Une trentaine de poèmes, pour reconstituer son univers à travers des mots simples et évocateurs, constituent la trame du recueil de l’enseignant de formation, paru en juin 2016 aux éditions «La Doxa».  

Ulrich Bounguili avec un exemplaire de son recueil de poésies. © D.R.

Ulrich Bounguili avec un exemplaire de son recueil de poésies. © D.R.

 

Gabonreview : Pourquoi Portgentillaises ? À quoi renvoie ce titre ?

Ulrich Bounguili : Le titre de l’œuvre renvoie d’abord à la mémoire, celle d’un Portgentillais qui se souvient de son enfance, ainsi que de l’itinéraire qu’il a suivi jusqu’à la capitale gabonaise et au-delà. Le recueil étant essentiellement marqué par ces souvenirs, j’ai d’abord songé à l’intituler « Mémoires portgentillaises». Puis, je n’ai conservé qu’un seul mot. D’où «Portgentillaises». C’est l’occasion de répondre à certains lecteurs qui m’ont interpellé sur l’orthographe du gentilé qui devrait s’écrire « port-gentillaises » et non « portgentillaises ». J’ai opté pour la deuxième orthographe par simple fantaisie, comme un modeste pied de nez à la norme française. D’ailleurs, j’aurais aussi pu me passer du premier « t » dans le mot.

Combien de pièces compte ce recueil de poèmes et qu’expriment ceux-ci concrètement ?

En une trentaine de poèmes, j’ai essayé de reconstituer mon univers, mon parcours personnel. L’exil aidant, certains poèmes expriment l’amertume, la nostalgie et la rêverie. D’autres sont mêlés d’inquiétude et surtout d’un sentiment d’un énorme gâchis. Cette impression de gâchis, vous la retrouvez surtout dans le poème « Avoir vingt ans ici » où l’on se rend compte au final qu’être jeune au Gabon, c’est avoir le choix entre les manipulations politiciennes, la précarité, l’abaissement moral, les petites combines mafieuses et, dans une moindre mesure, le chemin des études. Heureusement qu’en marge de cette ambiance, il y a ceux qui besognent dignement dans «le silence de leur marge», pour reprendre une expression d’Auguste Moussirou Mouyama.

Est-ce là les thèmes essentiels de ce recueil ?

Le recueil évoque mon enfance, celle de ma génération, relativement paisible qui a laissé sa place au délitement du pays entre gabegie et crise économique handicapante, l’inhumation des rêves de la jeunesse, la morale douteuse de certains hommes d’église, l’arrivisme politique et bien évidemment le lourd tribut de la colonisation que nous continuons à payer. La plupart des thèmes se sont imposés à moi d’autant que certains poèmes ont été écrits alors que j’étais encore en France.

Certains définissent la poésie comme une suite de vers incompréhensibles et raffinés. Qu’en pensez-vous ?

C’est une définition qui a sa valeur et qui se défend aisément dans la mesure où, la littérature c’est d’abord le défi du langage avant d’être tout autre chose. Toutefois, c’est un leurre de croire que le poète écrit uniquement par intuition ou machinalement. Il y a une part de subjectivité et d’objectivité aussi. Un peu comme les faces d’une pièce de monnaie. Le simple fait d’aboutir à un raffinement de la langue signifie qu’il n’y a pas de hasard.

Pour ce qui me concerne, la poésie a pour valeur essentielle de raviver les rêves des gens. Le rêve est un privilège, qu’il faut sans cesse maintenir  sinon on perd notre humanité. Donc, il faut raviver ce rêve en élargissant l’imaginaire. Mes premiers lectrices et lecteurs sont au Québec. J’ai conscience que certains aspects de l’œuvre leur restent incompréhensibles ou vagues, qu’en somme, ils n’ont pas forcément tout compris du recueil. Mais le défi est d’imprimer un lieu de plus dans leur imaginaire. Ils savent désormais qu’il existe une ville nommée Port-Gentil, belle, sablonneuse et fière, en dépit de la manne pétrolière qui lui échappe sous le nez. Élargir l’imaginaire, c’est considérer que tout n’est que «champ de possibilités infinies», pour reprendre Édouard Glissant. Possibilités qui font qu’en arrivant à Chinatown, je peux croiser un Nigérien qui a vécu au Gabon alors que rien, a priori, ne nous y prédestine. Possibilités qui font que malgré le fait d’être un million d’âmes, il est possible d’arriver dans une réserve autochtone, au fin fond du Québec et croiser une Gabonaise. Ces faits réels sont à eux seuls poétiques. Ce monde est un champ de possibilités. D’où la nécessité de raviver le rêve et d’élargir les imaginaires.