La Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE-UE) a présenté, le 12 décembre à Libreville, son rapport final sur la présidentielle du 27 août dernier. «Opacité», «doutes», «défaillances», «manque de transparence, d’indépendance» ou encore «anomalies», ont été évoqués à la présentation du rapport, remettant ainsi en question «l’intégrité du résultat final de l’élection».

Mariya Gabriel, l’Observatrice-en-chef de la MOE et Gabriela Skulova, analyste politique, présentant le rapport le 12 décembre 2016 à Libreville. © Gabonreview

 

En rendant ce 12 décembre le rapport final sur l’élection présidentielle du 27 août, la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE-UE) a mis fin à un suspense de plusieurs semaines. Si les attentes des partisans du changement incarné par Jean Ping, arrivé en seconde position à cette élection, n’ont pas été entièrement satisfaites, il n’en demeure pas moins que le vocable et les expressions utilisées sonnent comme une «victoire».

En clair, le Haut-Ogooué où Ali Bongo avait récolté son meilleur score, soit 95% de voix sur un vote à presque 100%, passe pour être la «grande tache noire» de cette élection. «Ce rapport final exhaustif présente de façon détaillée l’ensemble de nos observations et conclusions sur le déroulement du processus électoral, que nous avons en partie exprimé auparavant», a déclaré l’Observatrice-en-chef, Mariya Gabriel ajoutant que leur «observation a mis en exergue des défaillances importantes du processus électoral».

Dans cet exercice, la Cour constitutionnelle a été indexée pour son examen des recours présentés par les candidats et qui a confirmé la victoire d’Ali Bongo. A ce niveau, le rapport dénonce l’opacité de la procédure, le rapport regrette  que les procès-verbaux de l’opposition et du pouvoir, qui donnaient des résultats opposés, n’aient pas été confrontés, et qu’au final, ces fameuses anomalies constatées n’aient pas été rectifiées. Dans ce contexte, Mariya Gabriel a indiqué qu’il «appartient aux Gabonais de trouver des solutions dans le cadre d’un dialogue afin d’y remédier, y compris en vue des prochaines élections législatives».

La salle n’a pas fait son plein comme lors de la présentation du rapport préliminaire. © Gabonreview

Pour les partisans du changement, «ce rapport de l’Union Européenne vient confirmer ce que le peuple gabonais et tous les citoyens épris de démocratie, de liberté et de paix ne cessent de clamer partout dans le monde».

Ils estiment par conséquent qu’ «il revient maintenant aux Gabonaises et Gabonais ainsi qu’aux amis des peuples opprimés, de demander des sanctions et la pression internationale, en appui de la lutte intérieure, pour obtenir soit: une reprise partielle du scrutin dans la province du Haut-Ogooué et dans le 2e arrondissement de Libreville ; une annulation des résultats de ces circonscriptions alléguées pour constater que c’est bien Jean Ping qui est élu puis tirer les conséquences; une reprise totale de tout le scrutin par une élection présidentielle anticipée, sous supervision non plus d’une simple observation et protection internationale, dans le cadre d’une transition aux conditions, durée et modalités à définir».

La MOE, quant à elle, a expliqué que dans une démarche constructive, son rapport final soumet des recommandations, pour renforcer le processus de démocratisation du Gabon. Ses recommandations prioritaires incluent le renforcement de l’indépendance de la justice et de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap); une plus grande transparence de l’administration électorale, notamment lors de la consolidation des résultats ; la formalisation des règles de la Cour constitutionnelle régissant les éventuels recomptes permettant la confrontation des procès-verbaux utilisés par la Cenap avec ceux recueillis par les parties ; le renforcement de  l’accès des observateurs nationaux et internationaux aux étapes clés du processus afin d’en assurer la transparence.

La MOE a été déployée au Gabon du 12 juillet au 30 septembre 2016. Le jour du scrutin 73 observateurs de l’Union européenne ont visité 260 bureaux de vote, soit 10 % du total, répartis sur les neuf provinces du pays.