Lya ?

Imberbes bling-bling, sobriété et mesure

Informés de cette vente, les responsables du syndicat-maison, le Synac, vont entreprendre, en juillet 2017, avec l’aide d’un office d’huissier, une démarche vers l’agence immobilière de Libreville (AIL) qui gère ce bien immobilier au profit de la Caistab pour en savoir un peu plus. Dans une correspondance datée du 31 juillet 2017, l’AIL informe les syndicalistes avoir été dessaisie de sa gestion depuis octobre 2016… S’en suivent alors des informations plus précises sur la vente de cet immeuble.

En plus de ces «détournements chirurgicaux», Ismaël Ondias Souna, côté management, est dit «clanique» et «clivant». Les conseillers ont été envoyés hors du siège de l’organisme, notamment à l’immeuble Tankès à Batavéa et à l’Immeuble de la CDC à l’avenue de Cointet. En quoi cette dispersion profite-t-elle à la Caistab ? «Il n’y a autour de lui, au siège, que quelques directeurs et surtout des chargés d’études qu’il s’est choisi», indique une source interne digne de foi. C’est avec eux, ses amis – véritables réseaux d’allégeance, à défaut de loyauté – qu’il dirige l’entreprise. Ses missions à l’extérieur sont un autre sujet d’étonnement : «Le directeur général passe en moyenne 150 jours par an en mission, des missions chèrement payées» en termes de frais de représentation, affirme-t-on dans l’entreprise.

L’adulescent ou post-adolescent est pourtant pourvu, lui aussi, d’une bonne formation et nanti d’un CV honorable : après le département Economie et Finances de l’université Paris Dauphine puis un an à l’Ecole des Ponts et Chaussées (master en financement de projet et financements structurés) et une autre année à ESCP Europe (finances), il passe 6 ans à la BNP Paribas (2007 – 2013), après avoir été tour à tour au Crédit Agricole, à Citigroup et HSBC, chaque fois pour une année tout au plus.

Tout cela ramène, encore et toujours, avec ces trentenaires et petits quadras catapultés dans la haute administration ou aux sommets des entreprises publiques, à notre cher roman, la «République des imberbes» de Mohamed Toihir (l’Harmattan, 1985), contant les Comores de l’époque d’Ali Soilih. Appelé Guigoz (marque française de nourriture pour bébés bien connue), celui-ci avait viré toute l’administration coloniale et postcoloniale, la remplaçant par des jeunes gens lettrés ou diplômés qui finiront par couler leur pays parce que privilégiant la satisfaction de leurs besoins égocentriques et de leurs pulsions du paraitre. Appelés aux affaires parce que les «vieux» ont administré aux émergents la preuve de leur incapacité à développer le pays, les «imberbes» Gabonais semblent, eux, avoir décidé de casser les entreprises publiques leur ayant été confiées. Ils n’écoutent ni les appels répétés à l’orthodoxie et à l’exemplarité du chef de l’Etat, ni les rappels à l’ordre des ministres de tutelle. Comme dirait un syndicaliste, «il n’y a visiblement, parmi eux, aucun apôtre de la sobriété et de la mesure. Tous bling-bling !». Défense de rire…

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