Réagissant aux sorties simultanées de Pierre Emerick Aubameyang et de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) relative à la nomination de Pierre François Aubame à la tête de l’équipe nationale, le ministre en Charge des Sport, Alain-Claude Bilie-By-Nze, a tranché dans le vif. Daniel Cousin va assurer l’encadrement technique des Panthères. Pour le ministre qui s’est entretenu le 23 septembre avec des journalistes, «la maison du football gabonais doit être nettoyée de fond en comble».

Le ministre d’Etat en charge des Sports, Alain-Claude Bilie-By-Nze. © Gabonreview

 

Comment expliquez-vous ce rebondissement autour de la nomination de Pierre François Aubame Yaya à la tête de l’équipe nationale ?

Alain-Claude Bilie-By-Nze : Je vais d’abord indiquer que le football gabonais connait des difficultés depuis pas mal d’années. Cela fait longtemps que l’équipe ne gagne plus. Malgré le soutien du public et des pouvoirs publics, nous n’avons pas de résultats. Cela s’est traduit par les deux Coupes d’Afrique des nations (Can) de football organisées par le pays ; par l’échec en Guinée équatoriale et cela se traduit aujourd’hui par les difficultés auxquelles nous sommes confrontés sur le parcours devant nous qualifier pour le Cameroun.

Lorsqu’au sortir du dernier match officiel des Panthères du Gabon, à Libreville, nous avons fait une contre-performance face au Burundi, nous avons pensé que le match amical face à la Zambie allait aider à avoir des réglages, à renouer avec une possible victoire. L’échec face à la Zambie a donc sonné pour nous tous et pour moi, en tant que ministre des Sports, le dernier tocsin pour ce qui concernait Camacho. J’ai donc convoqué la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) pour lui signifier que nous ne pouvions plus continuer avec Camacho. Il fallait donc pouvoir s’en séparer. Cela faisait des années que tout le monde se plaignait du cas Camacho et que personne n’osait prendre la décision. Nous avons pris la décision et la Fegafoot, employeur officiel, a formalisé cette décision avec Camacho. C’est la première chose.

Il faut également se souvenir dans quel contexte nous nous situons. Nous sommes sur le parcours devant nous conduire à une éventuelle qualification pour la Can au Cameroun. Sur ce parcours, il y a un match qui doit arriver très vite  face au Soudan du Sud, à Libreville. Initialement prévu le 8, il a été reporté par la Confédération africaine de football (Caf), à la demande du Gabon, au 12 octobre. Lorsque Camacho est limogé, il faut rapidement qu’il y ait une équipe qui prend en charge les Panthères du Gabon. Nous avons travaillé de concert avec la Fegafoot pour tomber d’accord sur la nécessité, d’une part, d’entendre ce que dit l’opinion et d’autre part, la volonté de confier l’équipe à des Gabonais.

Chacun se souvient d’ailleurs que c’est avec Alain Da Costa Suarez que le Gabon est allé le plus loin possible pour cette compétition qu’est la Can. C’était en Afrique du Sud en 1996, en quart de finale. Chacun se souvient également que d’autres pays africains ont sur leurs bancs, aujourd’hui, d’anciens internationaux. C’est comme cela que, de manière convenue et consensuelle, nous avons décidé de mettre en place ce trio composé d’anciens capitaines de l’équipe nationale du Gabon.

Charge donc à la Fegafoot de contacter les uns et les autres. J’ai, de mon côté, appuyé la Fegafoot dans les contacts qui ont été pris pour que les uns et les autres donnent leur accord. Je n’ai jamais été en contact avec Pierre Aubame. Je l’ai appelé. J’ai envoyé des messages. Il n’a pas réagi. C’est la Fegafoot qui a contacté Pierre Aubame. Je suis entré en contact avec Daniel Cousin, François Amégasse. Je les ai reçu, j’en ai fait part à la Fegafoot et que ce soit l’un ou l’autre, ils ont marqué leur accord estimant que la Nation a besoin de ses fils. Il faut se le dire, la lecture que moi, ministre, je me fais du sport gabonais aujourd’hui est que le pays est en feu. La maison football est en feu. A ce moment, les questions de procédures qui prennent des mois…, on n’a pas suffisamment de temps. J’ai dit à la Fegafoot: si vous l’avez contacté, quelle a été sa position? Ils m’ont dit il n’a pas dit non. Mais il a dit qu’il faut quand même formaliser certaines choses et attendre un peu. J’ai dit: s’il n’a pas dit non, on peut donc l’annoncé. Quelle est l’urgence? C’est le match face au Soudan du Sud, c’est de regrouper les Panthères, de préparer ce match dans de meilleures conditions possibles. Mais pour le préparer, il faut qu’on sache qui est sur le banc, qui entraine, qui encadre.

Monsieur Pierre Alain Mouguengui était à l’étranger. Il est rentré et nous nous sommes entretenus. Les termes du communiqué rendu public par la Fegafoot sont ceux sur lesquels nous nous sommes accordés de manière consensuelle. Ils m’ont envoyé le projet de communiqué, nous l’avons regardé ensemble, on est tombé d’accord sur la forme qu’il fallait donner au communiqué. Et c’est ce qui a été fait.

Je suis donc tout à fait étonné de lire ce que j’ai lu. Peu importe. La vocation d’un ministre n’est pas de polémiquer avec ses administrés. Le ministre prend des décisions et je prendrais des décisions en ce qui concerne l’équipe nationale. Pour ce qui est de la Fegafoot, le temps viendra où on traitera de ces questions. Pour ce qui me concerne, la maison du football gabonais doit être nettoyée de fond en comble. Ces atermoiements montrent bien les difficultés qu’il y a depuis des années à tenir cette équipe. Ce qui s’est révélé au lendemain du match contre le Burundi. Cela prouve bien que cette équipe n’est pas tenue.  Nous pensions, nous, que cet appel est un appel de patriotisme. Aujourd’hui, tout Gabonais à qui l’on propose de venir devrait pouvoir accepter surtout lorsqu’on a manifesté des années durant sa volonté de diriger l’équipe nationale. Le constat est fait, il a décliné, don’t act !

Qui va le remplacer ?  

Les choses sont très simples. Nous avons composé une équipe technique avec trois anciens internationaux. Pierre Aubame a décliné, Daniel Cousin va assurer. Il va diriger l’équipe. On dit qu’il n’a pas d’expérience, c’est vrai. Mais il a l’expérience de footballeur, de capitaine des Panthères du Gabon. Il est aujourd’hui entraineur diplômé, il se fera son expérience sur le banc gabonais. Ce qu’il a et qui dépasse l’expérience, c’est son patriotisme. Il aime le Gabon, il aime le football gabonais et je pense qu’il va se battre pour qu’on aille le plus loin.

En réagissant de la sorte, ne s’agit-il pas d’une ingérence dans la gestion du football gabonais ?

Je rappelle que l’équipe nationale est une propriété de l’Etat. Et c’est le ministère qui cède à la Fegafoot la gestion. On ne s’immisce pas dans la gestion de la Fegafoot. On ne s’immisce pas dans ses élections, dans son organisation quotidienne. Nous disons: ça suffit! L’équipe nationale doit avoir un entraineur. On en a proposé, Pierre Aubame a décliné, c’est son choix. Daniel Cousin est présent. Il n’y a pas le temps aujourd’hui d’aller chercher quelqu’un d’autre. Il va prendre en mains l’équipe et on verra les résultats. On lui fait confiance.

Qu’en est-il du National foot?

Je me suis entretenu avec la Ligue nationale de football (Linaf). Le premier calendrier qui prévoit un démarrage au mois d’octobre ne peut pas être tenu. J’ai demandé de proposer un nouveau calendrier qui permettrait de démarrer au plus tard la dernière semaine du mois de novembre. Ils sont en train d’étudier ce calendrier. Il y aura deux innovations cette année. Premièrement, on va avoir des matchs qui vont se jouer en semaine parce que le calendrier est de pouvoir tenir dans un agenda très court. J’ai demandé qu’il y ait désormais la Coupe de la Ligue gérée par la Linaf. Ce qui est le plus important c’est que nous nous sommes accordés, au niveau du gouvernement, pour qu’on ne démarre pas le championnat si on n’a pas le financement de ce championnat jusqu’au bout.

On ne veut pas démarrer une journée et ça s’arrête. Sans championnat, on aura du mal à avoir une équipe nationale qui soit au point. Il faut que ce championnat et le championnat scolaire démarrent. Et nous nous battrons pour les lancer pour qu’il y ait effectivement la pépinière permettant aux sélectionneurs de pouvoir puiser dans ce réservoir, y compris dans les lycées. Il faut se souvenir que les François Amégasse, Michel Minko… sont arrivés à l’équipe nationale quasiment sans club. C’est à l’équipe nationale qu’ils ont trouvée des clubs. Il faut donc trouver une bonne formule pour que ce ne soit pas seulement le Trésor public qui paie. Il faut trouver des solutions pérennes pour financer ce championnat.