Nommé PCA de la SNI, Biyoghé Mba se voit-il implicitement refuser l’investiture du PDG pour les législatives ? Le tout premier chef de gouvernement d’Ali Bongo et leader politique déchu de la province de l’Estuaire a un karma lourd que Michel Menga devrait prendre plaisir à faire payer. Perspective d’une retraite politique anticipée pour celui qui fut «l’homme le plus fort du Gabon» .

Paul Biyoghé Mba, leader déchu de l’Estuaire, ancien Premier ministre. © dailymotion

 

Le 11 mai dernier, lors de la cérémonie d’aurevoir qu’il organisait en l’honneur des membres de son cabinet, Paul Biyoghé Mba appelait le PDG à l’investir comme candidat aux prochaines élections législatives dans le 3e arrondissement de la commune de Ntoum. Mais lors du conseil des ministres tenu six jours plus tard, l’ancien ministre d’État chargé de la Solidarité nationale s’est vu confier la charge de président du conseil d’administration de la Société nationale immobilière (SNI), au moment où il se trouvait à l’étranger pour une visite privée… Le pire pour lui, c’est qu’il a été placé sous la tutelle de l’un de ses (nombreux) ennemis jurés, Michel Menga, nouveau ministre d’Etat chargé de l’Habitat et de l’Urbanisme et du Cadre de vie.

«Congrès de clarification», naissance du RHM et petits calculs politiciens

Comme la vie semble se durcir pour Paul Biyoghé Mba. Comme il est beau d’assister à des retours de manivelle. Il y a trois années environ, le courant Héritage et Modernité qu’animaient alors Alexandre Barro Chambrier et Michel Menga, entre autres, au sein du Parti démocratique gabonais (PDG) appelait à la tenue d’un «congrès de clarification» qui aurait permis à ce parti, à quatorze mois de l’élection présidentielle d’août 2016, de se remettre de ses atermoiements et de se relancer idéologiquement, mais Paul Biyoghé Mba et Michel Essonghé à qui la tâche avait échu de mener une réflexion à ce sujet avaient estimé que rien ne justifiait un tel congrès.

L’opinion suivit alors les échanges peu amènes entre deux ténors de la province de l’Estuaire, à savoir Paul Biyoghé Mba et Michel Menga m’Essone, et au-delà de ces échanges, la sortie du courant RHM (Rassemblement Héritage et Modernité) et sa transformation progressive en parti politique. La tournure de cet événement confirma que les deux hommes ne s’aimaient pas. Et même lorsque, avant d’en être exclu, Michel Menga refusa de remplacer Léandre Nzué au poste de SGA du PDG, Paul Biyoghé Mba fit monter en flèche l’un de ses poulains de la Noya, Fidèle Angoué Mba, qui n’avait pas lui aussi d’atomes crochus avec Michel Menga. En fait, par Fidèle Angoué Mba interposé, Biyoghé Mba, alors puissant membre du Comité permanent du Bureau politique du PDG, allait donc régner en maître absolu dans le département de La Noya, en plus du département du Komo-Mondah «où il a, selon un observateur, fait de l’ombre à plus d’un, où il a écrasé ceux qui n’étaient pas de son écurie. Tout cela sans jamais penser à l’intérêt et à l’avenir du PDG».

Retour de manivelle

Aujourd’hui, retournement de situation : Paul Biyoghé Mba n’est plus membre du Comité permanent du Bureau politique ; il n’est plus non plus membre du gouvernement. Michel Menga a été désigné pour le remplacer au titre des ministres originaires de l’Estuaire (avec rang et titre de ministre d’Etat). Le secrétaire général «suspendu» du RHM est en effet le nouveau ministre d’Etat chargé de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadre de vie. Et c’est lui qui va avoir le plaisir (sans doute) d’installer, quand il le voudra, Paul Biyoghé Mba dans ses nouvelles fonctions de président du conseil d’administration de la Société nationale immobilière (SNI). En espérant que Michel Menga ne le fera pas trop languir… En tout cas, cela ressemble à un vrai supplice pour Paul Biyoghé Mba.

De fait, la nomination de l’ancien élu du canton Ikoy-Tsini comme PCA de la SNI est sans doute un choix politique pour Ali Bongo qui préférerait voir arriver comme candidat du PDG au 3e arrondissement de Ntoum une personnalité plus consensuelle, moins sectaire et plus avenante, Biyoghé Mba étant, il faut le reconnaître, marqué par son passage «manqué» à la Primature de juillet 2009 à février 2012. Ce passage raté qui a amené certains électeurs du PDG à voter contre Ali Bongo en août 2016 à Bikélé et dans les environs. «Je veux sanctionner Biyoghé Mba, donc je ne vote pas Ali Bongo de peur que Biyoghé Mba récupère cette victoire», avait-on entendu le 27 août 2016 au matin dans l’un des bureaux de l’école d’Essassa.

Visiblement agacé par toutes ces «pesanteurs» qui jalonnent la position actuelle de Biyoghé Mba dans sa circonscription électorale, Ali Bongo semble avoir clairement choisi de l’écarter de la prochaine élection politique. Et il sera difficile à l’ancien ministre d’État de refuser cette sortie programmée. «Paul Biyoghé Mba sait que s’il refuse le poste de PCA, il sera perdu pour longtemps ; et s’il l’accepte comme l’indiquent ses proches, il sait qu’il sortira du jeu politique dans la province de l’Estuaire», souligne un observateur de la vie politique gabonaise. «Il serait alors, à 65 ans, l’un des plus jeunes retraités politiques du pays où l’on quitte généralement la sphère politique à plus de 75 ans».