Quatre ans après son entrée dans la cour des grands, le jeune peintre béninois qui monte est présent à Libreville, dans le cadre d’une exposition-vente au Casino croisette. Partagées entre simple recherche du beau et support d’un message subliminal, les œuvres de Philippe Hacheme se veulent «uniques» et «inspirées du Très Haut».

Philippe Hacheme, le 12 octobre 2017, dans son «appartement-atelier», à Libreville. © Gabonreview

 

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Dreadlocks sur la tête, sourire en coin, vêtements couverts de peinture, un pinceau à la main : c’est Philippe Hacheme non dérivé. Franc et un brin moqueur ! «Faites attention où vous mettez les pieds. Il ne faut surtout pas vous tacher. Au fait, on pourrait avoir le même âge, donc arrêtons de nous vouvoyez, veux-tu ?». L’appartement dans lequel il m’accueille n’est pas le sien. «Je suis chez mon oncle qui a accepté de m’accueillir pour mon séjour au Gabon», me confie-t-il. Pourtant, le temps de son séjour au Gabon, le jeune peintre a transformé en atelier cet appartement situé aux abords de la Résidence Tahiti à Libreville. Tantôt assis à même le plancher, tantôt debout, mais toujours pieds nus, il peint. Un coup il se rapproche de sa toile, un coup il s’en éloigne. Sur la toile, une vague forme peinte en vert s’échappe de nuances. Difficile cependant de deviner au premier abord le sujet de la toile. Il s’agit visiblement d’un éléphant, au regard de la taille de la toile (2×2 mètres). «C’est la première fois que je travaille sur une surface aussi grande», finit-il par m’avouer.

Vue de l’expo-vente au Casino croisette. © Gabonreview

Depuis son arrivée à Libreville pour une exposition-vente au Casino croisette, Philippe Hacheme, d’origine béninoise, a rencontré quelques artistes peintres gabonais. Je lui demande son appréciation de leurs œuvres. «Très originaux», me répond-t-il, dissimulant mal le bémol derrière cette appréciation. Mais il préfère le garder pour lui. «J’ai rencontré l’artiste qui a exposé avant moi au Casino, M. Guypa Mondo. Lui aussi fait de la coulée. Je n’ai pas mal aimé, et on a d’ailleurs prévu de nous revoir pour en discuter», se contente-t-il d’ajouter.

Son arrivée au Gabon, Philippe Hacheme l’avoue, il ne l’a pas choisie, bien que celle-ci se soit finalement révélée «bénéfique et enrichissante» pour sa jeune carrière. «Tout est parti de l’atelier résidence «Territoire de création 2017», auquel je prenais part au Togo. Mon oncle, qui réside au Gabon, est venu voir mon travail. Il était accompagné de son ami, qui travaille au Casino croisette à Libreville. Celui-ci, ayant apprécié mes œuvres, m’a proposé de venir au Gabon pour une exposition. Même s’il m’a précisé que ce serait dans un casino, j’ai accepté tout de suite. Je ne voulais pas faire la fine bouche, alors que cela ne fait que 4 ans que je me consacre à fond dans ce domaine. De plus, je me suis dit que les casinos sont des endroits où l’on brasse de l’argent. Ma chance pouvait frapper, pourquoi pas», raconte-t-il, ajoutant qu’une vente a été faite, en plus des commandes passées. Mais il l’assure, ses tableaux sont «accessibles à tous».

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Toutes les œuvres exposées au Casino croisette sont de l’acrylique (peinture à eau), mais le jeune peintre entend «évoluer pour aller vers des mélanges de peintures et de techniques». Ces œuvres, indique-t-il, n’ont pas été choisies sur la base d’un thème spécifique. «J’ai ramené certaines de mes œuvres exposées il y a quelques mois au Bénin et au Togo. Elles traitent de divers sujets, d’amour, d’esthétique, mais surtout d’espoir. A travers ma peinture, je veux véhiculer de l’espoir chez les humains, à l’heure où seuls les faits tragiques attirent le plus l’attention, et les médias ne se focalisent désormais plus que sur le «ça va mal, ça va même très mal». Dans mes tableaux, il n’en est pas question. Je traite de tout, et mon crédo, c’est «amour, sensualité, élévation spirituelle et contemplation. Ces différents éléments, chacun pris à part dans un tableau, constituent la trame de mes travaux.»

Nos échanges s’achèvent… la toile aussi. Un éléphant se dresse désormais devant nous. Ses traits sont un peu négligés. «C’est une commande précise pour un monsieur que j’ai rencontré ici. Il aime les éléphants», explique le jeune peintre. Son exposition au Casino croisette s’achève le 19 octobre prochain. Courez-y !