Comme il fallait le redouter, les élections internes au Parti démocratique gabonais (PDG) virent au capharnaüm. Du coup, on ne manque pas de dresser un parallèle avec la dernière présidentielle.

Scène du Conseil provincial de l’Estuaire. © D.R.

 

Tout compte fait, les élections internes au Parti démocratique gabonais (PDG) se révèlent riches en enseignements. Pour les institutions nationales, elles sont instructives à plus d’un titre. A bien des égards, elles les invitent à un examen de conscience. Même si le secrétaire général du PDG a été contraint de distribuer des mauvais points (lire «Bounguendza fait le ménage ?»), elles ont des allures de remake de la dernière présidentielle. Au lendemain du capharnaüm de Lambaréné, la comparaison devient inévitable (lire «Tohu-bohu dans le Moyen-Ogooué»). Mettant en scène un authentique poids lourd du PDG, plusieurs fois ministre et actuel président de l’Assemblée nationale, et un membre de la garde politique rapprochée du président de la République, le congrès provincial du Moyen-Ogooué permet à chacun de se faire une idée de la pratique politique des uns et de l’attachement des autres aux règles du jeu démocratique.

Comparaison inévitable

Quinze mois après une présidentielle calamiteuse et toujours contestée, les congrès provinciaux de l’ancien parti unique apportent de l’eau au moulin de l’opposition. Destinés à permettre le renouvellement de son élite dirigeante, ils sont le lieu de toutes les manigances antidémocratiques. Comme l’attestent les sanctions prononcées à la pelle, la loyauté et le respect de la règle ne sont pas au rendez-vous. Ils sont étrangers à ces joutes partisanes. Transport des électeurs, achat de conscience, tripatouillage des listes électorales, destruction d’urnes, violences physiques… Tout y passe. De la part de militants en colère, les récriminations pleuvent. Les dénonciations aussi. On croit entendre l’opposition contestant les résultats de la présidentielle d’août 2016 ! Loin de se limiter aux frontières du seul PDG, l’onde de choc de cette opération ravive bien de douloureux souvenirs.

Se disant soucieux de tourner la page de la dernière présidentielle, le PDG s’enferre néanmoins dans ses propres contradictions. Sur l’ensemble du pays, invectives, attaques ad hominem et accusations tout à trac se sont multipliées. Là où les uns en appelaient à la base ou dénonçaient le déni de réalité, les autres avaient recours à l’argument d’autorité, saupoudrant leurs discours de noms de personnalités. Quand certains célébraient leur parcours militant ou affirmaient vouloir en finir avec la pratique du «titre foncier», d’autres criaient à la traitrise ou à l’imposture, réécrivant la vie de leurs adversaires. Si l’on se souvient de la tonalité de la dernière présidentielle, la comparaison s’impose d’elle-même (lire «Ali Bongo déculotte un «soi-disant expert en diplomatie»»  et «Une mystérieuse dame prend une raclée»). Dans cette ambiance, on peine à imaginer comment un pouvoir issu du PDG peut garantir la cohabitation entre sensibilités politiques différentes. Surtout, au vu de la propension de ses cadres à prononcer des excommunications sur des fondements souvent inconnus.

Mauvais souvenirs

Au-delà de l’absence de discours prospectif, la négation des procédures est une autre leçon de ces joutes internes. Pourtant, le secrétariat exécutif du PDG avait pris soin de baliser le terrain à travers une note d’orientation. Mais, tout cela paraissait trop flou, trop imprécis, pour des militants habitués à agir au gré de leurs seuls intérêts. Il en a résulté des lectures toujours plus spécieuses. Certains ont voulu édicter les règles du jeu séance tenante. D’autres ont cru bon de suggérer le recours «aux instances supérieures». Il s’en est même trouvé pour plaider en faveur du retour à la nomination. Tout ceci témoigne d’un manque de respect pour la norme si ce n’est d’une faible culture administrative. Dans l’esprit des observateurs, bien de mauvais souvenirs défilaient. Les uns revoyaient le président de la Commission nationale électorale autonome et permanente (Cenap) s’arrogeant le droit de modifier unilatéralement la liste des pièces constitutives des dossiers de candidature. Les autres se remémoraient du gouvernement invitant les candidats déclarés perdants à se pourvoir auprès de la Cour constitutionnelle. Les militants PDG avaient beau parler d’une élection interne, le parallèle avec la dernière présidentielle était saisissant.

Comme la présidentielle d’août 2016, les élections internes au PDG ont laissé un sentiment d’impréparation voire d’amateurisme. Tout le monde connaissait la liste des tâches : enregistrement des candidatures, confection et vérification des listes électorales, émargement des votants, vote, comptage des suffrages, centralisation des résultats et proclamation. Personne n’était cependant résolu à s’y soumettre. Déclaré vainqueur de toutes les élections dans la confusion, le PDG n’a pu exiger la transparence. Il a été contraint de regarder ses cadres manipuler les scrutins internes. Comme les dirigeants d’institutions nationales, ils se sont révélés incapables de garantir la sincérité d’un scrutin. A la manière de la Cenap, ils ont eu du mal à faire des additions. A l’instar du ministère de l’Intérieur, ils ont affiché un problème avec les chiffres sortis des urnes. A l’exemple de la Cour constitutionnelle, ils ont préféré dicter leur loi au lieu de dire le droit. A l’arrivée, ils s’accusent mutuellement et publiquement de fraude. Peu importent les résultats finaux, on ne peut s’empêcher de transposer cette situation. A la fin des fins, ces élections ont, pour les institutions nationales, un effet miroir.