Quel sens donner à la tentative du coup de force initiée par le Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité (MPJFDS), le 7 janvier à Libreville ? Une question autour de laquelle le Journal Afrique sur TV5Monde a réuni l’ambassadeur du Gabon en France, Flavien Enongoué, le leader syndical Jean Rémy Yama et le journaliste français Antoine Glaser.

Flavien Enongoué et Antoine Glaser sur le plateau du Journal Afrique de TV5Monde, le 7 janvier 2018. © Capture d’écran/JTAfrique

 

Jean Rémy Yama en visioconférence et vue de plateau. © Capture d’écran /JTAfrique

La tentative de putsch du 7 janvier à Libreville a été longuement évoquée au Journal Afrique sur TV5Monde, le 7 janvier. Un débat auquel ont pris part l’ambassadeur du Gabon en France, Flavien Enongoué, le leader syndical Jean Rémy Yama et le journaliste français Antoine Glaser.

L’ambassadeur du Gabon a notamment livré son analyse sur ce coup de force manqué. «C’est un sentiment de tristesse. Nous n’avons pas de tradition en termes d’immixtion militaire sur la scène politique. Nous avons nos chamailleries politiques et qui parfois donnent lieu à des débats très juridiques, mais nous n’assistons pas à ce genre d’évènements», a déclaré Flavien Enongoué.

Au-delà de l’arrestation des éléments du Mouvement patriotique des jeunes des forces de défense et de sécurité (MPJFDS), dont deux ont été tués, le diplomate a indiqué que rien n’a encore filtré sur l’identité d’un ou plusieurs éventuels tireurs de ficelle. «Aujourd’hui, nous ne pouvons donner aucun nom. Toujours est-il que l’enquête est ouverte et elle a pour objectif d’établir les responsabilités des uns et des autres ; et voir s’il y a des complicités dans le rang des putschistes qu’au niveau politique», a souligné l’ambassadeur du Gabon en France.

Ce dernier a rappelé que le fait de soutenir un mouvement visant à déstabiliser les institutions de la République renvoie à de la complicité. «Et cela est sanctionné par la loi», a prévenu Flavien Enongoué. Dans leur déclaration à la radio, le MPJFDS a appelé plusieurs figures de la société civile et de l’opposition à le rejoindre pour faire tomber le régime. Parmi ces personnalités figure Jean Rémy Yama qui s’est dit surpris d’avoir été cité.

«En tant que leader syndical et de dynamique unitaire, nous avons l’habitude de manifester vivement. Mais lorsque nous le faisons, nous sommes gazés, tirés dessus et à ce moment-là nous avons besoin de l’armée. Et là, la pyramide est inversée. Je suis totalement surpris. Lorsque les militaires font un coup d’Etat, ils ne comptent que sur eux-mêmes», a-t-il affirmé. S’interrogeant sur les objectifs réels de cette tentative de coup d’Etat, le leader syndical estime que c’est «une affaire cousue de fil blanc».

«Cela semble totalement surréaliste. Comment neuf individus peuvent-ils fomenter un coup d’Etat ? Pour moi c’est de la diversion pure et simple. Mais il y a une réalité : depuis le 24 octobre Ali Bongo est absent, il y a un malaise et un gros mensonge gouvernemental», a déclaré Jean Rémy Yama.

Le journaliste et écrivain français Antoine Glaser, pour sa part, a évoqué «putsch de témoignage» plutôt qu’un coup d’Etat. «J’ai l’impression que ces jeunes militaires ont appelé la société civile à se mobiliser. Et c’est intéressant parce que ces militaires n’ont pas cité n’importe qui, mais des leaders de la société civile et des opposants», a indiqué Antoine Glaser. Selon l’ancien rédacteur en chef de La Lettre du Continent, le fait que les «putschistes» aient cité la présidente du Sénat, est tout sauf un hasard. «Car l’on sait qu’il y a une sorte d’embrouille entre cette dernière et la présidente de la Cour constitutionnelle. Et lorsqu’on appelle la présidente du Sénat à se rendre à l’Assemblée nationale, je pense que dans l’esprit de ces jeunes militaires, c’est pour que cette dernière constate la vacance du pouvoir», a conclu Antoine Glaser.