Ayant défrayé la chronique ces derniers jours, le rapport de la Mission d’information et de contacts de l’Organisation internationale de la francophonie sur la dernière présidentielle gabonaise rejoint, à bien des égards, celui de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne. Jamais une élection présidentielle au Gabon n’avait été aussi «surveillée» par la communauté internationale. Mais pour quelle suite

Des «doutes sur la sincérité des résultats». Jamais élection présidentielle au Gabon n’avait été aussi “surveillée” par la communauté internationale. © L’Observateur

 

Six mois après le rapport de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE-UE), la Mission d’information et de contacts de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) vient de rendre public son rapport sur l’élection présidentielle gabonaise du 27 août dernier. Littéralement avec la même observation : des «doutes sur la sincérité des résultats» de l’élection. La mission dirigée par Ahmédou Ould Abdallah, ancien chef de la diplomatie mauritanienne, a par ailleurs laissé entendre que la Cour constitutionnelle ne s’est pas montrée partiale pendant le contentieux électoral quant au recours de Jean Ping et celui d’Ali Bongo. De plus, ce rapport validé – selon RFI le 21 juin dernier – par la Secrétaire générale de l’OIF, dénonce l’inertie du Conseil national de la communication (CNC), manifestée par une inégalité de traitement des candidats dans les médias publics, après la proclamation des résultats de l’élection.

«S’abstenir de rendre public leur rapport»

 «La demande faite par Jean Ping d’annulation des résultats du Haut-Ogooué, au cœur du contentieux, n’a pas été acceptée, alors que la demande par Ali Bongo d’annulation des résultats du 2ème arrondissement de Libreville dans l’Estuaire a été acceptée par la Cour Constitutionnelle. Cette différence de traitement entre les résultats du Haut-Ogooué et ceux de l’Estuaire n’a pas permis de lever les doutes sur la sincérité des résultats tels qu’issus des urnes». En français facile, on devrait comprendre, selon un sociologue de l’Université Omar Bongo, que «les résultats proclamés par la Cour Constitutionnelle le 24 septembre 2016 ne sont pas conformes à la réalité». «D’ailleurs, ajoute-t-il, aucune des missions d’observation de l’élection présidentielle gabonaise du 27 août dernier n’a donné un point de vue différent. Au contraire, certaines missions, comme les observateurs américains du NDI, visiblement gênées aux entournures, ont préféré s’abstenir de rendre public leur rapport».

Le rapport de la mission de l’OIF rejoint donc la position de la MOE-UE qui avait clairement remis en cause les résultats proclamés par la Cour constitutionnelle. La question que se posent de nombreux observateurs de la vie politique gabonaise et même la diaspora africaine de France, de Belgique et d’Allemagne concerne la suite que va réserver à ce rapport le gouvernement gabonais et surtout la communauté internationale. En effet, si la MOE-UE a évoqué des «anomalies évidentes» dans l’énoncé des résultats du Haut-Ogooué, et mis en doute «la sincérité des résultats finaux», la mission de l’OIF a, pour sa part, estimé que «la différence de traitement entre les résultats du Haut-Ogooué et ceux de l’Estuaire n’a pas permis de lever les doutes sur la sincérité des résultats tels qu’issus des urnes».

«L’élection est passée»

Sauf surprise, le gouvernement gabonais va réaffirmer que «l’élection est passée» et qu’«Ali Bongo a prêté serment le 27 septembre pour un nouveau mandat de sept ans». Il va même fermer la porte aux recommandations formulées par l’Avenue de Bosquet. La communauté internationale, et notamment l’OIF qui regroupe 84 États (membres et observateurs), peut-elle aller jusqu’à suspendre la participation du Gabon à ses activités ? «Ce serait inédit, mais ce ne serait ni compréhensible ni acceptable : vous dîtes qu’il existe un doute sur son élection, mais vous continuez à l’accueillir lui et son gouvernement dans les sommets et réunions de l’Organisation», estime le même Sociologue.

Le cas du Gabon est suivi par un grand nombre d’acteurs politiques africains et étrangers. Selon l’un de ses proches, l’ancien ministre Congolais Mathias Dzon affirme suivre avec un intérêt particulier ce qui se passe au Gabon, et attend quelle suite sera réservée au contenu de tous ces rapports d’observation électorale. «En fait, estime un membre de la Commission nationale électorale autonome et permanente du Gabon (Cenap), aucune élection présidentielle au Gabon n’avait été aussi “surveillée” que celle de 2016. D’où la découverte de toute aspérité ayant pu s’infiltrer dans son déroulement. Alors… maintenant, que fait-on ?»