Arrivé au pouvoir le 2 décembre 1967, Omar Bongo, prédécesseur d’Ali Bongo et dynasteur politique fécond, a entretenu pendant 42 ans des relations étroites avec la France. À l’occasion donc du cinquantenaire de l’arrivée des Bongo au pouvoir, Survie, l’association française de lutte contre le néocolonialisme, a publié l’article ci-après. Il y est question de «monarchie pétrolière» et de «50 ans de liaisons françafricaines composées de ses pires ingrédients (interventions armées, coopération militaire et policière, pillage des ressources, validation d’élections truquées, corruption massive, etc.)»

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Ce samedi 2 décembre, la Françafrique, qui a toujours de beaux jours devant elle comme l’a montré Emmanuel Macron par ses non-dits et son attitude à Ouagadougou, fête le 50ème anniversaire de la prise de pouvoir du clan Bongo au Gabon.

50 ans de règne familial ininterrompu, mais aussi 50 ans de liaisons françafricaines composées de ses pires ingrédients (interventions armées, coopération militaire et policière, pillage des ressources, validation d’élections truquées, corruption massive, etc).

Omar Bongo, ex-membre des services secrets français placé à la tête du Gabon par la France en 1967, intronisé alors par Jacques Foccart, y est resté jusqu’à sa mort en 2009. A l’image d’une monarchie pétrolière, c’est son fils aîné Ali Bongo qui lui a succédé après une parodie d’élection, avec la bienveillance de l’Élysée et des réseaux de la Françafrique.

Cela fait donc 50 ans que le clan Bongo règne sur le Gabon et offre ses ressources aux entreprises étrangères, celles de France s’étant largement taillé la part du lion – alimentant au passage les partis politiques français – au détriment de la population qui, pour une large majorité, vit encore dans la misère, bien loin du faste des hôtels particuliers parisiens et autres résidences secondaires des Bongo.

Aujourd’hui, malgré un régime aussi illégitime que violent (militarisation du pays, concentration du pouvoir, formatage de la Constitution et truquage des élections, répressions et étouffement de toute opposition, harcèlement, intimidation et surveillance accrue de la population, etc.) le soutien de la France perdure. L’armée française, présente au Gabon de façon ininterrompue depuis l’indépendance en 1960, y assure toujours des missions de formation et de conseil au sein de l’armée gabonaise, celle-là même qui tire sur sa population à balles réelles lors d’élections (en 2009 ou 2016) dont la France avalise les résultats, dans le dernier cas contre l’avis de l’Union européenne. En plus d’y incarner une force de dissuasion face à la population qui manifeste ou de légitimer les exactions de ses frères d’armes, les militaires français sont chez eux au Gabon, grâce à un accord de partenariat de défense leur assurant une impunité et une marge de manœuvre totales.

Cet anniversaire est une triste date, elle nous rappelle le rôle funeste de la France en Afrique, hier comme aujourd’hui. Ce ne sont pas les effets de pupitre d’Emmanuel Macron, repris en cœur par des commentateurs aveugles ou complices, qui nous feront baisser la garde en nous faisant croire que cet anniversaire ne concerne que le passé de notre histoire commune. La Françafrique se conjugue hélas toujours au présent, mais nos mobilisations aussi !

Survie s’associe aujourd’hui au mouvement démocratique gabonais pour dénoncer ce règne d’un demi-siècle d’un clan dictatorial qui a été porté, maintenu et soutenu par la diplomatie, les entreprises et l’armée françaises. Au Gabon, mais aussi au Tchad en passant par le Cameroun et le Togo, et partout ailleurs en Françafrique, les aspirations des populations réclamant liberté et justice font de ce funeste anniversaire l’opportunité de rappeler l’État français à ses responsabilités, pour qu’il cesse, au-delà des discours, de soutenir ces chefs d’État qui s’accaparent le pouvoir.