Mariya Ivanova Gabriel et Josef Leinen, respectivement chef de la Mission d’observation électorale de l’UE (MOE) au Gabon et chef de la délégation du Parlement européen, ont émis ce 29 août des réserves sur la transparence du scrutin présidentiel. Ils appellent la Cenap à publier les procès-verbaux de chaque bureau de vote, afin que le peuple vérifie la conformité des résultats avec ceux proclamés dans chaque bureau.

Les meneurs de la Mission d’observation électorale de l’UE au Gabon, le 29 août 2016. © Gabonreview

Les meneurs de la Mission d’observation électorale de l’UE au Gabon, le 29 août 2016. © Gabonreview

 

L’assistance à la conférence de presse, le 29 août 2016 à Libreville. © Gabonreview

L’assistance à la conférence de presse, le 29 août 2016 à Libreville. © Gabonreview

Grosse crispation sur le processus électoral du 27 août. Si le vote s’est déroulé de manière satisfaisante sur l’ensemble du territoire, sans incidents majeurs, comme l’ont constaté l’ensemble des observateurs internationaux, ceux de l’Union européenne (UE) et une mission des députés du parlement européen, viennent de mettre un bémol sur la transparence de cette élection.

Le chef de la mission d’observation électorale de l’UE (MOE), Mariya Ivanova Gabriel, a déclaré le 29 Août que «le processus électoral s’est déroulé dans un contexte où l’ensemble des candidats de l’opposition et une partie de la société civile exprime un manque de confiance dans l’impartialité des trois organes responsables pour l’administration des élections, à savoir le ministère de l’Intérieur, la Cour constitutionnelle et la Commission nationale électorale autonome et permanente (Cenap)».

Si elle a regretté «la marginalisation de la Cenap où siègent des mandataires de tous les candidats», elle a également «déploré le manque de transparence des organismes de gestion des élections omettant de mettre à la disposition des parties prenantes des informations essentielles telles que la liste électorale et la liste des centres de vote».

La MOE a  noté que les acteurs de la Cenap étant des fonctionnaires ou des hauts cadres de l’administration, «leur lien de subordination au parti majoritaire est de nature à remettre en cause leur indépendance et leur impartialité, et donc, celles des organes de gestion des élections

La MOE a regretté la non-réglementation de la période de pré-campagne. Elle a noté que cette période qui a été «utilisée par la très grande majorité des candidats pour l’organisation d’évènements de campagne, a bénéficié au candidat de la majorité. Il a mis en place de nombreuses actions qui ont estompé la distinction entre les activités inhérentes à la fonction du président et celles de candidat», faisant sans doute allusion à la tournée républicaine d’Ali Bongo dont l’essentiel du message était indubitablement électoraliste. De même, faisant sans doute référence à l’impossibilité pour l’opposition d’organiser des meetings ou de passer sur les médias de service public, la mission indique avoir «observé des violations ponctuelles du principe d’égalité de traitement et des entraves pour certains leaders d’opinion à participer au débat public

«Quant (aux) émissions spéciales dédiées à la présentation des plateformes de campagne par tous les candidats, le format a exclu la possibilité d’une confrontation, réduisant l’offre informative. En dehors de ces émissions, l’accès des candidats aux médias publics et privé analysés a été fortement déséquilibré en faveur du président sortant», a relevé la MOE parlant des émissions de télévision organisées par le CNC dans le cadre de la campagne électorale. La mission a également «observé des activités de la campagne du président sortant qui a bénéficié d’un financement nettement supérieur à celui des autres candidats» ; de même en dehors des médias, la campagne d’affichage était «largement inégale».

Pour garantir la fiabilité des résultats de ce scrutin crucial, la MOE a invité «la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap) à mettre à la disposition du ministère de l’Intérieur non seulement les résultats nationaux comme l’y oblige la Loi, mais aussi en y associant les résultats bureau de vote par bureau de vote de chacune des localités selon les bonnes pratiques en la matière, usant de moyens de mises en ligne largement disponibles au Gabon».

Tout en souscrivant entièrement  à la déclaration du chef de la mission d’observation électorale de l’UE,  le chef de la délégation du parlement européen, Josef Leinen, a quant à lui recommandé que «face au niveau de défiance et de division qui ont marqué cette campagne, il est urgent de mettre en place les bases d’un vrai dialogue politique  dans l’intérêt de l’ensemble du peuple gabonais».

L’entièreté de la déclaration de la MOE est disponible sur le lien suivant : http://eeas.europa.eu/sites/eeas/files/declaration_preliminaire_29.08.pdf