Grâce à l’Agafi, 20 Pygmées des villages de Lébamba ont récemment reçu des autorités gabonaises leurs actes de naissance et jugements supplétifs.

Un «ex-apatride» recevant son acte d’état civil des mains du préfet de la Louétsi-Wano, le 20 mai 2017. © Gabonreview

 

© Gabonreview

Elle voit enfin le bout du tunnel. 17 ans après avoir initié sa lutte, l’Association gabonaise d’assistance aux femmes indigènes et indigentes (Agafi) a acquis, le 20 mai, la reconnaissance des peuples autochtones comme étant de véritables Gabonais. Dans les villages Matamatsengué, Mayanga, Ndzingui et Mbélé-Natembé à Lébamba, 20 pygmées, apatrides jusque-là, ont reçu des mains d’Yves Yassima, le préfet de la Louétsi-Wano, leurs actes de naissance et jugements supplétifs.

Si Jeanne Marthe Minkoué-Mi-Ella, la présidente de l’Agafi n’a pas caché sa fierté devant cet aboutissement, elle n’a pas moins reconnu que beaucoup reste à faire dans son combat pour la reconnaissance juridique des pygmées. Mais elle n’entend pas le mener seule. D’autant que son association ne bénéficie d’aucune subvention de l’Etat depuis sa création en 2000. Aussi, a-t-elle exhorté les représentants de l’Etat dans les localités où vivent les Pygmées à mettre du leur afin que de nouvelles opérations d’établissement d’actes d’état civil soient initiées.

Pour sa part, le préfet de la Louétsi-Wano, présenté pour l’occasion par la présidente de l’Agafi comme «un exemple à suivre», a tenu à rappeler que les Pygmées sont les premiers habitants du Gabon. Toutefois, a-t-il indiqué, s’adressant aux 20 récipiendaires, «pour être Gabonais, il faut le justifier par la détention d’une pièce d’état civil». Or, comme ces ‘‘ex-apatrides’’, plusieurs dizaines d’individus de la communauté pygmée du Gabon ne bénéficient pas encore de documents attestant de leur nationalité gabonaise. «L’Etat gabonais n’a jamais renié votre présence parmi nous», a tenté de rassurer Yves Yassima, disant avoir été confronté à des fortunes diverses avant d’arriver à la distribution des documents à leurs propriétaires. Mais il a promis de poursuivre, dans les mois qui viennent, la campagne d’identification des pygmées apatrides dans la province de la Ngounié, avec l’appui ministère de l’Intérieur, du gouverneur et du tribunal de première instance de Mouila.

Si jusque-là la campagne d’identification des Pygmées apatrides a été rendue possible grâce aux moyens financiers de l’association Agafi, les autorités de la Louétsi-Wano ont dit craindre que les prochaines opérations ne soient plus financées. «Il va falloir penser, vous-mêmes, à mettre la main dans la poche», a prévenu le préfet, appelant déjà les Pygmées sans pièces d’état civil à se manifester auprès de leurs chefs de villages ou de regroupements de villages.