Tout à la fois universitaire, écrivain, et homme politique, l’arrière-petit-fils de Wongo le guerrier Wandji de Lastoursville dirigeait le Centre d’études politiques du Parti démocratique gabonais (PDG). Ce qui le fait apparaître comme un homme du sérail, un «apparatchik» précoce. Sans mandat électif, il devient le septième Secrétaire général de l’histoire du PDG. Une mission qu’il est appelé à assumer jusqu’au congrès d’avril 2018. Va-t-il pouvoir ramener la paix parmi les camarades de Louis?

Éric Dodo Bounguendza, Secrétaire général intérimaire du PDG . © Gabonreview

 

Eric Dodo-Bounguendza, 55 ans, Professeur de Linguistique à l’Université Omar-Bongo, est le nouveau Secrétaire général du Parti démocratique gabonais. La réunion du Comité permanent du Bureau politique du parti présidé par le président du PDG, Ali Bongo Ondimba, en a décidé ainsi suite à la démission (inattendue) de Faustin Boukoubi qui sera resté à ce poste pendant neuf ans et quatre mois.

Après Omar Bongo (Secrétaire général-fondateur, puis Président-fondateur), Jean-Stanislas Migolet (Délégué général permanent du Président-fondateur, avec rang de Secrétaire général du parti), Léon Augé (Délégué général Permanent, avec rang de Secrétaire général), Jacques Adiahénot, Simplice Guédet Manzéla et Faustin Boukoubi, Eric Dodo-Bounguendza va devoir très vite, pour ne pas se laisser dépasser sur la droite, imposer sa marque au sein de ce parti cinquantenaire marqué, ces derniers temps, par des tumultes et dissonances sans fin.

Issu d’un métissage pluriethnique : né d’un père Wandji de Lastoursville, et d’une mère Punu (Ngounié) et Lumbu (Nyanga), le septième Secrétaire général du Parti démocratique gabonais est également le septième d’une fratrie de 56 enfants (son père, Jean-Arsène Bounguendza, aura eu cinq épouses). Le métissage qu’il porte en lui devrait normalement lui permettre de transcender les courants enfouis ou naissants, les points de vue divergents, les positions contradictoires ; de faire face aux déchirements et aux guéguerres, et reconstruire l’unité et la cohésion, afin que le PDG parle de nouveau d’une seule et même voix.

Tout le monde en convient : la somme de ces divisions, antagonismes et postures difficilement conciliables à l’heure actuelle sont à la l’origine de la restitution du tablier de Faustin Boukoubi. Eric Dodo-Bounguendza sait, parce qu’il est au sein des équipes dirigeantes de cette formation politique vieillissante (en termes de projets et d’idées), qu’il va affronter «la dure réalité du parti». On l’a noté ces dernières semaines, des responsables du parti haut placés dans l’exécutif ont initié des actions parallèles à celles du parti, sans concertation et avec une indéniable espièglerie à l’endroit du Secrétariat exécutif, dont deux conférences de presse. Malgré le fait que leur sortie du 28 juillet, ait été critiquée, moquée et dénigrée par l’opinion, les «chemises blanches» sans cravate (les hommes du Président) ont réitéré leur initiative le 3 août, en dépit de ce que l’on peut considérer comme un «rappel à l’ordre» du Secrétaire général du PDG et malgré la dénonciation qu’en avait fait Mathias Otounga Ossibadjouo, membre du Bureau politique du parti.

Ces initiatives d’un groupe de responsables du parti n’ont pas été bien perçues à Louis, siège du parti. De plus, pour certains observateurs, le soutien exprimé par le Premier ministre, Emmanuel Issozé Ngondet, à ces responsables politiques siégeant pour la plupart dans son gouvernement, a «semé davantage le venin de la discorde» au sein du parti. En réalité, quoi qu’aient pu dire leurs initiateurs, ces sorties médiatiques, «ces sorties de route», ont porté un coup à l’unité et à la discipline au sein du PDG. La démission de Faustin Boukoubi du poste de n°1 du Secrétariat exécutif du parti, ajoutée à celles d’autres hauts responsables du PDG ces deux-trois dernières années, est la conséquence des «inconsciences collectives et initiatives suicidaires des hommes du Président».

Pour certains connaisseurs de la vie politique gabonaise, Eric Dodo-Bounguendza aura du mal à recoller les morceaux, surtout que, dans les fiefs politiques que l’on croyait inexpugnables pour le PDG, le candidat de cette formation politique a connu de mémorables revers. Cette situation difficile va compliquer la tâche à l’ancien directeur de cabinet de Paulette Missambo. Toutefois, d’autres observateurs lui prédisent un relatif succès. Avec sa connaissance des arcanes et de tous les travers du parti, et grâce à son discours pondéré et unificateur, le nouveau Secrétaire général du PDG devrait tirer son épingle du jeu. Il devrait en tout cas commencer par redynamiser les structures de base du parti quelque peu «endormies» depuis l’élection présidentielle d’août 2016 au cours de laquelle le candidat du parti a été laminé dans les urnes, en tout cas, dans de nombreuses provinces. Il devra aussi s’atteler à renforcer la cohésion au sein d’un Secrétariat exécutif pachydermique qui compte six secrétaires généraux adjoints, dont l’ancien gouverneur de province et ancien ministre Jean-Marie Koumba Souvi, l’ancienne ministre Angélique Ngoma, et d’autres personnalité ambitieuses tel que Chrystel Limbourg Iwenga, Vivien Amos Péa et Fidèle Angoué Mba, neuf secrétaires nationaux, dont trois porte-paroles, une soixantaine de collaborateurs… Le PDG compte également un Comité permanent du Bureau politique avec ses membres élus et ses membres ès-qualité au nombre de quarante (au lieu des 18 initiaux), le Bureau politique et ses 295 membres, des Commissions permanentes…

Remettre de l’ordre dans «la maison PDG» devrait donc être la priorité du nouveau Secrétaire général. Il a jusqu’au prochain Congrès pour démontrer sa force de persuasion et mettre en exergue son pragmatisme et son sens de l’intérêt général, lui qui, croient savoir des militants du parti, ne fait partie d’aucune écurie au sein de la formation politique. Que ce congrès se tienne en avril 2018 conformément aux statuts du parti qui prévoient un congrès tous les cinq ans, ou qu’il se tienne en tout début d’année 2018, comme l’annonce le premier cercle des proches de la présidence du parti, Eric Dodo-Bounguendza n’aura pas d’état de grâce. Va-t-on pouvoir le laisser travailler dans ce parti qui semble se chercher une nouvelle voie après ses déconvenues récentes, dans un parti dont le secrétariat exécutif semble être méprisé par ceux qui figurent dans l’exécutif gouvernemental ?