Censé mettre en œuvre les Accords d’Agondjé, le nouveau gouvernement est toujours attendu. Au-delà des personnes et des noms, les arbitrages attendus du président de la République semblent tout sauf simples.

Ali Bongo lors, le 28 mars 2017 à Libreville. © AFP/Steve Jordan

 

Voulu par Ali Bongo, le Dialogue politique a pris fin depuis plus d’un mois maintenant (lire «Les Accords d’Angondjé»). Des recommandations diverses et variées y ont été formulées : retour au scrutin à deux tours pour les élections uninominales, réforme de la Cour constitutionnelle, transformation de l’autorité en charge des élections (lire «Ndemezo’o présente ses trophées»)…  En marge de la clôture des travaux, le président de la République s’était, du reste, montré dithyrambique : en affirmant avoir «fait œuvre utile pour notre pays», il disait voir en ce conclave le début d’une ère nouvelle. En clair, il annonçait l’heure des réformes structurelles. Après le temps des échanges et de la conception, le moment de la mise en œuvre était arrivé. Seulement, depuis lors, rien de bien nouveau n’est apparu sous le ciel du Gabon : toujours annoncé, le gouvernement tant attendu n’a jamais été mis en place, comme si la machine s’était subitement grippée.

Réussir le panachage

Dans l’esprit des participants au Dialogue politique, les espoirs s’envolent progressivement. Petit à petit, ils font place au doute voire à la frustration (lire «Dieudonné Minlama pour la mise en œuvre des actes» ). Aux yeux de certains d’entre eux, l’attente du prochain gouvernement semble désormais trop longue voire interminable. A bien des égards, elle leur paraît même insupportable. Espérant voir le Premier ministre rendre son tablier à tout moment, ils commencent à perdre patience (lire «Les inquiétudes du BDP»). Liant leur avenir personnel aux Accords d’Angondjé, ils se livrent à toute sorte de supputation. Disant œuvrer à l’éclosion d’une communauté de destin, ils se perdent en conjectures. S’ils développent de grandes théories, ils sont, en réalité, préoccupés par une éventuelle entrée au gouvernement. S’ils s’efforcent de défendre les propositions de réforme, ils songent avant tout à se positionner. Mais, pourquoi le gouvernement tant annoncé ne vient-il toujours pas ?

Au fond, le président de la République doit résoudre une fonction à plusieurs variables : tout en s’appuyant sur le Parti démocratique gabonais (PDG), il doit constituer un gouvernement homogène, ouvert à des sensibilités diverses. Au-delà des personnes et des noms, les arbitrages sont tout sauf simples. Ils semblent même compliqués voire complexes. Ali Bongo ne peut pas se contenter d’aligner des noms. Il doit tenir compte d’un ensemble de critères et d’une nécessaire gestion des équilibres. Entre ses alliés de la majorité, les transfuges du camp Ping, les personnalités indépendantes ou encore les membres de la société civile, il doit réussir le panachage. Entre les considérations partisanes, géographiques, ethniques ou politiques, il est tenu de parfaire son dosage. Faut-il récompenser en priorité les anciens candidats à la présidentielle, quitte à fâcher les principaux animateurs du Dialogue politique ? Faut-il faire la part belle aux principales figures de ce conclave, au risque de s’aliéner certains soutiens de toujours ?

Aller au-delà des contingences politiciennes

Pour réussir son alchimie, Ali Bongo doit s’appuyer sur les valeurs de la République : le travail et la justice. Autrement dit, il doit privilégier le mérite et l’égalité de traitement. Là où certains de ses affidés veulent mettre en avant l’antériorité d’une relation supposée, il doit choisir la représentativité. Au zèle des sectateurs, à l’arrogance puérile des militants, il doit préférer la compétence technocratique. Autrement dit, il lui faut sortir de la logique d’appareil pour dialoguer avec le corps social. Dans cette optique, des critères objectifs doivent être définis. A cette occurrence, capacité d’entraînement, compréhension des défis du moment et enjeux du futur et, sens de l’organisation devraient prendre tout leur sens. Naturellement, l’analyse des profils sur le fondement de ces critères exige de la méthode, du temps et de la patience. Mais, si l’on entend se donner les moyens de mener à bien des réformes de fond, rien n’est jamais trop fastidieux.

Lors de la clôture du Dialogue politique, Ali Bongo avait exprimé sa foi en l’avenir (lire «L’optimisme débordant d’Ali Bongo»). Dans la foulée, il avait défini les Accords d’Angondjé comme «un projet ambitieux». Il avait même invité les parties prenantes à mettre leurs égos de côté et à privilégier l’intérêt national. Raison pour laquelle, il lui appartient maintenant d’aller au-delà des contingences politiciennes. Voilà pourquoi il est de sa responsabilité de s’élever au-dessus des arrangements d’arrière-boutique. En un mot comme en mille, il doit maintenant donner corps à son discours. Rendez-vous est pris…