L’amélioration des conditions de passage du statut de scolaire à celui de professionnel ou de la famille de naissance à celle choisie n’ayant jamais été minutieusement étudiée, l’accompagnement des jeunes vers plus d’autonomie demeure un slogan. À l’évidence, les nominations ne peuvent tenir lieu de politique publique.

Aux militants triés sur le volet, il faut préférer l’ensemble d’une génération. © inmagine.com

 

Problèmes à résoudre, objectifs à atteindre, résultats attendus, acteurs impliqués, financements disponibles, cadre institutionnel de mise en œuvre et mécanisme de suivi/évaluation : les politiques publiques correspondent à une architecture bien connue. À l’observation, les zélateurs du pouvoir n’ont cure de tous ces rappels méthodologiques. Malgré les railleries, ricanements et remarques perfides, ils s’obstinent à galvauder notions et concepts. Bien entendu, cette surdité voulue et entretenue ne contribue nullement à crédibiliser leur action. Jugé faussement technocratique, coupé du réel et finalement inopérant, le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) a été moqué tout un septennat durant. Objet de nombreux calembours et jeux de mots, l’«Egalité des chances» est retournée dans tous les sens depuis la dernière présidentielle. La récente sortie du Club de réflexion et d’action citoyenne (Crac) sur la «politique en faveur de la jeunesse» devrait, elle aussi, susciter la polémique (lire «Les jeunes soutiennent Ali Bongo»).

Distribution de prébendes

Réduite à une série de nominations dans la haute administration ou à la tête d’établissements publics, la politique en faveur de la jeunesse ne concourt nullement à l’accompagnement des jeunes vers plus d’autonomie. Si elle favorise la montée en puissance de certains jeunes adultes, elle ne prend nullement en compte les préoccupations des 15-29 ans : ni la promotion de l’exercice de la citoyenneté, ni le soutien aux activités artistiques, culturelles ou sportives, ni le développement des connaissances et compétences, ni l’accès aux soins durant le parcours scolaire, encore moins les protections spécifiques à cette tranche d’âge ne font l’objet d’une réflexion de fond. Même si ces thématiques ont pu être évoquées à de nombreuses reprises, tout cela est resté incantatoire. La mise en œuvre d’un programme permettant aux jeunes de se réaliser selon leurs talents et capacités n’a jamais été sérieusement envisagée.

Au fond, l’amélioration des conditions de passage du statut de scolaire à celui de professionnel ou de la famille de naissance à celle choisie n’a jamais été minutieusement étudiée. Du coup, la jeunesse continue de naviguer en eaux troubles, aucun objectif précis n’ayant été clairement identifié ou consigné. Sur ce point aussi, l’horizon politique se réduit au positionnement de quelques amis et affidés, pour la plupart en début de cycle de maturation.   Se préoccuper de quelques destins individuels, est-ce envisager l’avenir de toute une génération ? On ne saurait répondre par l’affirmative. Faire la promotion de quelques personnalités choisies en raison de leur appartenance politique, revient-il à œuvrer à l’émancipation de toute une catégorie de la population ? Nul ne peut le soutenir fermement. Pour l’heure, la promotion de nombreux jeunes adultes est avant tout perçue comme une opération de distribution de prébendes à des militants zélés voire serviles.

Situation alarmante

La mise en œuvre d’une politique de la jeunesse transversale, cohérente et articulée n’est, en tout cas, pas encore de saison. L’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur, la Santé, la Formation professionnelle, les Sports, la Solidarité nationale, le Travail, le Budget, le Développement local, la Culture, la Communication, la Justice : de nombreux ministères agissent en direction de la jeunesse, sans synergie ni vision d’ensemble. Il en résulte une situation des plus alarmantes : les allocations budgétaires destinées à l’enseignement sont limitées et inefficaces, la médecine scolaire relève désormais du souvenir, l’employabilité des jeunes pose toujours autant problème et, l’exercice de l’ensemble de leurs droits est loin d’être garanti. Si le taux de redoublement dans le primaire est estimé à 37%, seulement 14% d’une tranche d’âge parvient à terminer l’ensemble du cycle. On n’évoquera pas le ratio élèves/enseignants, ni l’absence de matériel didactique, devenus proverbiaux.

Les nominations ne peuvent, à l’évidence, tenir lieu de politique publique en faveur de la jeunesse. Au lieu de se contenter de décrets à l’impact limité à la vie d’une seule personne, il faut songer à la définition d’un cadre général d’action. Aux militants triés sur le volet, il faut préférer l’ensemble d’une génération. Aux parachutages à des fonctions ronflantes, il faut substituer des mesures concrètes et impersonnelles. Pour ainsi dire, à travers la législation, la règlementation, la fiscalité, les transferts et les dépenses publiques, les autorités doivent apporter des réponses aux problèmes de la jeunesse. Le chômage, l’échec scolaire, l’insécurité et les différentes formes de violence doivent être traités de manière globale. Autrement, ce sera le triomphe de l’approximation.