Ouverte le 1er février pour s’achever aujourd’hui avec la prise éventuelle d’une résolution, la plénière du Parlement européen a statué sur la crise politique au Gabon et en République démocratique du Congo (RDC). Concernant le Gabon, des députés ont invité Bruxelles à prendre des mesures ciblées contre le régime de Libreville. De Mariya Gabriel à Jo Leinen en passant par Cécile Kyenge et Michèle Rivasi, les élus européens ont appelé au respect du jeu démocratique dans le pays, non sans pointer un doigt accusateur en direction de la France, dont la position reste floue à défaut d’être rangée du côté du pouvoir. Morceaux chois de certaines interventions.

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Mariya Gabriel (député Bulgare) : ‘‘Nous n’avons pas le droit à l’oubli’’

«J’ai eu l’honneur de diriger les deux missions d’observation électorale de l’Union européenne dernièrement en RDC et au Gabon. Donc, j’ai été en première ligne pour observer toutes les irrégularités qui ont eu lieu pendant les deux processus. Mais, aujourd’hui, je vais me concentrer sur le Gabon. D’abord, j’insiste sur la crédibilité, la neutralité et l’impartialité de la mission d’observation électorale. La mise en œuvre des recommandations que nous avons émises est la pierre angulaire pour la poursuite de notre dialogue. De plus, il est indispensable de se pencher sur les violences électorales. Toute (la) lumière doit être faite sur ces exactions. Les responsables des violences postélectorales doivent répondre (de) leur agissement. Nous ne pouvons pas nous conformer à l’impunité. Nous n’avons pas le droit à l’oubli. C’est pourquoi il est tout aussi impératif à ce que le bureau du Haut-commissaire des Nations-Unies pour les droits de l’homme envoie une mission de toute urgence, et j’appelle les États membres d’aider en ce sens. Le dialogue politique [au Gabon], s’il ne donne pas de résultats, des sanctions ciblées telles que l’interdiction de voyager ou le gel des avoirs doivent être prises.»

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Marie-Christine Vergiat (député française) : ‘‘Il faut dénoncer le résultat de ces élections truquées’’

«Au Gabon, les élections d’août dernier ont eu lieu effectivement en présence d’une mission d’observation de l’Union européenne, et donc avec l’accord du gouvernement en place. Le rapport de la mission est accablant. Merci à nos collègues qui y ont participé, y compris parce qu’ils ont été victimes de menaces. Ali Bongo aurait gagné de 6000 voix. Les résultats du Haut-Ogooué, province d’origine de monsieur Bongo, avec une participation miraculeuse de 99,93% et un score tout aussi miraculeux de 95,47% en sa faveur, ont inversé les résultats. Des heurts immédiats ont eu lieu et ont atteint leur paroxysme le 1er septembre lors du saccage du QG de Jean Ping. Il y a eu de nombreux morts et d’incroyables violations des droits de l’homme qui persistent. La Mission n’a pas tiré les conséquences de ces constats sans doute en raison de la reconnaissance implicite des résultats par le gouvernement français. Alors, on peut demander des sanctions, une enquête indépendante, un dialogue politique, mais il faut d’abord dénoncer le résultat de ces élections truquées. C’est la meilleure façon, c’est le respect que nous devons au peuple gabonais.»

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Michèle Rivasi (député française) : ‘‘Il ne faut pas que ça reste impuni’’

«Là, on a quand même deux pays, je dirais, c’est un peu deux poids deux mesures. Pourquoi ? Parce que [pour la RDC], il y a eu un bon point pour l’Europe. Parce que le coup de force que voulait faire Kabila pour se maintenir au pouvoir, grâce aux pressions diplomatiques, l’intervention de l’Europe, les sanctions prises, on apprend aujourd’hui qu’il renonce. Et qu’il y a un processus qui va être mis en œuvre même s’il est fragile, il existe et il faut être vigilant. Par contre, au Gabon, je trouve que l’Europe a été assez absente. Peut-être parce qu’il y a la présence française qui n’est pas assez dynamique pour montrer les aberrations qu’il y a eu au niveau de ces élections. Le rapport qu’a fait madame Gabriel, il est très net. Il montre bien qu’il y a eu un bourrage d’urnes, qu’il y a des résultats qui sont complètement aberrants. Et c’est là où l’Europe doit intervenir pour prendre des sanctions. Moi, ce que j’ai entendu par rapport à des Gabonais, ils demandent : ‘‘plus de visas de circulation pour la famille d’Ali Bongo, pour les membres du gouvernement, les responsables du coup d’Etat et de la répression ; interdiction de séjour et de circulation en Union européenne ; interdiction de survol aérien, gel des avoir en Europe’’. Si on fait ça, ça va fragiliser le régime, et on s’attend à une explosion de la population. Et en même temps, il faut encourager une enquête indépendante pour les violences postélectorales. Parce qu’il ne faut pas que ça reste impuni, mais il faut que l’Europe soit plus active au niveau du Gabon.»

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Jo Leinen (député allemand) : ‘‘Il faut que l’Union européenne ait le courage de prendre des mesures directes et efficaces’’

«Ali Bongo a manipulé les résultats des élections présidentielles au Gabon. Alors, Ali Bongo n’est pas un président légitime de ce pays. Par frustration, il a attaqué le camp de l’opposition avec des morts et des personnes blessées. Il a établi un régime de (répression) et de peur dans le pays. Le Parlement demande à l’Union européenne soit prête à supporter la population, surtout la jeunesse du Gabon, dans leur envie pour la démocratie, la justice et la liberté. Nous demandons que l’Union européenne utilise tous les instruments qu’elle possède pour sanctionner les personnes responsables, en commençant par Ali Bongo et d’autres personnes dans son équipe gouvernementale. Je crois qu’il faut que l’Union européenne ait le courage de prendre des mesures directes et efficaces. Par exemple, l’interdiction à ces responsables de voyager ou de rester sur le territoire de l’Union européenne, et aussi de geler leurs biens. Et c’est exactement ça que l’entourage d’Ali Bongo craint le plus : de ne plus avoir le pouvoir de jouir des privilèges et des richesses qui viennent de la corruption, de la fraude et de l’exploitation des gens au Gabon. J’ai confiance en ce que nous allons agir et j’espère que la France ne va pas bloquer de telles démarches et mesures.»

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Cécile Kashetu Kyenge (député italienne) : ‘‘Nous ne devons pas permettre à Ali Bongo de laisser pourrir la crise politique comme au Burundi’’

«La situation actuelle montre une profonde crise de la démocratie en Afrique centrale. Plusieurs pays sont marqués par des irrégularités électorales ou tout simplement le report indéfini des élections. J’aimerais souligner la nécessité de garantir la séparation des pouvoirs dans tous les pays. Sans indépendance ni transparence, la démocratie au Gabon ne peut pas fonctionner correctement. Je dénonce la répression meurtrière des forces de sécurité de manifestations pacifiques. Il faut mettre les auteurs de ces drames devant les responsabilités. Les dirigeants doivent écouter les doléances de leur peuple, et je demande au Conseil de l’Union européenne de prendre rapidement des sanctions ciblées contre tous les responsables de la fraude et des irrégularités électorales, notamment au Gabon. Ces personnes ont de nombreux intérêts en Europe. C’est pourquoi le gel de leurs avoirs et les restrictions de leurs voyages les impactera directement. En ce qui concerne précisément le Gabon, je condamne aussi fermement la non-transparence des élections comme l’a indiqué le rapport final de la mission d’observation électorale. J’appelle les autorités gabonaises à mettre en œuvre toutes les recommandations, notamment la refonte du système électorale. Nous ne devons pas permettre à Ali Bongo, le président, de laisser pourrir la crise politique comme ce qui s’est passé au Burundi. Par ailleurs, je demande aux autorités gabonaises d’apporter un démenti formel quant aux allégations de corruption des membres de la Mission, de manière à restaurer l’image de la priorité des institutions européennes.»

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Cristian Dan Preda (député roumain) : ‘‘le respect de la Constitution et de la loi est non négociable’’

«RDC et Gabon, deux pays face à un blocage politique majeur : dégradation de la situation sécuritaire et des droits de l’homme. Je regrette qu’il ait été impossible d’adopter un rapport commun sur la limitation des mandats présidentiels lors de la dernière assemblée plénière ACP-EU. Notre message doit être clair : le respect de la Constitution et de la loi est non négociable. Il y a un point commun entre les situations en RDC et au Gabon. Il s’agit de deux présidents qui s’accrochent au pouvoir, soit en violant la limitation de mandat, soit en fraudant lors des élections. L’UE doit mettre l’accent sur le soutien du dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition, et il faut se concentrer sur la prévention, en utilisant davantage l’outil du dialogue politique dans le cadre de l’accord de Cotonou.»