Six ans que Pierre Mamboundou, président fondateur de l’Union du peuple gabonais (UPG), a quitté la terre des hommes et l’arène politique nationale. Farouche opposant au régime d’Omar Bongo, il avait été trouvé mort dans sa maison, à Libreville, le 15 octobre 2011. Flash-back sommaire sur cette figure essentielle du mouvement de démocratisation du Gabon.

27 octobre 2011 à Libreville : Obsèques de Pierre Mamboundou. © Getty images

27 octobre 2011 à Libreville : Obsèques de Pierre Mamboundou. © Getty images

15 octobre 2011 – 15 octobre 2017, six ans se sont écoulés et beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis le jour où la classe politique gabonaise avait perdu l’un de ses plus brillants membres et l’un des plus farouches opposants au régime d’Omar Bongo. Deux semaines auparavant, il avait pris part à un meeting regroupant, au carrefour Rio de Libreville, des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile gabonaise réclamant, dans le cadre du mouvement “Ça suffit comme ça !“, l’introduction de la biométrie dans le processus électoral des législatives de décembre 2011. Les causes de son surprenant décès n’ont jamais été déterminées, le fondateur de l’UPG ayant été trouvé mort sur son lit.

Fin novembre 2010, Pierre Mamboundou était rentré d’un long séjour à Paris où il avait été évacué, pour des raisons de santé, au sortir de l’élection présidentielle anticipée du 30 aout 2009. C’est durant cet internement sanitaire parisien que l’opposant avait rencontré, le 27 septembre 2010, le président Ali Bongo. Rentré à Libreville, il s’était refusé d’occulter qu’il était entré en négociation avec le pouvoir. La teneur de ces négociations n’a jamais été rendue publique.

Un dernier tour de force

Commencées neuf jours après son décès, les obsèques de Pierre Mamboundou, enregistrèrent un couac monumental : les parlementaires et le Corps diplomatique ayant alors fait le déplacement de l’Assemblée nationale en vue d’un dernier hommage au député de Ndendé, en avaient été privés. Les militants de l’UPG ayant décidé de boycotter l’étape du Palais Léon Mba. Composée d’un peu plus d’un millier de personnes, la cohorte bariolée de rouge, couleur d’identification des partisans de l’UPG, avait accompagné le cortège funéraire à pied jusqu’au carrefour Rio en scandant des chants partisans et l’hymne national du Gabon.

Là, sur ce qui avait été le lieu de prédilection de ses meetings monstres et où attendaient plusieurs centaines d’autres militants, la police voulu empêcher la halte programmée pour un hommage populaire. Débordée et sans doute pour éviter l’affrontement, les forces de l’ordre finirent par laisser la cohorte en provenance de la cathédrale Sainte-Marie suivre le chenal tracé par la foule, afin de permettre au fourgon mortuaire de marquer sa pause. Le «dernier meeting de Pierre Mamboundou à Rio», ainsi qu’on l’entendait dire dans la foule, n’avait duré qu’une dizaine de minutes. Mais comme au temps de sa magnificence, Pierre Mamboundou avait attiré sur cette place autant de monde que lors de son meeting d’ouverture de campagne électorale de la présidentielle anticipée de 2009.

Poids lourd de la scène politique gabonaise

Sous l’ère d’Omar Bongo, Pierre Mamboundou était considéré comme le plus sérieux opposant du régime quinquagénaire, depuis l’érosion du crédit de Paul Mba Abessole. Ingénieur des travaux en télécommunication, né le 6 novembre 1946 à Mouila dans le sud du Gabon, Pierre Mamboundou fut découvert par le grand public à la fin de la décennie 80, à la faveur d’une rumeur de coup d’Etat l’ayant obligé à quitter Paris et à s’exiler à Dakar au Sénégal. Il aura, de ce fait, été le grand absent de la conférence nationale de 1990.

Condamné par contumace mais tout de même maintenu en liberté après son retour au Gabon, Pierre Mamboundou avait littéralement un parcours politique sans faute, même si son parti l’UPG n’avait jamais tenu de congrès de son vivant et même si certains lui reprochaient déjà d’avoir frayé avec Omar Bongo après sa sortie d’un exil à l’ambassade d’Afrique du Sud au Gabon, consécutif à l’assaut et mise à sac, le 21 mars 2006 par des unités de l’armée gabonaise encagoulées, du siège de son parti au quartier Awendjè dans le 4e arrondissement de Libreville.

Que ce soit dans le cadre du travail parlementaire ou sur la place publique, ses prises de position avaient généralement le mérite de débusquer des lièvres et de mettre à mal le régime PDG. N’ayant jamais été aux affaires, il jouissait d’une virginité qui lui conférait une audience certaine, aussi bien auprès des populations que dans certaines sphères internationales, qui lui accordaient le bénéfice du doute.

Pierre Mamboundou faisait résolument figure de poids lourd de la scène politique gabonaise. Député de Ndendé à partir de 1996, le président de l’UPG était réputé pour sa sagacité juridique, son bagout et une certaine rigueur morale et intellectuelle. Il était doté d’une ouverture d’esprit incontestable, d’une culture politique et d’un sens de la dialectique qui en faisant un redoutable débatteur et un communiquant de bon niveau. Avant André Mba Obame, un autre grand esprit, la classe politique gabonaise avait perdu l’un des plus brillants, sinon le plus brillant de ses membres. Sa formation politique ne lui a pourtant pas intégralement survécu, se scindant en fractions antagonistes du fait de conflits de leadership et de divergences quant à son positionnement par rapport au pouvoir. Mamboundou était un arbre sous lequel rien ne peut vraiment pousser ?