Outre les affrontements entre cadres, les congrès provinciaux  ont consacré le triomphe du non-droit et du sauve-qui-peut généralisé. Pour sortir de cette situation, il faudra inévitablement recourir à l’article 30 des statuts et s’en remettre, une fois, encore à Ali Bongo.

La reprise en main en marche. © Pyramid Media Gabon

 

Avec curiosité, l’opinion publique suit les derniers développements au Parti démocratique gabonais (PDG). Entre quolibets, remarques acerbes et mépris, tout le monde en parle. Comme jamais auparavant, les réseaux sociaux s’intéressent aux manœuvres internes à l’ex-parti unique. Comme rarement de par le passé, ses cadres s’épanchent sur la place publique, laissant éclater colère, rancœur et frustration. S’ils s’accusent mutuellement de fraude, ils ne manquent pas de remettre en cause l’organisation générale de l’opération de renouvellement des structures internes. De manière sibylline, ils dénoncent l’absence de procédures claires et la propension à l’entourloupe politicienne. D’une manière ou d’une autre, ils flétrissent la pratique politique de leur parti. Une note d’orientation ayant été rendue publique quelques semaines avant, on ne peut s’empêcher d’interroger le fonctionnement du PDG et, plus largement, sa gouvernance interne.

Pourtant, à première vue, tout laisse croire à des rencontres pilotées en local. Officiellement, ces conseils provinciaux visent d’abord à régler les “questions d’intérêt provincial“. Autrement dit, ils doivent déboucher sur la désignation des délégués des différentes province au congrès national, prévu les 16 et 17 décembre prochain. Supposés ouvrir la voie au renouvellement du comité central, du conseil national et du bureau politique, on leur prête volontiers un impact sur les carrières individuelles des participants. Doivent-ils, pour autant, devenir le lieu de toutes les intrigues, de toutes les manipulations et manœuvres bassement politiciennes ? Pour l’heure, le PDG offre un spectacle des plus désolants. Dans certaines provinces, sa hiérarchie a été contrainte d’ordonner l’annulation des opérations. Parfois, elle a même prononcé des sanctions (lire Un regain de démocratie ?). N’empêche, tout cela concerne uniquement les responsables locaux. Malgré l’effusion de bonnes intentions (lire La fin des “titres fonciers”/), toutes les personnalités engagées dans cette bataille s’en sont tirées sans récrimination aucune, y compris quand tout militait contre elles.

Dans quelle ambiance se déroulera le prochain congrès ?

Pourtant, les statuts du PDG prévoient l’existence d’une commission permanente de discipline. Ils fixent également de grandes orientations sur la question. Eric Dodo Bounguendza en a déjà usé, s’autorisant même une interprétation excessivement large voire permissive. Or les barons concernés par les événements de ces derniers jours sont, généralement, procéduriers. D’Emmanuel Issoze Ngondet à Richard Auguste Onouviet en passant par Alain-Claude Billié-By-Nzé ou Joël Ogouma, ils ne sont du genre à s’en laisser conter.  Ainsi, si l’on s’explique les agissements des uns et des autres, l’on comprend tout autant les hésitations de la hiérarchie du PDG. Chacun a encore en tête le vaudeville de l’exclusion des anciens frondeurs d’Héritage et Modernité. L’on se souvient des révélations sur l’absence de règlement intérieur ou de “texte particulier (fixant) les modalités de mise en œuvre de la procédure en matière disciplinaire“. Pour pallier ce manquement grave, le PDG eut alors recours à l’article 28 de ses statuts, obligeant son président à descendre dans l’arène partisane.++

L’épisode Héritage et Modernité a mis en lumière le déficit de démocratie au sein du PDG (lire La-contestation jusque dans les rangs du PDG/). Il a aussi exacerbé les tensions internes, dévoilant bien des ambitions et suscitant moult vocations. Finalement, il a rendu la reconstruction inévitable voire nécessaire. Pourtant souhaitée par les militants et conseillée par les observateurs, cette entreprise pourrait malgré tout se révéler contreproductive. Au lieu d’aider à panser les plaies, elle pourrait déboucher sur de nouveaux affrontements.  Plutôt que d’inaugurer l’ère du respect des procédures, elle pourrait consacrer le triomphe du non-droit et du sauve-qui-peut généralisé. A la fin des fins, l’on se demande dans quelle ambiance se déroulera le prochain congrès. Surtout, l’on peine à imaginer comment les investitures aux législatives seront-elles organisées. Comment sortir de situation ? Par l’application des textes, notamment l’article 30 des statuts. En clair, le président du PDG a désormais les mains libres pour proposer au prochain congrès “la liste des membres du conseil national, du bureau politique, du secrétariat exécutif, du conseil consultatif des sages, de la commission permanente de révision des textes, des bureaux nationaux de l’UFPDG, de l’UJPDG, et du comité Central“. Peut-il le faire sans susciter la rebuffade des élus de ces derniers jours ? Selon les mêmes textes, il aura toujours la latitude de “procéder aux ajustements des instances mises en place par le congrès”. On en convient : la reprise en main de toutes les instances par Ali Bongo ne relève pas de l’utopie… Et si tel était l’objectif secret de ces conseils provinciaux ?