Attendue depuis plusieurs jours, la version d’Alfred Mabika sur la crise actuelle à La Poste SA, a été livrée le 16 février à Paris. Plusieurs noms ont été cités par l’ancien dirigeant de l’entreprise, notamment Alain-Claude Bilie-By-Nze et, surtout, Emmanuel Issozet Ngondet, présenté comme le principal responsable de la débâcle financière de La Poste SA.

Alfred Mabika pendant sa conférence de presse, le 17 février 2016 à Paris. © Gabonreview (capture d’écran)

 

Cité à tort ou à raison comme l’un des grands fossoyeurs de l’Etat, l’ancien P-DG de la Poste SA a plaidé non-coupable à la faveur d’une sortie, le 16 février dernier à Paris, où il s’est exilé depuis plusieurs mois maintenant. Présentant ses deux ouvrages à l’occasion, «Du cœur à l’ouvrage» et «La Poste au Gabon : Controverses & Manipulations politiques», Alfred Mabika a livré son autopsie de la crise de La Poste, imputée en grande partie à…l’actuel Premier ministre.

En effet, a affirmé Alfred Mabika, dans la vidéo de sa sortie publiée sur les réseaux sociaux, ce sont les agissements d’Emmanuel Issozet Ngondet qui ont précipité l’entreprise dans son état actuel. L’ancien patron de la Poste a notamment évoqué le non-versement de la subvention allouée à La Poste, lorsque l’actuel chef du gouvernement était ministre du Budget (2011-2012). «Elles (les subventions, ndlr) ont été amputées et détournées de leur destination initiale par le ministre du Budget de l’époque», a lancé Alfred Mabika.

Quelques moments de la conférence de presse de l’ancien patron de La Poste SA. © Gabonreview (capture d’écran)

Preuve à l’appui, celui ayant dirigé par La Poste neuf années durant, a souligné que l’ancien ministre du Budget s’était substitué à l’entreprise pour conclure, à son insu, un contrat avec Internet Gabon. «Quand il signe cette convention, sans même nous consulter, La Poste avait déjà versé la somme de 1 152 000 000 francs CFA à Internet Gabon pour acquérir l’équipement nécessaire à sa transformation et son développement. Et à ce jour, cet équipement évalué à 1,009 milliards de francs CFA est toujours détenu par Internet Gabon», a-t-il détaillé.

Au regard de cette ubuesque situation, l’ancien gérant de La Poste en est venu à se demander si leur mise en l’écart dans cette opération ne cachait un dessein. «Emmanuel Issoze Ngondet aurait-il mis en place tout un habile système de détournement de fonds et d’utilisation frauduleuse des subventions prévues au budget de l’Etat ?» Tout porte à croire que oui, a affirmé Alfred Mabika, disant avoir été maintes fois floué lorsqu’il relançait le ministre au sujet de ces subventions. «De 2012 à 2015 compris, le système fonctionnait parfaitement (…) La Poste qui devait percevoir quelques 5 milliards de francs CFA, n’en a rien reçu», a ajouté l’orateur, soulignant qu’en gros, ce mécanisme s’est traduit par une spoliation de 9,372 milliards de francs CFA.

«Le 17 octobre 2015, lorsque je suis démis de mes fonctions à la tête de La Poste, cette importante somme de 9,372 milliards de francs CFA n’avait toujours pas été réglée (…) Cette perte sèche n’est donc pas constituée de fonds que j’aurai secrètement transportés dans des mallettes, mais bel et bien de sommes n’étant jamais parvenues à La Poste», a insisté Alfred Mabika.

Refusant d’être un «bouc émissaire», Alfred Mabika a réaffirmé sa position. «J’accuse donc nommément Emmanuel Issoze Ngondet d’avoir privé La Poste de sommes importantes, qui ont eu un impact négatif sur la possibilité des épargnants de disposer de leurs fonds et sur le redressement de l’entreprise».

Dans le même élan, l’ancien dirigeant de La Poste a cité les noms d’autres personnalités éclaboussées par ce scandale. Il s’agit notamment d’Yves-Fernand Manfoumbi, Jean-Fidèle Otandault, complice de Maixent Accrombessi, et d’Alain-Claude Bilie-By-Nze.

Concernant le dernier cité, Alfred Mabika n’a pas mâché ses mots, soulignant que celui-ci a empoché pas moins de 400 millions de francs CFA de La Poste. «M. Bilie-By-Nze est l’un des fossoyeurs de la République. En 2006, il prenait l’argent des Comptes chèques postaux (CCP). Il profitait du fait que le chef d’agence qui était en service était de sa province. Nous étions trois à avoir ce dossier : Paul Toungui, alors ministre des Finances, le président Omar Bongo et moi», a révélé Alfred Mabika. Un nouveau rebondissement qui promet dans le cadre de cette affaire.