Le week-end prochain, l’élection du membre du bureau politique du Parti démocratique gabonais (PDG) pour le compte du chef-lieu de l’Ogooué-Ivindo mettra aux prises le ministre de la Communication et le sénateur de la zone, derrière qui certains voient l’ombre du Premier ministre.

Emmanuel Issoze Ngondet (à g.) et Alain-Claude Bilie-By-Nzé : fini le temps des sourires ? © AFP/Steve Jordan

 

Après le monumental et retentissant raté du week-end du 4 au 5 novembre dernier, les militants du Parti démocratique gabonais (PDG) de la fédération de l’Ogooué-Ivindo se retrouvent à Makokou samedi prochain. But ? Elire leurs représentants au sein des instances locales et nationales de l’ex-parti unique. Ouvrant la voie au comité permanent du bureau politique, saint graal recherché par tous les militants, le poste de membre du bureau politique devrait être l’objet de luttes épiques. Dès à présent, l’on prédit un duel au couteau entre l’actuel ministre de la Communication et le sénateur du 2e arrondissement de la commune de Makokou. Dans les chaumières, certains se veulent plus bavards, disant voir l’influence du Premier ministre derrière la surprenante ténacité de l’adversaire du porte-parole du gouvernement. Duel Billié-By-Nzé/Issoze Ngondet via Bie Emane ? Voire…

Rivalité Billie-By-Nze/Issoze Ngondet

Le 5 novembre dernier déjà, Emmanuel Issoze Ngondet avait essayé, à en croire notre confrère Le Temps, d’user de son influence pour s’opposer au vote. Il affirmait alors préférer le consensus comme mode de désignation. Pourquoi ? Redoutait-il d’être mis en difficulté voire battu ? Entendait-il conserver la haute main sur le processus ? Voulait-il avoir l’exclusivité des nominations ? Entendait-il s’offrir l’opportunité de placer ses meilleurs affidés ou de protéger un membre influent de son gouvernement ? Bien malin qui répondra à ces questions. On note, toutefois, que sa proposition fut rejetée par le secrétariat exécutif du PDG. Plus grave, le secrétaire provincial, présenté comme son homme de main, fut sanctionné et suspendu de ses fonctions quelques jours plus tard.

Pour autant, tous les connaisseurs des arcanes politiques de l’Ogooué-Ivindo l’attestent : Emmanuel Issoze Ngondet ne devrait pas avoir de mal à se faire élire le week-end prochain. La seule incertitude réside dans son comportement vis-à-vis du porte-parole de son gouvernement. Va-t-il le soutenir ? Si oui, avec franchise ou à la manière d’une corde soutenant un pendu ? A Makokou, certains affirment que la rivalité, larvée, entre Alain Claude Billie-By-Nze et Emmanuel Issoze Ngondet a atteint un point critique. Selon des indiscrétions, le Premier ministre en a marre de devoir partager son marigot avec un autre crocodile qu’il percevrait comme un contrepoids de taille à bien de niveaux. Il aurait donc décidé de se débarrasser de cet adversaire encombrant, désormais insidieusement présenté comme un ennemi.

Gêne voire dégoût

Du reste, après le vaudeville des 4 et 5 septembre dernier, une question était sur toutes les lèvres : pourquoi les deux responsables politiques n’ont pas travaillé de concert pour ramener la sérénité. Il se raconte dans bien de cercles politiques de Makokou que pour venir à bout de son ministre, qui n’est ni un bleu ni un enfant de chœur, le Premier ministre aurait choisi d’instrumentaliser le sénateur Berni Bie Emane. C’est même le sens que certains donnent à son appel consensus, convaincu qu’il était que dans cette hypothèse, le choix de la baronnie PDG locale n’allait jamais pencher en faveur du ministre de la Communication. Alain-Claude Billie-By-Nze a-t-il été sauvé par le refus d’Eric Dodo Bounguendza de se rallier à la proposition d’Emmanuel Issoze Ngondet ? Sur les bords de l’Ivindo, beaucoup le croient. Surtout que, le recadrage du secrétaire général du PDG a quelque peu douché l’enthousiasme des troupes du chef du gouvernement.

Dans tous les cas, Alain-Claude Billié-By-Nze affrontera bien Berni Bie Emane. Difficile, à ce stade, de se risquer à un pronostic. N’empêche, dans la contrée, cette empoignade est attendue avec une certaine gêne voire du dégoût, certains n’hésitant plus à rappeler les alliances du passé. «Il lui a fallu le soutien d’Alain Claude pour que Berni non seulement figure sur la liste des Locales, mais aussi pour qu’il se fasse élire sénateur», lance un quidam cité par l’hebdomadaire Le Temps, poursuivant : «Ce qui se passe ressemble à un jeu d’enfants. Mais, pour les initiés, nous sommes dans un monde de haute sorcellerie». Et de trancher : «Au lendemain de cet affrontement, plus rien ne sera comme avant. Entre Berni et Alain-Claude, mais aussi entre Alain-Claude et Issoze». «Une victoire d’Alain-Claude Billie-By-Nze aurait pour conséquence non seulement l’affaiblissement du Premier ministre, dont l’influence n’aurait pas suffi à son poulain pour s’imposer. Mais le poulain, lui-même, pourrait se dire que son mentor l’a berné», analyse, toujours selon le journal Le temps, un notable, fin connaisseur de la politique locale. Réponse samedi prochain !