Ancien cadre supérieur d’entreprise, ancien directeur de publication d’un journal d’entreprise, observateur actif de la vie sociale, économique et politique du Gabon, Mathurin Mengue Bibang déplore, à travers la tribune libre ci-après, les procédures auxquelles sont soumis les retraités quant au paiement de leurs pensions, s’étonnant de «l’effervescence actuelle» de la révision des dispositions régissant la sécurité sociale au Gabon. «Est-ce parce que certains cadres de la haute administration n’ont pas trouvé des points de chute susceptibles de leur assurer leur train de vie habituel ?»

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Mathurin Mengue Bibang. © D.R. 

Faut-il parler du “sort” du retraité au Gabon, comme s’il s’agissait du hasard ou, ce qui serait plus grave, d’un maléfice. Etre retraité est en réalité une condition qui nous accompagne dans l’ordre normal de la succession des âges de la vie.

Selon Wikipedia: «un actif prend sa retraite lorsqu’il arrête, en principe définitivement, de travailler. L’essentiel de ses revenus proviendra alors d’une rente le plus souvent viagère, de son patrimoine accumulé au cours de la vie active, d’une aide sociale accordée aux personnes âgées, etc

Qu’est-ce qu’on observe au Gabon ? Faire valoir ses droits à la retraite est une décision mal vécue pour la majorité des gabonais ; pour des raisons faciles à comprendre.

Soit parce que généralement les conditions de départ ont été mal préparées, par l’individu ou la société. Soit aussi parce que le travailleur gabonais ayant accédé à ce statut, doit faire face à des attitudes d’exclusion ou des traitements humiliants, notamment dans les procédures administratives de gestion de ses droits légitimes.

Les dérives auxquelles on assiste, à cet égard, sont d’autant plus condamnables, qu’elles se font au mépris des nombreux services rendus en tant que fonctionnaire ou salarié du secteur privé.

Les dispositions qui régissent la sécurité sociale dans son ensemble, datent de l’indépendance. On peut s’interroger sur l’effervescence actuelle de sa révision. Est-ce parce que certains cadres de la haute administration n’ont pas trouvé des points de chute susceptibles de leur assurer leur train de vie habituel ? La question mérite d’être posée.

Certains travailleurs gabonais, une fois à la retraite, sont exposés à des traitements qui violent purement et simplement la dignité humaine. Rien ne saurait le justifier.

Or il ne s’agit de rien d’autre que de prétendre toucher la pension retraite pourtant méritée. Cette année par exemple, un communiqué émanant de la direction générale de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) au mois d’octobre demande de procéder à un recensement avec justificatifs à déposer le 14 novembre au plus tard, pour prétendre au paiement de sa pension. Et une fois ce recensement effectué, il est en plus exigé aux pensionnaires de retirer personnellement leur chèque pour éviter tous risques de fraude, sans tenir compte du gabonais lambda qui a décidé de vivre dans l’arrière-pays ou en dehors du Gabon (c’est leur droit).

Cette décision qui n’a pas été bien réfléchie relève de l’amateurisme auquel nous ont habitué les responsables de notre pays. Il suffit de faire un tour aux différents sièges des délégations provinciale de la CNSS pour le comprendre. Certains gabonais plus que quinquagénaires se sont sentis mal à force d’attendre que leur chèque soit retrouvé. Et généralement les retraités étaient obligés d’attendre plusieurs jours avant de mettre la main sur ces chèques qui avaient pris une destination inconnue. Une situation angoissante pour ces retraités, menacés de subir une suspension du paiement de leurs pensions s’ils ne se présentent pas personnellement.

Et pendant ce temps, la direction de la CNSS ne propose aucune solution alternative, bien au contraire, elle affiche une attitude condescendante vis à vis de ces pères et mères de famille comme si jamais ils ne seront pas eux-mêmes retraités un jour.

C’est l’occasion de rappeler à ces responsables de la CNSS que le paiement de la pension retraite est un droit et pas une faveur. C’est le fruit de plusieurs années de labeur. Donc chaque retraité mérite respect et considération.

À ces responsables de trouver des mécanismes pour être efficaces et répondre aux attentes des pensionnaires. Le patrimoine accumulé ne l’est pas pour profiter à l’équipe dirigeante, dans le but d’en user à sa guise, mais pour être distribué aux personnes éligibles. Il serait d’ailleurs fortement apprécié que les résultats de ces recensements soient publiés, pour que soient connus les noms des indélicats, et que la direction de la CNSS présente des excuses aux retraités qui se sentent bafoués dans leur dignité et leur honneur. Ce serait faire preuve d’humilité et reconnaître ses errements.

La CNSS vit sur les cotisations versées par les salariés et les retraités. Elle est liée par un contrat de services à rendre au retraité comme ayant droit.

À bon entendeur, salut.

Mathurin Mengue Bibang