Face à des informations persistantes relatives aux quantités de drogue introduites dans le milieu carcéral, notamment à la prison centrale de Libreville, le procureur de la République, Sidonie Flore Ouwé, a fait une descente dans ce pénitencier.

Cannabis, hérïne et médicaments trouvé après une fouille des cellules de la prison de Libreville - © D.R.

A la tête d’une importante délégation, constituée de ses collaborateurs et des éléments de l’Office central de lutte anti-drogue (Oclad), Sidonie Flore Ouwé s’est rendue le mercredi 21 novembre 2012 à la prison centrale de Libreville. Là, elle y a découvert, selon le site d’information, Gabonactu.com qui relaie l’information, une importante quantité de drogues.

Il s’agissait pour elle et sa délégation d’entamer une enquête sur ce phénomène afin de comprendre comment les détenus qui sont, en principe, coupés du monde extérieur, réussissaient à se procurer les drogues et organisaient cette contrebande. Les saisies n’ont pas encore été quantifiées mais s’articulent autour du du cannabis, de l’héroïne et de substances médicamenteuses (excitants ou tranquillisants). «Nous n’avons pas procédé à la fouille pour des raisons de sécurité (…) mais les agents de la prison centrale avaient déjà réalisé cette fouille et nous avons récupéré la drogue préalablement saisie par ces agents», a déclaré le procureur de la République.

Une enquête a été ouverte pour établir les responsabilités, mais surtout pour démanteler les réseaux d’approvisionnement de ces présumés dealers. Les prisonniers chez qui ces drogues ont été découverts risquent des peines d’emprisonnement allant de 3 à 6 ans ferme et des amendes allant jusqu’à 50 millions de francs CFA.

Quel chemin empruntent ces stupéfiants pour atterrir à la prison? N’y a-t-il pas de complicité au sein de ce milieu carcéral ? Quels sont les moyens dont disposent les gardes pour détecter les caches ? L’enquête du procureur de la République peut-elle aller à son terme et révéler les coupables, quels qu’ils soient ? Il n’est cependant pas difficile à comprendre qu’une petite prison comme celle de Libreville, qui a depuis longtemps dépassé ses capacités d’accueil, est devenue le terrain d’importants trafics de drogue. Toutes les prisons du monde ont le même problème, d’autant plus récurrent que les gardiens sont souvent tentés de fermer les yeux pour ne pas déclencher de mouvements de colère.

Quoi qu’il en soit, la procureure parle d’un vaste réseau. Les témoins qui ont déjà fait des séjours en milieu carcéral racontent que le prix des drogues est deux à quatre fois supérieur à celui pratiqué à l’extérieur. En outre, les formes de paiement autres que l’argent sont très usitées : échange de services (prostitution, nettoyage de la cellule) ou de biens (cartes téléphoniques, tabac), mais aussi intermédiaire dans le trafic.

Tous les contacts avec le monde extérieur sont autant d’occasions pour faire entrer de la drogue en prison. On la place dans les vêtements lors des visites ou dans les cavités corporelles, ainsi que dans de la nourriture. Les transferts vers le tribunal pour le procès, les permissions, les colis sont aussi utilisés et trompent régulièrement la vigilance des gardes pénitenciers. Outre ces méthodes, les dealers les passent parfois à l’aide de balles lancées au dessus des murs de la prison. Enfin, il est à craindre qu’une partie du personnel pénitentiaire participe également à la contrebande.

Cette sortie du procureur ressemble à un pavé jeté dans la marre et, au regard des maux qui minent la prison centrale de Libreville, gardiens et  prisonniers espèrent que cette descente de madame Ouwé va relancer d’autres dossier, en particulier celui de la construction d’une nouvelle prison, moins délabrée et plus spacieuse, prévue à une vingtaine de kilomètres de Libreville.