Un plan de rigueur sera mis en œuvre dans les tout prochains jours. Peut-être le moment d’inscrire l’action des pouvoirs publics dans la transparence, l’intégrité et l’Etat de droit. 

À l’orée d’élections législatives, un consensus mou ne serait pas une bonne idée. On ne peut mettre en œuvre un plan de rigueur sans se montrer rigoureux vis-à-vis de son partenaire. © D.R.

 

La question démocratique va-t-elle enfin être traitée avec la rigueur et le sérieux requis ? Après huit ans d’une gouvernance hérétique, marquée par une succession de choix hasardeux, un plan de rigueur sera mis en œuvre dans les tout prochains jours. Comme jamais, il exigera des populations efforts et sacrifices. A coup sûr, il fera couler du sang et des larmes. Pour sûr, il suscitera pleurs et grincements de dents. Même si le Fonds monétaire international (FMI) évoque la nécessité de  «protéger les dépenses sociales en faveur des groupes les plus vulnérables», la période s’annonce difficile. Quand bien même le gouvernement parle de «l’amélioration de la qualité des services au citoyen», de sombres nuages obscurcissent l’horizon. Peut-on croire au discours du gouvernement ? Faut-il lui donner un chèque en blanc ? Ne faut-il pas le contraindre à davantage de transparence, d’intégrité et de respect de l’Etat de droit ? N’est-il pas temps de tirer les leçons du passé ?

Principes démocratiques foulés aux pieds

Au-delà la conjoncture internationale, la situation actuelle tient d’abord d’une gouvernance aventureuse, mélange d’arrogance et d’insouciance. Entre 2010 et 2014 voire au-delà, tous les principes démocratiques ont été bafoués, foulés au pied. Le point culminant fut atteint en août 2016 quand, se moquant royalement des «doutes» et «réserves» publiquement exprimés par l’ensemble des observateurs internationaux, les institutions nationales décidèrent de proclamer Ali Bongo vainqueur de la présidentielle. Naturellement, cette situation eut un impact non négligeable sur la situation économique et financière. Autrement dit, l’actualité politique influença négativement le moral des entreprises et créanciers du pays. L’ensemble de l’appareil productif national se grippa subitement. Dans le même temps, les investissements privés se raréfièrent. Gagné par un sentiment d’insécurité, le secteur bancaire se fit de moins en moins prompt à accompagner le gouvernement.

Dans tous les secteurs comme sur tous les plans, le pays sombra brusquement dans la morosité. Soucieux de préserver sa coopération avec le Gabon, l’Union européenne convoqua l’Accord de Cotonou. Sur le fondement des dispositions de l’annexe VII, elle suggéra un «dialogue politique intensifié». Entamés en octobre 2017, ces pourparlers sont, depuis, tombés aux oubliettes. Instruits de ce précédent, certains partenaires internationaux doutent désormais de la volonté du pouvoir à «apaiser les tensions politiques et sociales» (Lire «L’UE dubitative»). S’ils s’efforcent de dissocier les questions économiques et financières des préoccupations politiques, ils recommandent des «réformes de structures». Indirectement, ils pointent la gouvernance économique et financière. N’empêche, ils doivent aller au-delà. Ils doivent interroger la gouvernance politique et démocratique.

Le FMI, acteur-clé

Certes, les «réformes de structures» concernent les méthodes de gouvernance. Certes, elles font référence au fonctionnement de l’Etat. Mais, sur la lutte contre la corruption, l’Etat de droit ou la transparence, le FMI ferait mieux de se montrer plus exigeant. Récemment, le gouvernement a encore administré la preuve de son manque d’appétence pour ces principes : en actant la «mise à plat du système de budgétisation par objectif de programme», il est subrepticement revenu sur les réformes engagées en vue d’une harmonisation du cadre de gestion des finances publiques au sein de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac). Ce faisant, il a choisi d’enjamber les directives communautaires portant sur la transparence et la bonne gouvernance, les lois de finances, le règlement général de la comptabilité publique, la nomenclature budgétaire et les opérations financières. Aujourd’hui, plus grand monde ne sait avec exactitude sur quelles bases légales se conçoivent et s’exécutent les lois de finances. Peut-on s’en accommoder ? Doit-on continuer ainsi ?

À l’orée d’élections législatives, un consensus mou ne serait pas une bonne idée. On ne peut mettre en œuvre un plan de rigueur sans se montrer rigoureux vis-à-vis de son partenaire. Pour la suite du programme, des positions fermes et de fermeté doivent prévaloir. Ménager la chèvre et le chou ne servirait à rien. Bien au contraire… A la fois inspirateur et accompagnateur du programme, le FMI doit l’admettre. Acteur-clé, il ne peut plus limiter sa vision au seul champ budgétaire et comptable. Il doit étendre ses exigences de transparence, d’intégrité ou d’Etat de droit à toute l’activité des pouvoirs publics. Sur ce point, son attitude au sujet des prochaines législatives aura valeur de test.