Prenant part aux différents concerts de la campagne électorale du candidat Ali Bongo Ondimba, Danny Maggeintha, l’un des vétérans du rap gabonais, artiste, auteur, producteur de musique rap depuis 1989, co-fondateur du groupe Hay’oe avec Massassi, répond, à travers cet entretien, à toutes les attaques dont-il fait l’objet depuis la diffusion du remix de «Laissez-nous avancer».

Danny Maggeintha et Ndjassi Ndjass, rejoints par leurs fans lors de l’interview, le 15 août 2016, à Port-Gentil. © Gabonreview

Danny Maggeintha (à droite) et Ndjassi Ndjass, rejoints par leurs fans lors de l’interview, le 15 août 2016, à Port-Gentil. © Gabonreview

 

Gabonreview : En 2009, on vous a vu en campagne électorale pour Ali Bongo Ondimba, aux côtés d’autres artistes tels que Massassi, alors membre comme vous du groupe de rap Hay’oe. Quelques temps après, il était question de dissension, de scission. Que s’est-il réellement passé ? Mais pour commencer, qui est Danny Maggeintha ?

Danny Maggeintha : Comme vous-même vous le dites, mon nom d’artiste est Danny Maggeintha. Je suis artiste, auteur-producteur de musiques rap depuis 1989. Je suis le cofondateur du mythique groupe de rap gabonais Hay’oe, avec Massasi.

Pour revenir à ce qui s’est passé en 2009, je dirais qu’après avoir eu une très longue carrière avec le groupe Hay’oe, nous avons décidé, de commun accord, d’aller dans les solos parce qu’on estimait que «un enfant, quand il est à la maison avec ses parents, à un moment donné quand il a grandi, il faut qu’il aille évoluer tout seul». On a estimé que dans la carrière d’un artiste, le solo est très important. Nous sommes donc pour le moment dans les solos.

Maggeintha. © Gabonreview

Maggeintha. © Gabonreview

Il y a un ou deux ans, on écouté l’un de vos titres «Authentique», issu de votre album «La Carte Joker». Le message passe et on l’écoute. Le texte est très critique. À qui était-il adressé ?

En 2009, j’ai eu à soutenir le candidat Ali Bongo pour une simple raison : son projet de société. J’ai aussi horreur d’une chose, c’est que les gens fassent du rap pour du rap et de la protestation pour la protestation. Je ne connais pas l’homme et je n’ai pas grandi avec lui. Mais son projet de société m’a intéressé et j’ai vu dans ce projet de société un intérêt général pour ce pays. Mais quand, je sors en 2013, Authentique qui est extrait de mon premier album La Carte Joker, c’était pour recadrer les choses. Je m’adressais à ceux qui dirigent et à nous qui sommes dirigés pour dire qu’il faudrait qu’on arrête avec cet ancien logiciel ; c’est-à-dire l’ancien logiciel du Parti unique, le temps des  privilèges, etc. En ce moment-là, je voulais aussi dire qu’il faudrait qu’on aille de l’avant. Qu’on puisse redémarrer un autre moteur, prendre une autre direction pour que ça soit un Gabon véritablement émergeant, comme le dit le président. C’était donc un appel. Un appel pour ceux qui nous dirigent et pour nous-mêmes.

Les mélomanes et même les politiciens ont vu en cela des piques à l’endroit de vos anciens collègues qui, dirait-on, vous avaient mis au garage.

Non, ce n’était pas une pique. C’était juste pour recadrer les choses en disant que j’ai soutenu un projet de société et en même temps, il faudrait qu’il y ait une applicabilité de ce projet. Nous aussi, la population gabonaise, nous avons beaucoup de tares. Par exemple, vous demandez à un citoyen de jeter ses ordures dans la barque à ordures, il préfère les déposer juste sur le côté de la route. Ce sont les mentalités à changer. Il faudrait qu’on aille «ensemble», comme dit le président dans son slogan. Il faudrait que ça soit un changement d’ensemble. Ce n’est pas facile, parce qu’on a fait quarante ans avec un même président. Et pour revenir là-dessus, on sait bien que ce ne serait pas facile.

Je n’ai pas voulu être en 2009, avec mon groupe, de simples acteurs. C’était trop facile de rester sur le côté et dire qu’on va attendre et voir ce qui se passe. C’est quand même quarante ans sous Omar Bongo. C’était la première fois qu’on avait une élection présidentielle sans Omar Bongo. À cet instant, nous avons décidé d’emboîter le pas. Mais comme je vous dis, c’est par rapport au projet de société. Aujourd’hui, je réitère encore mon soutien pour ce projet de société. Je sais une chose : tout n’a pas été bien fait, je suis encore même le premier à le dénoncer. Soutenir ne veut pas dire que je suis pour le béni-oui-oui. Cela ne veut pas également dire que s’il y a des manquements durant le prochain septennat, que je ne reprendrais pas mon stylo et ma feuille pour le décrier. Je soutiens le projet, je suis libre de soutenir, mais pas la personne.

Artistes en prestation durant le meeting de Makokou. © Gabonreview

Artistes en prestation durant le meeting de Makokou. © Gabonreview

C’est pour cela que vous êtes revenus avec le remix 2.0 de «Laissez-nous avancer» avec d’autres artistes ?

Je vais encore revenir sur ce que j’ai dit parce qu’il faut que ça soit clair. Je demande souvent aux Gabonais d’acheter des albums. «Laissez-nous avancer», c’est un morceau qui parlait des personnes dans sa version originelle et originale. C’est également un morceau qui parlait des personnes qui mettent les bâtons dans les roues (les voisins, les collègues…) et des gens qui ne vous connaissent pas mais qui parlent de vous et vous mettent les bâtons dans les roues. Maintenant, je peux comprendre. Il y a eu de la récupération politique. À chaque fois qu’on prestait sur scène, c’était le morceau qui électrisait la foule et qui électrisait également le candidat. Et le titre «laissez-nous avancer», comme par un heureux hasard pour le candidat Ali Bongo Ondimba concordait bien avec sa politique et son projet de société. Il y a eu de la récupération par les politiques. Maintenant pour 2016, nous avons décidé véritablement de faire un remix pour marquer, pour affirmer qu’on peut aller de l’avant, si nous tous, nous nous mettions ensemble. C’est trop facile de juger, de juger les autres.

Maintenant, que dites-vous à propos de toutes les critiques faites sur les réseaux sociaux, les radios et autres médias, qui ne vous supportent pas, surtout à propos de votre retour aux côtés de Massasi et des autres dans ce remix de «Laissez-nous avancer» ?

Soutenir un candidat ne remet pas en cause son intégrité, ni son talent d’artiste. Ça n’a rien à voir. Les gens sont dans «le tous contre». Comme je le disais au départ, je ne vais pas faire de la contestation pour contester. Quand les choses sont bien faites, on le dit. Il y a énormément de choses qui n’ont pas été faites, mais on sent que le président essaie de fournir des efforts. Il y a bien des réalisations qui ont été faites. Il ne faudrait donc pas que les gens se disent que parce qu’on parle de vendu, de faim, etc. que c’est vrai. Tout ça n’a rien à voir.

Un dernier mot pour suspendre cet entretien ?

Je voudrais dire à ceux qui lisent que je suis un agent de l’État. Je travaille pour l’État. Je n’ai donc pas faim et je tiens à dire que le fait que je soutienne, ne remet nullement en cause mon talent et mon intégrité. Quand c’est bon, j’apprécie et si dans le prochain septennat il y a de manquements, à condition qu’il gagne les élections, je serais encore le premier à recadrer et à dénoncer les choses.